Après l’orage: retour sur le mariage pour tous

Image

Avant de déchaîner les passions, de fournir des directs quotidiens aux chaînes d’information  en continu, le « mariage pour tous » est avant tout un projet de loi porté par le gouvernement socialiste au pouvoir depuis mai 2012. révolution de l’ordre de l’abolition de la peine de mort en 1981 pour certains, dislocation du cadre familial pour d’autres. Retour sur une loi qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

Dans le jargon constitutionnel, le « mariage pour tous » prend le nom de « loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe ». Parler, par raccourci, de « mariage homosexuel » est donc incorrect: en effet, il n’y a pas création d’un mariage spécifique à destination des homosexuels mais élargissement du cadre d’une loi préexistante. Les rédacteurs de la loi présentée cette année au Parlement se sont donc astreint à une simple ouverture où le couple se mariant peut  à la fois être un homme et une femme, un homme et un autre homme, une femme avec une autre femme.

Le mariage, du religieux au laïc

Avant d’être une véritable institution laïque, le mariage est d’abord une tradition héritée du christianisme. En effet, il faut attendre la fin du XVIIIème siècle et l’édit de Versailles pour qu’un mariage civil apparaisse en France. Jusque là, le clergé était chargé des registres d’état-civil: en clair, il n’existait pas de contrat civil unissant deux personnes.

Pour l’Église Catholique, le mariage est un de ses sept sacrements. Selon les textes, il peut être défini de la sorte: « L’alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement». Dès le XVIème siècle, époque de la Réforme, l’Église, au travers du concile de Trente, définit le mariage indépendamment de la procréation, où les époux donnent leur consentement mutuel lors d’une cérémonie religieuse devant le prêtre.

Vers un mariage d’amour

Héritier du catholicisme, le mariage civil en est donc influencé: cérémonie de mariage en mairie ritualisée, codes vestimentaires similaires. L’ouverture du mariage aux couples de même sexe introduit un bouleversement de poids, à savoir une nette opposition du mariage civil vis-à-vis du mariage religieux. Alors que, de par leur similarité, un grand nombre de mariés évoluaient dans la même journée d’une salle de réception d’une mairie vers l’autel d’une Église, le mariage sous sa nouvelle forme va désormais diversifier les approches de sa fonction, mais surtout, de son symbole.

Aujourd’hui, se marier n’a sans doute plus la même signification qu’hier. Sortant du rôle de reconnaissance sociale auquel il a longtemps été assigné, le mariage, avec l’évolution auquel il est aujourd’hui confronté, se dirige vers un acte réfléchi de reconnaissance de l’amour que peuvent éprouver deux êtres l’un envers l’autre. On pourra toujours lui reprocher de n’être qu’un moyen d’unifier un patrimoine foncier, de permettre des facilités fiscales, mais il demeure, avec la distinction nette du mariage religieux, la preuve de la volonté d’un couple de construire quelque chose ensemble.

Le divorce, une place en évolution

Alors, quand vient le temps de la séparation, du divorce, le mariage civil tel qu’il est aujourd’hui appliqué, prend une toute autre dimension: ce qui est acté n’est plus seulement la rupture d’un contrat dans un tribunal, mais aussi la fin d’une vie de couple. Rappelons ici que, dans les débuts du mariage civil, le divorce n’avait d’existence légal que dans le cadre d’une « faute », c’est-à-dire l’adultère, un sévice ou encore une injure: on ne pouvait concevoir la rupture de l’union autrement. Il faut attendre 1975 et Valérie Giscard d’Estaing pour que le divorce ne soit plus limité à la faute et prenne en compte le consentement mutuel.

Nouveau cadre de la famille

Se marier aujourd’hui à la mairie n’a définitivement plus le même sens. L’élargissement du mariage aux couples homosexuels laisse apparaître au grand jour l’existence de familles homoparentales que le mariage civil vient officialiser. Il y a donc par là prise en compte institutionnelle d’une évolution sociétale française. En cela le le projet de « mariage pour tous » est méritant: il dévoile au grand jour une vérité qui dérange. De Badinter à Taubira, les hommes-politiques peuvent, parfois, insuffler des changements de mentalités nécessaires.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s