Rêverie #2: Nom-Sens

Chagall

Il était assis au bord du gouffre, la tête trônant sur un piédestal.Lugubre. Je le voyais ainsi, d’une fenêtre donnant sur la cour de l’immeuble. Assis il était mais l’esprit voguait ailleurs. Il avait une idée qu’il n’avait jamais tenté de mener à son terme. Une idée comme tout autre, en somme une idée unique. Là, la brise se jetait sur son large sourire, comme une vague se jetterait sur le ciment d’une plage d’Auvergne. Quand j’y repense, il ne devait pas être bien vieux, quelques années de débauche sinon quelques mois. Las. Je le revois, tout frétillant et blême sur l’un des trois ports de Brest-Litovsk.

La pluie, mais quelle pluie? Une pluie d’air sans doute, un vent de pluie sans nom. Le clocher se dresse maintenant devant nous, il dépasse tout juste d’une colline verdoyante remplie de nuages. Tumulte. Une femme s’avance maintenant, elle fixe l’Homme assis au bord du gouffre, le scrute d’une informe aisance et déclame:

La paume des eaux troubles

Rougeatre lumière d’un précaire instant

Oh toi qui tant d’années ne put retrouver ta patrie

Daigne m’accorder en ce grégaire instant

Rage.

La phrase résonne dans les limbes du crépuscule de l’Homme.Introspection. Résidant d’un jour où il ne sera plus chez lui comme il l’aurait pensé être, des mots se placeront sur l’autel d’un nouveau gendre. Retenu par l’écume d’une nouvelle décharge, son atmosphère s’emplie d’une infranchissable sémantique. La Femme se languit de son aspect, de ses formes fréquentes, inconséquence d’un corps sans consistance. Instabilité. Il lui décrit son ressenti, terrible s’il en est, morceau par morceau, un abcès sans issue, dénudé. Le soleil infirme. Affirme, je luis sur le sol, une animosité se transmet comme pour signifier son indescriptible chaleur. Ta place n’est pas ici, retourne d’où tu viens, le châtiment n’en sera que moins douloureux. Marasme. Dans cette intensité démiurgique, il ne se retrouve pas: sa mesure bat la cadence d’un jour inachevé. Elle, infréquentable, fixe le vide, le visage éradiquant l’obscure clarté de l’image désincarnée lui faisant face:

Dis, quelle place donnes-tu au vide dans le plein?

Celle de l’absurdité qui nous tient à ce fil sans noeud?

Celle du désespoir sur l’échelle de notre macabre existence?

Regardes d’abord au loin cette lueur qui te guide

Elle ne te sera pas de trop dans le dédale de

Dans le dédain de ton labyrinthe psychique

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