Les Chemirani, musiciens du sixième continent

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À la base, il y a Djamchid, maître du zarb, percussion persane qui est à l’Iran ce que les tablas sont à l’Inde. Aujourd’hui, les Chemirani, c’est une famille de musiciens, avec deux fils percussionnistes, Bijan et Keyvan, deux filles chanteuses, Maryam et Mardjane. Par leur culture double, franco-iranienne, les Chemirani construisent une musique sans frontières, proche du sixième continent.

Les Chemirani, c’est d’abord le zarb, percussion iranienne peu connue du grand-public en France. Celle-ci, prenant la forme d’un calice, se compose d’une seule pièce de bois de mûrier ou de noyer, sur laquelle est tendue une peau généralement de bête, parfois synthétique. Sa particularité est d’être une percussion exclusivement tactile, c’est-à-dire que tout le jeu réside dans l’utilisation des mains, tels le djembé ou la derbuka en Afrique.

Djamchid, le zarb et Hossein Tehrani

Djamchid Chemirani, le père, a été formé au zarb en Iran par le maître Hossein Tehrani, à qui l’on doit une approche moderne de l’instrument. En effet, avant Tehrani, en Iran, le zarb n’était qu’une percussion faisant office d’accompagnement dans les orchestres classiques. Avec Tehrani, le zarb devient une percussion soliste sur laquelle est développée une technique de jeu spécifique. Ainsi, influencé par son maître, à son arrivée en France dans les années 1960, Djamchid Chemirani continue d’explorer les possibilités immenses qu’offrent cet instrument aux sonorités si particulière, tout en participant à la démocratisation de la musique iranienne dans l’hexagone.

De la transmission au trio

La musique étant une histoire de perpétuation et d’apprentissage, Djamchid Chemirani enseigne à ses deux fils, Keyvan et Bijan, les techniques complexes du zarb. Après un détour par la batterie et le rock à l’adolescence, Keyvan revient vers la musique persane à l’entrée dans l’âge adulte. Dès la fin des années 1990, le père et les deux fils forment le « trio Chemirani », parcourant le monde, les scènes de concerts et de festivals. Au fil des années, Bijan et Keyvan élargissent leur pratique instrumentale, avec l’ouverture sur des tambours sur cadre comme le bendir ou le daf, des cruches telles que le Udu, originaire du Niger. Cet enrichissement des pratiques confèrent au trio un style bien à lui, que l’on ne saurait catégoriser.

Collaborations et expériences personnelles

Aujourd’hui, le trio s’élargit régulièrement pour des collaborations ponctuelles. En témoigne la sortie récente d’un album intitulé « trio Chemirani invite », ou l’on peut retrouver à la fois le joueur de Kora Ballaké Cissoko, le contrebassiste de génie Renaud Garcia Fons ou encore le guitariste de jazz Sylvain Luc. Mais, proposer des collaborations, c’est aussi savoir s’entourer de ses plus proches: ainsi, Maryam Chemirani, fille de Djamchid, a-t-elle été invitée à plusieurs reprises à poser sa voix sur les mélodies percussives du trio.

En parallèle, Keyvan et Bijan multiplient les expériences personnelles. Après avoir collaboré avec le musicien crétois Stelios Petrakis, le poly-instrumentiste irlandais Ross Daly, Bijan Chemirani évolue actuellement avec Oneira, groupe mélangeant influences iraniennes et grecques, Forabandit, trio proposant une rencontre entre musique turque et occitane, quand il n’accompagne pas le clarinettiste Klezmer Yom pour une création autour de l’exil des juifs d’Égypte. De son côté, Keyvan Chemirani explore lui aussi les ponts entre culture avec « Le sacre de Khayyam », mélange de musique persane et maghrébine, des collaborations avec des ensembles de musique baroque ou encore avec Serge Teyssot-Gay, ancien de « Noir Désir », et son « Interzone Extended », mélangeant guitare électrique, oud, trompette orientale et zarb.

Rencontres, un leitmotiv

Partis de la musique persane, codifiée et dotée d’une métrique particulière, la famille Chemirani réinvente aujourd’hui sa pratique, démontrant que l’Art ne se soucie pas des limites établies, au travers d’une envie permanente de rencontre et de partage. Preuve que la musique rassemble en ces temps de division croissante.

 

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