Tahrir, ses révoltés, ses agressions sexuelles

Revolution

Tahrir, « la libération » en arabe. Ce mot, entré dans le vocabulaire journalistique des médias occidentaux comme l’épicentre de la vague de « révolutions arabes », rappelle pourtant une histoire moins glorieuse. Pendant que des milliers de personnes se rassemblent sur le place pour manifester leur colère face à une gouvernance politique qu’ils ne supportent plus, des femmes sont victimes d’agressions sexuelles commises par des hommes en toute impunité, protégés par la densité de la foule. Un fléau.

Selon un rapport publié le 3 juillet dernier par l’ONG Human Rights Watch, au moins 91 agressions sexuelles contre des femmes auraient eu lieu en marge des manifestations anti-Morsi depuis le 28 juin sur la place Tahrir, au Caire, en Égypte. « Les nombreuses agressions sexuelles en marge des manifestations sur la place Tahrir reflètent l’incapacité du gouvernement et de tous les partis politiques à  s’attaquer au problème de la violence subie quotidiennement par les femmes égyptiennes dans des lieux publics », affirme Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient à Human Rights Watch.

Un processus ritualisé

Sur les différentes agressions sexuelles constatées place Tahrir, on retrouve un mode opératoire quasi-similaire, où tout est fait pour mettre « la proie » à l’écart. « Selon un scenario récurrent, plusieurs jeunes hommes ciblent une femme lors d’une manifestation et l’encerclent, la séparant ainsi de ses amis. Lors de l’attaque – dont la durée peut aller de quelques minutes à plus d’une heure – le nombre d’attaquants augmente alors qu’ils molestent la victime et tentent de lui arracher ses vêtements » rapporte Human Right Watch. Dans certains cas, les femmes sont traînées jusqu’à un endroit plus calme où les agresseur peuvent opérer en toute discrétion.

Le viol, arme politique

Au-delà de l’excitation provoquée par de tels rassemblements, le seul désir sexuel n’explique pas tout. « Leurs mains se sont glissées dans mon pantalon, sous mes vêtements. Ils me saisissaient la poitrine violemment. J’étais à moitié nue. Ils m’insultaient. J’ai pensé que j’allais mourir. Ils me faisaient tenir debout pour pouvoir mieux me violer (…). » témoigne Hania Moheeb, journaliste égyptienne. Pour elles, ces agressions émanent de bandes organisées qui souhaitent faire régner la terreur, une terreur politique: « Aucun n’exprime un quelconque désir sexuel, (…) il y a une volonté délibérée de cibler les femmes pour les empêcher de manifester » continue-t-elle.

La lente prise de conscience du pouvoir politique

Face à ces drames, quelle réaction du gouvernement égyptien? Malgré le nombre impressionnant d’agressions sexuelles, peu d’agresseurs se retrouvent à comparaître devant la justice. Pour enrayer ce phénomène, Le Conseil national égyptien pour les femmes a récemment rédigé une loi sur les violence sexuelles faites aux femmes,soumise au Conseil des ministres et à la présidence au début du mois de juin. Mais, plus que le droit, c’est sans doute les mentalités qu’il est nécessaire de faire évoluer, en témoigne la déclaration du général Adel Afifi, membre du conseil de la Choura:« Les femmes contribuent à 100 pour cent à leurs viols parce qu’elles se placent dans de telles circonstances». Espérons qu’un véritable débat sur la question puisse émerger au sein de la société civile égyptienne.

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