Kronik Kultur #4

Au sommaire de cette quatrième Kronik Kultur, une bande-dessinée néerlandaise, un film indépendant américain.

Cinéma: « Frances Ha », Noah Baumbach (États-Unis)

FrancesHa

À la prononciation, le dernier film de Noah Baumbach, réalisateur indépendant américain, peut laisser apparaître une certaine bizarrerie. Si l’on s’en tient à l’affiche, on pourrait se croire invité dans un énième documentaire sur la danse, à la manière de Wim Wenders dans son magnifique « Pina ». Pourtant, il n’en est rien: « Frances Ha » nous emmène dans les immenses avenues new-yorkaises, accompagné d’un noir et blanc intemporel.

Frances, jeune et belle blonde américaine de vingt-sept ans, installée à New-York, a deux passions dans sa vie: Sophie, son amie de toujours, rencontrée à la fac; la danse, raison pour laquelle elle a rejoint « Big Apple », rêvant de devenir un jour chorégraphe. Mais, le problème de Frances est qu’elle ne parvient pas à mener ses projets à leur terme: ayant toujours trente-six idées en tête, elle entreprend beaucoup de choses, dans un temps souvent restreint. Le constat est similaire en amour: alors que le film s’ouvre sur une scène où son amant lui propose de s’installer avec elle, Frances hésite puis renonce. « Undatable » (littéralement « incasable ») est-elle ensuite surnommée, comme s’il n’y avait pas de sens à vouloir la catégoriser.

On sent dans les dialogues et dans l’image une certaine volonté du réalisateur de rendre hommage à Woody Allen et à son film « Manhattan », adepte des personnages névrosés errant entre les buildings de New-York. Le pari est plutôt relevé: les dialogues sonnent juste et Greta Gerwig, interprète de Frances, rayonne dans ce personnage, stupéfiante de naturel lorsqu’elle laisse percevoir une douce nostalgie sur son visage. Avec Woody Allen, c’est aussi à la Nouvelle Vague que Noah Baumbach se réfère, laissant échapper une évocation de Jean-Pierre Léaud à l’un de ses personnages.

« Frances Ha » fascine par la souplesse de son montage: on navigue d’une séquence à l’autre avec une aisance remarquable. L’utilisation de la musique sans paroles pour résumer les virées de Frances chez ses parents ou à Paris trouvent leur place sans problème dans la narration. Au fond, la personnalité de Frances irrigue le film en son entier: on ressort de la salle obscure avec l’envie, comme elle, de courir et sauter dans tout les sens, sur « Modern Love » de David Bowie.

Bande-dessinée: « Les noceurs », Brecht Evens, Actes Sud BD (Pays-Bas)

Les noceurs

Commenter faire une critique d’une oeuvre graphique aussi bizarre et déjantée que celle que nous propose le dessinateur néerlandais Brecht Evens avec « Les noceurs »? En effet, son trait, sa narration, son univers coloré sont peu commun dans le milieu du neuvième art. Tentons de relever le défi.

Un soir, Gert, jeune-homme sans doute trentenaire, se met sur son trente et un: il organise une soirée dans son propre appartement. Les invités arrivent petit à petit mais il manque le meneur, la star du milieu mondain: Robbie, dandy qui fascine et fait craquer toutes les filles. La soirée sombre dans l’attente de ce héros qui ne vient pas: on s’impatiente, on peine à discuter, le groupe est complètement chamboulé par son absence.

« Les noceurs » est l’histoire d’une quête, celle de Robbie, dont aucun homme ne saurait s’y mesurer. Brecht Evens sait avec efficacité dépeindre l’ambiance lourde qui règne en son absence. Il questionne sur la futilité des relations humaines dans les mondanités, où se croisent des personnes réunis par une connaissance commune mais peuvent ne rien avoir en commun.

Entrer dans l’univers de Brecht Evens, c’est faire face à un dilemme: on se reconnaît dans les situations décrites, ces soirées où l’on ne devrait pas être, où l’on est déconcerté par la non-présence de celui que l’on attendait; on est confronté à un dessin, des couleurs qui fleurent bon le rêve, l’hallucination.

« Les noceurs » est une réussite dans le sens où l’histoire nous prend, nous happe au travers de cases qui s’entremêlent donnant une agréable sensation cinématographique à cette bande-dessinée unique en son genre. Prix de l’audace à Angoulême en 2011, Brecht Evens est un auteur à suivre en ce qu’il renouvelle les codes du genre.

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