Kronik Kultur #5

Au programme de cette cinquième Kronik Kultur: le dernier film du réalisateur de « Drive », un fameux essai de Pierre Bourdieu.

Cinéma: « Only God Forgives », Nicolas Winding Refn (Danemark)

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Après le succès critique et populaire de « Drive », le dernier long-métrage de Nicolas Winding Refn ne pouvait être qu’attendu. Tourné à Bangkok en Thaïlande, « Only God Forgives » explore, au côté du désormais inséparable Ryan Gosling, l’un des thèmes de prédilection du réalisateur: la représentation de la violence au cinéma. Ce qui peut plaire, ou déplaire.

Le speech: Julian, jeune homme blond et mutique, est un américain exilé à Bangkok en Thaïlande où il tient un club de box thaï. À la mort de son frère Billy, assassiné dans d’obscures circonstances, sa mère Crystal arrive des États-Unis pour rapatrier le corps. Cette dernière pousse Julian à venger son frère, le pressant de retrouver un affreux officier de policier soupçonné du meurtre. La persévérance de la mère conjuguée aux mauvaises fréquentations du fils conduisent Julian à partir en quête de ce policier-assassin.

À n’en pas douter, « Only God Forgives » est un film esthétique: chaque plan est léché, les couleurs chaudes de Bangkok contribuent à l’ambiance pesante de ce thriller, où quasiment toute l’action se déroule de nuit. Certains critiques ont dénoncé à sa sortie une grandiloquence des décors et de la mise en scène qui cacherait une pauvreté du scénario. Il n’en est rien, Nicolas Winding Refn nous propose ici un film aux interprétations nombreuses.

Crystal, la mère, magistralement (cruellement?) interprétée par Kristin Scott Thomas, détient chacune des cordes de son fils, tel une marionnette. Entre elle et lui, il existe un rapport constant de domination, où les relations fleurent bon l’inceste, comme si l’Oedipe n’avait jamais été dépassé. Julian a bien sûr une relation compliquée avec sa mère, mais il ne supporte pas que l’on lui fasse le moindre mal.

Autre spécificité du film: un aller-retour constant entre rêve et réalité. Il n’est pas rare entre deux scènes de se retrouver dans l’inconscient de Julian, représenté par de grandes pièces rouges où évoluent sa mère, l’assassin de son frère, des prostituées, en toute cohérence. On peut comprendre cette présence abondante du rêve comme une alternative au mutisme dans lequel se terre le héros, venant faire échos au personnage de « Drive ».

« Only God Forgives » impressionne tout à la fois par sa maîtrise esthétique et une démonstration réussie du désir de vengeance qui anime la mère. Amateurs d’un cinéma à la violence stylisée, vous serez servis.

Littérature: « La domination masculine », Pierre Bourdieu, Seuil (France)

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En 1998, Pierre Bourdieu écrit « La domination masculine », essai dans la droite ligne de ses travaux sur la reproduction sociale. Plutôt qu’une longue analyse de l’ouvrage, ces quelques mots de l’auteur se suffisent sans-doute à eux-même: « la domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l’apercevons plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question. La description ethnographique de la société kabyle, véritable conservatoire de l’inconscient  méditérranéen, fournit un instrument extrêmement puissant pour dissoudre les évidences et explorer les structures symboliques de cet inconscient androcentrique qui survit chez les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Mais la découverte des permanences oblige à renverser la manière habituelle de poser le problème: comment s’opère le travail historique de déshistoricisation? Quels sont les mécanismes et les institutions, Famille, Église, École ou État, qui accomplissent le travail de reproduction? Est-il possible de les neutraliser pour libérer les forces de changement qu’il parviennent à entraver? »

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