Quel avenir pour l’Iran?

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Reportage. Le samedi 29 juin 2013, s’est tenu au cinéma « Le Nouvel Odéon » un débat, dans le cadre du festival « Cinéma(s) d’Iran », consacré aux dernières élections présidentielles en Iran. Étaient présent: Ahmad Salamatian (homme-politique iranien exilé en France), Serge Michel (journaliste), Mahnaz Shirali (sociologue).

Drôle d’ambiance: pendant que les drapeaux multicolores s’agitent tout au long du boulevard Saint-Michel pour la gay-pride, le festival « Cinéma(s) d’Iran », première édition en date commencée mercredi dernier et qui connaît un beau succès, propose de débattre autour des récentes élections présidentielles en Iran.

L’élection de Rohani, une surprise?

L’agitation ambiante n’empêche pas de retrouver une salle de cinéma bondée. Bamchade Pourlavi, modérateur du débat, lance les intervenants sur la question de la surprise qu’a pu provoquer l’élection d’Hassan Rohani le 14 juin dernier. Pour Serge Michel, Le « mouvement vert » de 2009 avait déjà créé la suprise: l’arrivée d’Hassan Rohani, même si elle correspond à un changement autorisé par le Guide Suprême, peut être considérée comme un nouveau chapitre pour l’Iran.

Mahnaz Shirali est plus nuancée: pour elle, il n’y a pas d’énormes changements à attendre même si l’histoire iranienne a souvent démontré que la vie politique du pays est faite de surprises. Ahmad Salamatian livre un constat actuel de la société iranienne: pour lui, on ne peut tuer le Politique en Iran, ce qui est illustré par l’irruption de la population sur la scène politique, démontrant qu’un contrôle plein et entier du régime sur le plan politique est impossible. Les jours d’élections en Iran se rapprocherait d’un rite religieux, avec ses coutumes et ses traditions.

Serge Michel clôt ce premier temps des échange par un retour sur les débats pré-électoraux entre les différents candidats à la présidence iranienne: pour lui, ceux-ci ont constitué un déballage public des dissensions existant au sein du sérail politique iranien, notamment sur la question du nucléaire.

L’Iran, son passé, quelle vérité?

Rapidement, les esprits s’échauffent une tension monte dans la salle, on n’hésite plus à interpeller les intervenants lorsque les propos déplaisent. Pour Mahnaz Shirali, l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini en 1979 s’est traduite par une volonté de l’Iran d’étendre son influence sur l’ensemble du monde arabe. Serge Michel ne partage pas cette vision des choses: le nationalisme, l' »intérêt national » aurait été partagé à la fois par le Shah et par les mollah qui l’ont suivi.

Pendant que le public prend position pour l’un ou pour l’autre des intervenants, Ahmad Salamatian retrace l’histoire politique de l’Iran des cinquante dernières années: à l’élimination par le Shah de la Tradition, aurait succédé le nationalisme du régime islamiste des Mollah, avec la spécificité d’une force féminine dans la société iranienne.

La question de la place de la femme en Iran fait s’embraser la salle: on s’écharpe sur la proportion de femmes voilées avant la révolution islamique lorsque Mahnaz Shirali perçoit l’obligation du port du voile comme une négation de l’existence des femmes.

De l’espoir?

Avec tout cela, y a-t-il à espérer des années à venir? Si Ahmad Salamatian se félicite de l’augmentation de l’éducation de la population et du maintien de la force populaire symbolisée par le « mouvement vert » de 2009 , Mahnaz Shirali souligne elle les conditions économiques catastrophiques de l’Iran où l’arrivée d’Hassan Rohani ne fait émerger que le « moins pire » des conservateurs.

La note la plus optimiste revient à Serge Michel: il souligne la réouverture du débat diplomatique autour de la question du nucléaire permise par l’élection d’Hassan Rohani. Pour lui, dans cinquante ans, l’Iran sera une démocratie. Il n’y a plus qu’à espérer, et pour reprendre Ahmad Salamatian citant Omar Khayyam, « l’Homme est le jouet du destin ».

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« Le ring »

Ring

L’internaute. Cet être étrange. Une fois lancé dans ce gigantesque espace de liberté qu’est le web, rien ne peut l’arrêter, pour le meilleur comme pour le pire. En témoigne les réactions aux articles de presse en ligne: un mélange de platitude et d’agressivité où l’anonymat confère à son auteur une impression de toute-puissance. Là, les réponses sonnent tel un uppercut: rendez-vous sur « le ring ».

Le Monde. Rubrique « économie ». A priori, rien ne laisserait soupçonner qu’une information de nature économique pourrait donner lieu à une effervescence de commentaires vitupérants. Et pourtant: il suffit d’un rien pour embraser la webosphère. Que ce soit un fervent défenseur de l’ultra-libéralisme ou un revenant du marxisme-léninisme, chacun souhaite imposer sa vision des choses, non débattre.

C’est bien là que le bât blesse: le commentaire n’est plus le lieu où l’on donne son point de vue sur le contenue journalistique que l’on apprécie ou non mais un endroit où l’on se fait le lobbyiste de sa propre cause: nombreux sont les internautes ne se donnant même pas la peine de proposer un avis sur l’article commenté en imposant un lien sur leur propre site internet ou tout autre dont ils souhaitent faire la promotion.

« Le ring », espace public et responsabilité

L’anonymat: sans doute le plus intéressant, dans la liberté qu’il procure, et dangereux, dans les limites qu’il n’impose pas, des spécificités du web. Sur  « le ring », cet anonymat laisse libre cour aux propos les plus extravagants des internautes. Il semblerait responsabilisant d’imposer une levée de l’anonymat pour les sites de presse en ligne, ce qui engendrerait sans doute une diminution de l’audience mais élèverait le débat.

De même qu’un journaliste s’inscrit dans la sphère de l’espace public, l’internaute qui commente son travail s’y trouve tout autant. Imposer aux sites une levée de l’anonymat n’est sans doute pas la solution comme l’a montré l' »affaire Twitter », c’est aux organes de presse eux-même de mener une réflexion sur la place de ces commentaires face à leurs contenus journalistiques.

Round: internaute VS journaliste

Dans ce combat de boxe, virant parfois au catch façon chaîne câblée, le journaliste se retrouve dans une position délicate: il ne dispose pas de la distance que lui permettait l’édition papier, son travail peut en permanence être directement analysé, critiqué, interrogé dans les moindres détails.

Alors, pour lui, tout l’intérêt réside dans le point de vue extérieur que peut lui apporter l’internaute, mais plus encore, dans le dialogue qui s’impose désormais. Impossible de ne pas répondre aux questionnements, si tant est qu’ils ne virent pas aux propos insultant.

La boxe n’est pas un combat à main-nue sans règle: même sur un ring, le boxeur n’est pas lâché librement face à un adversaire. Mais, si tout l’intérêt du boxeur est de s’imposer, celui de l’internaute face au journaliste devrait résider dans sa capacité à créer un espace d’échange, de compréhension. A mille lieux de l’uppercut.

Pour aller plus loin: Rémy le Champion (sous la direction de), Journalisme 2.0, La documentation Française, 2012

« Tu marcheras sur l’eau »

Arsenal

Confortablement installé à la terrasse de l’un des multiples cafés de la place de la Bastille,qui soupçonnerait que, sous ses pieds, le canal Saint-Martin évolue, partant ensuite rejoindre l’avenue Richard Lenoir? Pourtant, c’est tout un réseau fluvial qui se dessine sous terre.

Si les habitués du quartiers connaissent son existence, pour tout néophyte, l’existence du canal est souvent ignorée. Pourtant, il suffit de tourner son regard vers le port de l’Arsenal pour se rendre compte de son existence.«D’ici, les bateaux de plaisance évoluent sur deux kilomètres de canaux sous voûtes, du port jusqu’à l’écluse du Temple au niveau de la place de la République» indique un employé de la capitainerie. «Les tunnels sont éclairés aux moyens de puits de lumière que l’on peut apercevoir dans les squares qui jonchent le parcours du canal».

«Napoléon, la voûte et la cavalerie? Une invention»

Au moment de la construction du canal, entre 1805 et 1825, il n’y a pas de projet de recouvrement de celui-ci. «Il faut souligner en 1817, la construction d’une première voûte destinée à permettre l’assise de la fontaine de l’Éléphant, situé à l’emplacement actuel de la colonne de juillet» explique Jean Papoul, archiviste au service des canaux de la ville de Paris. «En 1860, Napoléon III souhaite réaliser son avenue Voltaire et de ce fait, en concertation avec le baron Hausmann, décide du recouvrement du boulevard Richard Lenoir, abaissant le niveau du canal d’environ six mètres» continue-t-il.

Lorsque l’on lui demande si, comme cela est souvent affirmé, le recouvrement du canal aurait pu être un moyen pour Napoléon III de faciliter l’accès de la cavalerie aux quartiers ouvriers, Jean Papoul répond par la négative: «Au contraire, son recouvrement a permis l’effacement d’une barrière symbolique entre les catégories sociales. Napoléon avait tout intérêt à sauvegarder cette frontière stratégique. Son recouvrement a surtout permis de limiter la construction de ponts».

Le canal, ses touristes

«avec l’ouverture du canal aux bateaux de plaisance par Jacques Chirac en 1983, celui-ci a perdu sa vocation marchande» indique le responsable de l’écluse du Temple, à deux pas de la place de la République. «C’est dommage, ici, la pêche est interdite alors que l’on trouve des carpes et des brochets de taille impressionnante!» pense-t-il songeur.

Aujourd’hui, c’est le tourisme qui fait véritablement vivre de manière quotidienne le canal Saint-Martin: «s’il y a parfois du Fret qui utilise nos réseaux, il faut surtout compter sur la présence de deux compagnie de tourisme fluvial, Canauxrama et Paris Canal».

Du matin au soir, en semaine ou le week-end, de nombreux bateaux arpentent le canal, apportant leur lots de touristes: «Il faut savoir que la traversée de la partie couverte du canal ne nous impose pas de contraintes particulières. En ce moment, vous pouvez admirez les jeux de lumière du photographe japonais Keiichi Tahara, qui forment des sortes d’arc en ciel lors du passage des bateaux» indique Chloë, stagiaire au sein de la compagnie Canauxrama.

«Deux films tournés chaque semaine»

«en moyenne, deux films sont tournés chaque semaine sur l’ensemble du canal Saint-Martin» affirme Jean Papoul. Mais, plus spécifiquement, c’est bien souvent la voûte et ses espaces souterrains qui retiennent l’attention des réalisateurs: «En 1994, Patrice Chéreau est venu tourner quelques séquences de La Reine Margot. Plus récemment, des membres des studios Pixar sont venu faire des repérages à l’écluse du Temple pour le film d’animation Ratatouille. L’un de mes regrets, c’est la non-venue de Martin Scorsese en 2011, pour le tournage d’Hugo Cabret, alors que j’avais déjà reçu une partie de son équipe».

La ligne 14, la révolution d’hier à aujourd’hui

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Apparue en 1998, dernière née du métro parisien, la ligne 14 a tout de suite trouvé sa place dans le réseau de transport en commun de la capitale, permettant tout à la fois de désengorger la ligne 13, qui suit une partie de son parcours, et de relier rapidement deux grandes gares, la gare de Lyon et la gare Saint-Lazare. Aujourd’hui, avec le projet de «Grand Paris», de nouvelles perspectives s’ouvrent à elle.

 

Gare de Lyon, siège de la RATP, sous un ciel gris. A l’accueil, nous tentons de rencontrer un représentant de la compagnie de transport en commun au sujet de la ligne 14 mais la réponse est directe: «Nous ne répondons pas aux questions des journalistes, nous avons un service de presse dédié pour ce type de demande». Par service de presse, entendre une simple page web renvoyant à des communiqués de la RATP.

 

La ligne 14 et le Grand-Paris, un rôle-moteur

 

Pourtant, il y a beaucoup à dire sur le sujet: la ligne 14 est au coeur du projet dit de «Grand Paris», où elle se dénomme «ligne bleue» et vise à développer une véritable rocade de transport autour de la capitale. «Avec le prolongement futur de la ligne vers la mairie de Saint-Ouen et Saint-Denis Pleyel d’un côté, Villejuif et Orly de l’autre, nous espérons développer une véritable cohésion territoriale, ceci dans une dynamique permettant de se déplacer de banlieue à banlieue» nous explique Marc, interlocuteur de la société du Grand-Paris. Pour autant, ce tracé définitif n’a pas vu le jour dans une concertation politique simple: «La région, sous la présidence du Parti Socialiste et l’État, sous la présidence Sarkozy ont longtemps défendu des projets différents. Aujourd’hui, un consensus a été trouvé en ne reliant pas l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle comme ceci étai prévu au départ».

 

La ligne 14, un projet déjà révolutionnaire

 

Dès son ouverture, celle que l’on surnomme à l’époque «Meteor» se veut innovante: première ligne automatique, elle permet de s’adapter au flux de voyageur en proposant plus de trains que sur une ligne normale. «son arrivée a été un grand changement pour moi. Alors que je devais effectuer un nombre incalculable de changements pour rejoindre la gare de Lyon depuis le Val de Marne et le RER C, la ligne 14 permet de m’y rendre bien plus rapidement!» raconte Ebrahim, un usager rencontrer sur le quai de la station Bibliothèque François Mitterrand. Pour Anaïs, parisienne, le constat est partagé: «Venant de province et habitant à proximité de la station Pyramide, j’utilise la ligne chaque semaine pour rentrer chez moi, de la gare de Lyon ou depuis Bercy». Autant dire que, banlieusard ou habitants de Paris intra-muros, chacun se retrouve dans son usage.

 

Olympiades, la ligne et son impact en dehors des bouches de métro

 

Ouverte en 2007, la station Olympiades, située à Tolbiac, en plein coeur du 13ème arrondissement du quartier a permis un réel désenclavement du quartier. Dans son magasin de vêtements et de retouches de la rue Nationale, la télévision branchée sur une chaine de musique en continue, madame Té en a vu passer des clients: «Beaucoup de femmes pressés viennent faire retoucher une robe, un chemisier et repasse le soir les chercher. Ce changement, je l’ai vraiment perçu avec l’arrivée du métro il y a 5 ans. Le quartier est maintenant vraiment animé, ça bouge!». Marc, coincé dans son garage entre les clefs de pipe et les motos est plus nuancé: «ma clientèle n’a pas vraiment changé depuis la dizaine d’année que je suis ici mais la rue connaît un plus grand démarchage publicitaire depuis l’arrivée du métro». Justement, ces riverains, en ont-ils vu eux du changement? «Lorsque j’étais étudiant à Tolbiac, le quartier était vraiment mort. Maintenant, avec la bibliothèque nationale toute proche, à une station de métro d’ici, une population plus instruite contribue à la multiplication de l’offre culturelle du quartier» affirme Ahmed, travaillant dans les environs, cheveux frisés, air débonnaire. Olympiades, Châtelet et bientôt Saint-Ouen, la révolution de la ligne 14 se mesure sans doute dans sa capacité à relier des pôles aux frontières souvent bien peu poreuses.