Les Chemirani, musiciens du sixième continent

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À la base, il y a Djamchid, maître du zarb, percussion persane qui est à l’Iran ce que les tablas sont à l’Inde. Aujourd’hui, les Chemirani, c’est une famille de musiciens, avec deux fils percussionnistes, Bijan et Keyvan, deux filles chanteuses, Maryam et Mardjane. Par leur culture double, franco-iranienne, les Chemirani construisent une musique sans frontières, proche du sixième continent.

Les Chemirani, c’est d’abord le zarb, percussion iranienne peu connue du grand-public en France. Celle-ci, prenant la forme d’un calice, se compose d’une seule pièce de bois de mûrier ou de noyer, sur laquelle est tendue une peau généralement de bête, parfois synthétique. Sa particularité est d’être une percussion exclusivement tactile, c’est-à-dire que tout le jeu réside dans l’utilisation des mains, tels le djembé ou la derbuka en Afrique.

Djamchid, le zarb et Hossein Tehrani

Djamchid Chemirani, le père, a été formé au zarb en Iran par le maître Hossein Tehrani, à qui l’on doit une approche moderne de l’instrument. En effet, avant Tehrani, en Iran, le zarb n’était qu’une percussion faisant office d’accompagnement dans les orchestres classiques. Avec Tehrani, le zarb devient une percussion soliste sur laquelle est développée une technique de jeu spécifique. Ainsi, influencé par son maître, à son arrivée en France dans les années 1960, Djamchid Chemirani continue d’explorer les possibilités immenses qu’offrent cet instrument aux sonorités si particulière, tout en participant à la démocratisation de la musique iranienne dans l’hexagone.

De la transmission au trio

La musique étant une histoire de perpétuation et d’apprentissage, Djamchid Chemirani enseigne à ses deux fils, Keyvan et Bijan, les techniques complexes du zarb. Après un détour par la batterie et le rock à l’adolescence, Keyvan revient vers la musique persane à l’entrée dans l’âge adulte. Dès la fin des années 1990, le père et les deux fils forment le « trio Chemirani », parcourant le monde, les scènes de concerts et de festivals. Au fil des années, Bijan et Keyvan élargissent leur pratique instrumentale, avec l’ouverture sur des tambours sur cadre comme le bendir ou le daf, des cruches telles que le Udu, originaire du Niger. Cet enrichissement des pratiques confèrent au trio un style bien à lui, que l’on ne saurait catégoriser.

Collaborations et expériences personnelles

Aujourd’hui, le trio s’élargit régulièrement pour des collaborations ponctuelles. En témoigne la sortie récente d’un album intitulé « trio Chemirani invite », ou l’on peut retrouver à la fois le joueur de Kora Ballaké Cissoko, le contrebassiste de génie Renaud Garcia Fons ou encore le guitariste de jazz Sylvain Luc. Mais, proposer des collaborations, c’est aussi savoir s’entourer de ses plus proches: ainsi, Maryam Chemirani, fille de Djamchid, a-t-elle été invitée à plusieurs reprises à poser sa voix sur les mélodies percussives du trio.

En parallèle, Keyvan et Bijan multiplient les expériences personnelles. Après avoir collaboré avec le musicien crétois Stelios Petrakis, le poly-instrumentiste irlandais Ross Daly, Bijan Chemirani évolue actuellement avec Oneira, groupe mélangeant influences iraniennes et grecques, Forabandit, trio proposant une rencontre entre musique turque et occitane, quand il n’accompagne pas le clarinettiste Klezmer Yom pour une création autour de l’exil des juifs d’Égypte. De son côté, Keyvan Chemirani explore lui aussi les ponts entre culture avec « Le sacre de Khayyam », mélange de musique persane et maghrébine, des collaborations avec des ensembles de musique baroque ou encore avec Serge Teyssot-Gay, ancien de « Noir Désir », et son « Interzone Extended », mélangeant guitare électrique, oud, trompette orientale et zarb.

Rencontres, un leitmotiv

Partis de la musique persane, codifiée et dotée d’une métrique particulière, la famille Chemirani réinvente aujourd’hui sa pratique, démontrant que l’Art ne se soucie pas des limites établies, au travers d’une envie permanente de rencontre et de partage. Preuve que la musique rassemble en ces temps de division croissante.

 

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Revue de presse #4: le nouveau-né royal vu d’ailleurs

KW

  • Chine: « La duchesse britannique de Cambridge a accouché d’un garçon », Xinhua

La duchesse britannique de Cambridge Kate Middleton a accouché d’un garçon lundi après-midi.Le bébé, pesant environ 3.8 kilogrammes, est né à 16h24, selon les sources du palais de Kensington. Il est le troisième dans l’ordre de succession au trône britannique.

« Son altesse la duchesse et son bébé se portent très bien et ils resteront à l’hôpital pour la nuit, » a indiqué le palais dans une déclaration.Plus d’une semaine après la date prévue de l’accouchement, Kate a été transportée à l’hôpital St. Mary vers 06h00 par une porte latérale.Son mari le prince William était auprès d’elle tout le long de l’accouchement.Le duc de Cambridge est né dans le même hôpital en 1982, tout comme son frère, le prince Harry.

  • Liban: « Après la naissance du petit prince, l’attente de sa première photo », L’Orient Le Jour

Le Royaume-Uni célèbrera aujourd’hui mardi en grande pompe la naissance du prince de Cambridge, appelé à régner un jour sur le pays et 15 autres Etats dont le Canada et l’Australie.

A 14 heures précises (13H00 GMT), la Royal Horse Artillery tirera 41 coups de canon depuis Green Park, en face du palais de Buckingham, résidence londonienne de la reine Elizabeth II. Au même moment, le long de la Tamise, 62 salves de canon seront tirées par le régiment de la City of London.

Lundi soir, la fête était dans la rue avec des centaines de curieux venus célébrer la nouvelle, sous la pleine lune et verre de champagne à la main, devant le palais de Buckingham.

Deux grandes inconnues alimentaient mardi les interventions quasi continues des commentateurs des télé britanniques: le moment où le bébé, premier né du couple princier, sortira de la maternité devant laquelle l’attendent des centaines de journalistes venus du monde entier ? Et quel sera son prénom, ou plutôt ses prénoms, son père en ayant pas moins de quatre (William, Arthur, Philip, Louis)?

Le choix des prénoms est un exercice délicat, pour n’importe quel parent mais probablement encore davantage pour un enfant appelé à régner. Les bookmakers, qui avaient parié à tort sur la naissance d’une fille, tablaient sur George – un prénom chargé d’histoire puisque porté par six monarques – suivi de James, prénom du frère de Kate.

  • Afrique: « L’Afrique, l’autre amour du prince William », Jeune Afrique

Le prince William fréquente l’Afrique depuis qu’il a 21 ans. C’est même au Kenya qu’il a demandé la main de Kate Middleton. Retour sur la relation particulière que le futur roi d’Angleterre entretient avec le continent africain.

Assis à l’arrière d’une jeep dans la brume de l’hiver austral, le prince William parcourt la steppe du Botswana en compagnie des membres de Tusk Trust, une fondation pour la préservation de la nature en Afrique dont il est l’ambassadeur. Les caméras sont là, ce 15 juin 2010, pour suivre son premier voyage officiel en Afrique.

« L’Afrique c’est l’endroit parfait où aller. Les gens ne savent pas qui je suis et j’adore ça », confie William à la caméra. Vêtu d’un simple pull en polaire noir aux couleurs de son association, il livre un véritable témoignage d’affection au continent. « Quand je descends de l’avion, je me dis, ça y est, je suis de retour. Je suis ici pour travailler, mais je ne peux m’empêcher de ressentir ça. L’Afrique c’est comme une seconde maison. »

  • États-Unis: « Le bébé royal, une obsession internationale », The Washington Post

Il est enfin temps de parler de ce bébé.

Ce nouveau rebondissement pour Buckingham a incité l’éditeur canadien Harlequin à lancer une gamme de romans d’amour sut le thème de la naissance d’un bébé royal, avec des titres comme « une princesse enceinte » ou encore « l’enfant-roi », que l’on peut actuellement trouver sur Amazon. Ce bébé, qui a mis les bookmakers britanniques en émoi, avec des spéculations sur la date de l’accouchement, a vu germer des blagues de mauvais goût telles «trop chic pour pousser. » « Où est le bébé royal? » a titré la presse depuis cinq jours, comme si les Windsor avaient délibérément caché ce bébé dans le ventre de la duchesse de Cambridge.

« Il s’agit d’un moment important dans la vie de notre nation « , a déclaré le Premier ministre britanniqueDavid Cameron selon la chaîne ITV. « Mais je suppose que c’est surtout un moment merveilleux pour un couple chaleureux et affectueux qui attendait cet enfant. »

Ce bébé…est un bébé important?

Oui – il est le futur roi d’Angleterre. Qui n’est que légèrement moins mémorable que ce qu’une future reine d’Angleterre aurait été. En effet, cette année, le Parlement a finalement abrogé une règle de succession ancienne qui prévoyait une préférence de l’héritier sur l’héritière.

  • Brésil: « Naissance du fils du prince William et de Kate Middleton », Jornal do Brasil

Il est né le lundi 22 juillet, autour de 16:20,  c’est le premier enfant du Prince William et de la duchesse Kate Middleton. Le bébé, un garçon, est venu au monde après une naissance naturelle, sur choix de la mère. La naissance, qui était entouré d’une longue attente depuis plusieurs semaine, sera célébré avec salves d’artillerie et de lumières colorées autour de Londres.

« Son Altesse Royale et son fils sont tous les deux en bonne santé et resteront ce soir à l’hôpital », a indiqué un communiqué de la maison royale.

Kronik Kultur #4

Au sommaire de cette quatrième Kronik Kultur, une bande-dessinée néerlandaise, un film indépendant américain.

Cinéma: « Frances Ha », Noah Baumbach (États-Unis)

FrancesHa

À la prononciation, le dernier film de Noah Baumbach, réalisateur indépendant américain, peut laisser apparaître une certaine bizarrerie. Si l’on s’en tient à l’affiche, on pourrait se croire invité dans un énième documentaire sur la danse, à la manière de Wim Wenders dans son magnifique « Pina ». Pourtant, il n’en est rien: « Frances Ha » nous emmène dans les immenses avenues new-yorkaises, accompagné d’un noir et blanc intemporel.

Frances, jeune et belle blonde américaine de vingt-sept ans, installée à New-York, a deux passions dans sa vie: Sophie, son amie de toujours, rencontrée à la fac; la danse, raison pour laquelle elle a rejoint « Big Apple », rêvant de devenir un jour chorégraphe. Mais, le problème de Frances est qu’elle ne parvient pas à mener ses projets à leur terme: ayant toujours trente-six idées en tête, elle entreprend beaucoup de choses, dans un temps souvent restreint. Le constat est similaire en amour: alors que le film s’ouvre sur une scène où son amant lui propose de s’installer avec elle, Frances hésite puis renonce. « Undatable » (littéralement « incasable ») est-elle ensuite surnommée, comme s’il n’y avait pas de sens à vouloir la catégoriser.

On sent dans les dialogues et dans l’image une certaine volonté du réalisateur de rendre hommage à Woody Allen et à son film « Manhattan », adepte des personnages névrosés errant entre les buildings de New-York. Le pari est plutôt relevé: les dialogues sonnent juste et Greta Gerwig, interprète de Frances, rayonne dans ce personnage, stupéfiante de naturel lorsqu’elle laisse percevoir une douce nostalgie sur son visage. Avec Woody Allen, c’est aussi à la Nouvelle Vague que Noah Baumbach se réfère, laissant échapper une évocation de Jean-Pierre Léaud à l’un de ses personnages.

« Frances Ha » fascine par la souplesse de son montage: on navigue d’une séquence à l’autre avec une aisance remarquable. L’utilisation de la musique sans paroles pour résumer les virées de Frances chez ses parents ou à Paris trouvent leur place sans problème dans la narration. Au fond, la personnalité de Frances irrigue le film en son entier: on ressort de la salle obscure avec l’envie, comme elle, de courir et sauter dans tout les sens, sur « Modern Love » de David Bowie.

Bande-dessinée: « Les noceurs », Brecht Evens, Actes Sud BD (Pays-Bas)

Les noceurs

Commenter faire une critique d’une oeuvre graphique aussi bizarre et déjantée que celle que nous propose le dessinateur néerlandais Brecht Evens avec « Les noceurs »? En effet, son trait, sa narration, son univers coloré sont peu commun dans le milieu du neuvième art. Tentons de relever le défi.

Un soir, Gert, jeune-homme sans doute trentenaire, se met sur son trente et un: il organise une soirée dans son propre appartement. Les invités arrivent petit à petit mais il manque le meneur, la star du milieu mondain: Robbie, dandy qui fascine et fait craquer toutes les filles. La soirée sombre dans l’attente de ce héros qui ne vient pas: on s’impatiente, on peine à discuter, le groupe est complètement chamboulé par son absence.

« Les noceurs » est l’histoire d’une quête, celle de Robbie, dont aucun homme ne saurait s’y mesurer. Brecht Evens sait avec efficacité dépeindre l’ambiance lourde qui règne en son absence. Il questionne sur la futilité des relations humaines dans les mondanités, où se croisent des personnes réunis par une connaissance commune mais peuvent ne rien avoir en commun.

Entrer dans l’univers de Brecht Evens, c’est faire face à un dilemme: on se reconnaît dans les situations décrites, ces soirées où l’on ne devrait pas être, où l’on est déconcerté par la non-présence de celui que l’on attendait; on est confronté à un dessin, des couleurs qui fleurent bon le rêve, l’hallucination.

« Les noceurs » est une réussite dans le sens où l’histoire nous prend, nous happe au travers de cases qui s’entremêlent donnant une agréable sensation cinématographique à cette bande-dessinée unique en son genre. Prix de l’audace à Angoulême en 2011, Brecht Evens est un auteur à suivre en ce qu’il renouvelle les codes du genre.

Notre-Dame des Landes, nouveau Larzac?

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L’actualité, ses stars d’un temps, ses éditions spéciales, ses oublis. Notre-Dame des Landes est de ceux-là: symbole de l’opposition à Jean-Marc Ayrault, ancien maire de Nantes, au début du mandat de François Hollande, sa couverture médiatique s’effrite petit à petit quand la contestation reste indemne. Alors, le rapprochement peut-il être fait entre le lieu des premières heures de militantisme de José Bové et celui où les écologistes tentent actuellement de se donner une seconde jeunesse?

1963, un projet d’aéroport est envisagé à Nantes dans le cadre d’un plan national de décentralisation. Cinq ans plus tard, la préfecture de Loire-Atlantique propose le site de Notre-Dames des Landes pour sa situation géographique stratégique. 1971-1981, le plateau du Larzac, au Sud du massif central, devient le centre de gravité d’une contestation paysanne et ouvrière touchant l’extension d’un camp militaire, défendue par le gouvernement de Valérie Giscard d’Estaing. L’arrivée au pouvoir de François Mitterand met un terme au projet.

Mouvements de protestation collective

« On veut du silence et du temps on veut sortir à la lumière, on veut cultiver nos enfants et on veut cultiver nos terres; Notre-Dame des Landes de terre, Notre-Dame des chemins de long; Notre-dame des oiseaux de terre, notre-dame des livres et des sons » nous chantent Erwan Hamon et Janick Martin, musiciens bretons, dans « Notre-Dame des oiseaux de fer », sorte d’hymne, de « chant des partisans » des opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes: avec les évocations seventies du Larzac, la contestation bretonne a pour similarité de faire émerger un mouvement collectif de protestation qui ne trouve pas ses résonances seulement chez les individus directement concernés (agriculteurs, habitants,…) mais sur un panel plus large de la population, considérant les changements proposés par les pouvoirs publics comme illégitimes.

Un monde désidéologisé

À la différence des années 1970 pendant lesquelles s’est déroulée la protestation du Larzac, l’opposition au projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes peut être qualifiée d’apolitique. En effet, la présence médiatique d’Europe Écologie Les Verts (EELV) lors des différents rassemblements et chaînes, la venue de José Bové ou d’Eva Joly, le militantisme qui émerge là-bas ne peut être catégorisé. D’une part, le projet émane d’un gouvernement socialiste face à des protestataires qui peuvent aussi être de gauche, d’autre part, différentes voix se font entendre, d’opposition ou de soutien, à gauche comme à droite. Pour le Larzac, le constat est proche: malgré la présence de syndicats et de partis politique, le mouvement s’est agrégé à lui une population diverse. Néanmoins, les années post soixante-huitarde était encore bercées d’idéaux que nous avons sans-doute aujourd’hui perdu.

François Hollande, dans les pas de Mitterrand?

Si l’issue du Larzac fut heureuse pour les protestataires, celle de Notre-Dame des Landes est plus incertaine. En cause, Jean-Marc Ayrault, principal promoteur du projet, est aujourd’hui premier-ministre. Mais, la situation est plus complexe qu’elle n’en paraît: François hollande doit se faire à la présence des écologistes au sein du gouvernement, dont l’opposition à l’aéroport est officielle et actée. Avec la montée en puissance de la protestation à l’automne dernier, le premier-ministre s’est vu dans l’obligation d’annoncer un report de la mise en place du chantier: il revient maintenant à François Hollande de choisir ou non la voie de l’apaisement.

Madiba, les journalistes et la nécrologie

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Qui dit quatre-vingt quinzième anniversaire avec rumeurs intempestives de mort imminente  dit remue-ménage médiatique: la célébration du nonagénaire le plus connu d’Afrique du Sud prend des allures de scoop de l’été. Où la tentation de la nécrologie n’est jamais très loin.

Twitter est un drôle d’endroit: un monde à part entière dirons nous. De la fin du mois de juin à aujourd’hui, il n’a pas été rare de croiser des tweets de journalistes ou de simples twittos annonçant une quelconque évolution de l’état de santé de Nelson Mandela. À chaque fois une même rengaine: la préparation de la nécrologie de l’icône sud-africaine. « Tiens, Bernard #Guetta nous a déjà pondu la nécrologie de Nelson #Mandela Comme ça, c’est fait » pouvait ainsi twitter le journaliste Jérôme Godefroy le 27 juin dernier.

Couvrir l’actualité, le rôle du journaliste

Pour autant, on ne pourrait reprocher aux journalistes,dont l’objectif est de nous rapporter l’actualité, de se préparer à toute éventualité, notamment celle de la mort d’une personnalité politique à rayonnement mondial. Ainsi, à la mort de Margaret Thatcher début avril, la couverture médiatique de l’évènement avait permis un réexamen à posteriori de sa politique, aux britanniques de se pencher sur une partie de leur passé. Pourtant, dans le cas de Madiba, la presse se divise: le 12 juin dernier, le quotidien sud-africain « The Daily Maverick » pouvait titrer « Mandela: les journalistes, des vautours? ».

Le cas Mandela, révélateur de l’accélération de l’information

En sous-main, la situation médiatique due à l’état stationnaire du chef de file de la contestation de l’Apartheid démontre un autre marqueur du « journalisme 2.0 », qui rejoint la logique des chaînes d’information en continu, une constante accélération du rythme de l’information. Quand les journalistes de l’âge de pierre ne pouvaient compter sur le travail de l’AFP, le fil d’actualité que représente Twitter nourrit la sphère médiatique tel de véritables dépêches. Mais, avec la rapidité, il n’est pas rare de voir fleurir rumeurs et démentis: ainsi, la mort de Madiba a pu être annoncé à plusieurs reprises sur le réseau social à l’oiseau bleu.

Nécrologie, éloge, hommage

Institution du « Monde », la nécro’, pour les intimes, est un sport journalistique un peu particulier: Il s’agit de résumer une vie en un article qui tienne dans l’édition-papier ou numérique du journal. Si certains versent dans le dénie de l’héritage de la personnalité décrite, d’autre au contraire se lancent dans une apologie où tout l’art est de donner une cohérence à un parcours de vie qui n’en a peut-être pas. Dans le cas de Mandela, le travail sera simple: une icône aimée de tous ne peut être rangée que dans le Panthéon des grands de ce monde. À l’opposé d’une « Dame de Fer » un peu rouillée.

Revue de presse #3: Marine Le Pen vue d’ailleurs

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  • États-Unis: « Marine Le Pen, l’extrémisme français », The New-York Times

Entrez dans un immeuble de bureaux de la ville de Nanterre, à l’ouest de Paris, et vous êtes confrontés à ce que les narines assimilent à une odeur du passé, car c’est une chose rare de nos jours de rencontrer la fumée de cigarette dans les lieux publics . La piste de celle-ci nous mène à l’étage dans un bureau, face à une femme qui, au cours des derniers mois, a dominé dans les journaux et talk-shows français, où elle est présentée comme le nouveau visage de l’extrémisme européen, le hérault d’une nouvelle politique européenne.

Marine Le Pen, leader du Front National, m’accueille avec une poignée de main agressive et le langage corporel  brutal d’une personne qui a beaucoup à faire. Cette rencontre a eu lieu à la mi-mars 2011, une rafale de sondages venait de démontrer qu’elle battrait Nicolas Sarkozy si l’élection présidentielle française avait lieu à ce moment-là, preuve qu’elle a travaillé dur pour presser son avantage.

  • Russie: « Marine Le Pen, les russes refusent le modèle ultra-libéral et mondialiste », Ria Novosti

RIA Novosti: C’est la première fois que vous réalisez une visite officielle en Russie. En tant que responsable politique, quelle est la portée symbolique d’une telle visite, pourquoi la Russie?

Marine Le Pen: Sa portée est importante car les Russes sont attachés à leur identité, à leur culture, ils refusent de se soumettre au modèle ultralibéral et mondialiste que je combats moi-même en France. Nous sommes des peuples frères, et il y a tout intérêt à envisager pour l’avenir des relations approfondies entre la Russie et la France. On a l’impression que depuis plusieurs années, l’Union européenne pousse la France à distendre ces relations.

RIA Novosti: Dans le domaine moral, Paris et Moscou s’éloignent. La France légalise le mariage gay à l’heure où la Russie interdit la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs. Avez-vous abordé ce thème à Moscou? Y a-t-il une convergence avec vos interlocuteurs russes au niveau sociétal?

Marine Le Pen: Oui, bien sûr que nous avons abordé ces sujets, car je crois que la Russie est très inquiète de la multiplication de ces lois, et assez agacée, il faut le comprendre, par le fait que l’Union européenne se considère comme porteur des valeurs universelles, exigeant des autres nations que celles-ci se soumettent. C’est contestable, je suis moi-même opposée au mariage homosexuel et à l’adoption par les couples homosexuels, par conséquent je partage le refus de cette loi avec la Russie. Je suis d’ailleurs à la tête du seul mouvement politique qui a pris l’engagement de revenir sur cette loi si nous arrivons au pouvoir. Je pense que les nations sont libres, souveraines, démocratiques, et l’Union européenne ne peut pas imposer ses vues aux nations du monde.

  • Algérie: « Le FN fait dans la manipulation », El Watan

Grâce au Front national, les Français auront su que la fête de Yennayer avait été célébrée il y a quelques jours. Cette fête est généralement peu connue dans le pays.

Accusant la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, d’avoir fêté le nouvel an berbère à l’Hôtel-de-ville de Lyon, le parti de Marine Le Pen a commis une nouvelle entorse médiatique. Critiquant le communautarisme de la ministre, originaire du Rif marocain, où elle est née en 1977, Florian Philippot a tout simplement procédé à une manipulation à partir d’une bande vidéo qui ne datait pas de ce début d’année 2013, mais de 2009, année 2959 pour les Imazighen.

Najat Vallaud-Belkacem n’était alors pas encore ministre ou porte-parole du gouvernement, elle siégeait simplement aux côtés du maire Gérard Collomb à la mairie de Lyon comme adjointe aux grands événements. Ainsi, à l’époque, elle avait ouvert les portes de la mairie lyonnaise à l’association «Awal» pour y célébrer la grande fête de Yennayer. La communauté d’origine algérienne surtout, mais aussi marocaine est très importante dans la cité des Gaules, et les relations entre les pouvoirs municipaux et les communautés étrangères sont confortés par des années d’approfondissement. Dans l’enregistrement vidéo de 2009, Najat Vallaud-Belkacem disait appartenir à la culture berbère depuis sa naissance, et elle avait conclu l’entretien par quelques mots en berbère. Najat Vallaud-Belkacem n’a fait aucun commentaire sur cette affaire, alors que le FN  a reconnu sa manipulation, expliquant que de toute façon une élue n’avait pas le droit de parler une langue étrangère.

  • Afrique: « Marine Le Pen: la vengeance d’une blonde », Jeune Afrique

Si Marine Le Pen est bien la fille de son père, elle s’en sépare sur un point capital : elle veut le pouvoir. À tout prix. En ce sens, elle n’est pas sans rappeler un certain Nicolas Sarkozy. Oui, oui, l’homme qui, en 2007, faillit avoir la peau du Front national…

À force de calembours sinistres et d’outrances xénophobes, Jean-Marie Le Pen avait fini par se rendre indésirable sur tous les plateaux de télévision. Et il s’en délectait : le rôle de l’ex-para paranoïaque harcelé par la « bande des quatre » principaux partis français (de l’époque) lui allait comme un gant. Marine, sa fille, est invitée partout, pérore sur tous les sujets et avance ses pions avec circonspection. Ses propos sont souvent discutables, mais rarement odieux : une fraction non négligeable de l’électorat, et pas seulement de droite, peut aisément se reconnaître en eux. Elle est en passe de réussir son opération de dédiabolisation du Front National. D’enfouir dans les oubliettes de sa propre histoire les oripeaux de la vieille garde frontiste, tribuns hurleurs, nervis ratonneurs et idéologues ténébreux théorisant ad nauseam la supériorité de la race blanche.

Gouaille populiste. Elle est la fille de son père, ça vous étonne ? Oh ! certes, elle n’a pas encore la stature d’un menhir. Elle n’a pas perdu un œil dans quelque rixe électorale et s’abstient d’entonner des chants nazis dans une brasserie de la place de la République. Mais comment s’y tromper ? Cette gouaille de walkyrie populiste… Cette brutalité désormais domestiquée, mais point éradiquée, qu’on sent sourdre dans tel geste d’impatience, tel regard assassin à l’adresse d’un contradicteur… « Une vraie famille de pitbulls, commente (dans le quotidien Libération) Lorrain de Saint Affrique, l’ex-conseiller de l’ex-président du Front national. Essayez de leur retirer leur gamelle, pour voir. » En 2007, Sarkozy s’y est essayé et y a presque réussi. Les pitbulls vont lui faire regretter ce « presque ».

Kronik Kultur #3

Au sommaire de cette troisième Kronik Kultur: « L’inconnu du lac », un film d’Alain Guiraudie; « Blast », une bande-dessinée de Manu Larcenet.

Cinéma: « L’inconnu du lac », Alain Guiraudie (France)

L'INCONNU DU LAC

Sur la Croisette, en mai dernier, alors que la contestation autour du « Mariage pour Tous » n’avait pas encore cessé, deux films ont marqué les festivaliers pour leur approche novatrice de l’homosexualité: « La vie d’Adèle » d’Abdellatif Kechiche et « L’inconnu du lac » d’Alain Guiraudie. Effet de mode diront certains: il ressort pourtant de ce dernier une évidence à filmer les rapports humains comme le fait Guiraudie, dans la droite ligne du cinéma de Maurice Pialat.

C’est l’été, dans le Sud de la France, Franck,  jeune éphèbe en profite pour se rendre quotidiennement au bord d’un lac, lieu de  drague bien connu des homosexuels de la région. Un jour, il fait la rencontre de Michel, un homme dont il tombe fiévreusement amoureux. Mais, Michel cache un lourd secret: Franck le surprend un soir à tenter de noyer une de ses conquêtes. L’amour que nourrit Franck à l’égard de Michel est donc un mélange de désir sexuel et de peur alimentée par la fréquentation d’un criminel.

Au delà d’un speech qui fleure bon le roman à l’eau de rose, le film tente de cerner le rapport particulier qui se noue entre ces hommes sur ces lieux de drague si particuliers. Un personnage se distingue du reste de l’intrigue de par sa présence « non-intéressée » sur les bords du lac: c’est Henri, un homme plus âgé, qui vient là pour se reposer et passer temps, qui devient petit à petit le principal confident de Franck.

Si la nudité surprend au départ, le réalisateur pose sa caméra avec tant de naturel et de pudeur que l’on en vient petit à petit à s’habituer à ces corps dénudés. De magnifiques moments d’étreintes parcourent le film, même si l’on sent parfois un désir revendiqué du réalisateur de filmer la sexualité à son plus haut degré de vérité. Mais, tout l’intérêt de l’oeuvre réside dans l’universalité du propos: un désir sexuel comblé sur le moment, un manque criant de relations humaines.

Bande-dessinée: « Blast », Manu Larcenet, Dargaud (France)

Blast

Vous connaissez sans-doute Manu Larcenet, dessinateur de bande-dessinées, avec « Le combat ordinaire » paru chez Dargaud en 2003, prix du premier album de bande-dessinée au festival d’Angoulême l’année suivante. Collaborateur du magazine « Fluide Glacial » de 1995 à 2006, Manu Larcenet se distingue par la justesse de ses dialogues, chose souvent rare dans le milieu de la bande-dessinée où le partage des rôles est souvent acté entre dessinateurs et scénaristes.

La carrière et l’oeuvre du dessinateur connaissent un véritable tournant en 2009 avec la publication de « Blast », premier travail de l’auteur quasiment entièrement en noir et blanc. « Blast » narre l’histoire de Polza Mancini, homme obèse de 150 kilos entendu par des policiers en garde à vue pour le meurtre de d’une jeune-fille. Polza embarque les policiers dans son histoire, sa transe et, surtout, le Blast, cette sensation de bien-être quasi-métaphysique ressentie à des moments spécifiques par le personnage principal, une expérience mystique hors du commun, hors du monde.

Aujourd’hui rendu au troisième tome de cette série sombre et prenante, la force du récit proposé par l’auteur donne l’impression que l’on a à faire à une réelle introspection de sa part, où le dessin ne fait que traduire les sentiments de l’auteur. Le récit oscille entre l’étroitesse de la salle de garde à vue et l’immensité des paysages du récit de Polza. Adorateurs d’ouvrages dont on ne ressort pas indemnes ou des sculptures de l’île de Pâques, cette bande-dessinée est faite pour vous.