La moustache et les turcs: une institution

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Fine, épaisse, relevée, taillée, foisonnante: la moustache est un attribut masculin indissociable de la Turquie. Pourquoi? Comment? Depuis quand? « Un oeil vers l’ailleurs » vous invite dans le poil noir, poivre et sel ou blanc des rues d’Istanbul et d’ailleurs.

Selon un proverbe turc, « Un Turc sans moustache est comme une maison sans balcon »: tout est dit. Par tradition, la moustache est portée afin de respecter des codes esthétiques répandus du Nord au Sud de l’Anatolie. Selon le Coran, la moustache doit, pour être conforme (« sunnet » en turque), être fournie mais bien taillée au-dessus de la lèvre.

Significations de la moustache

Les différentes manières de tailler sa moustache précisent l’appartenance à un groupe des individus qui l’arborent. Combinée avec une barbe, elle indique une grande piété religieuse. Lorsqu’elle pend de chaque côté de la bouche, alors surnommée « en croc de loup », elle prouve l’appartenance au parti ultra-nationaliste MHP (Parti d’Action Nationaliste). Abondante, elle est souvent portée par les Alévis, musulmans chiites, ou les sympathisants du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).

Le tourisme du poil

Cette culture de la moustache attire. Ainsi, à Istanbul principalement, des cliniques privées se spécialisent dans la greffe de poils, attirant à la fois autochtones et touristes. « La tendance est apparue il y a deux ans. En Turquie, comme dans les pays du Moyen-Orient, la pilosité faciale est associée à la virilité. Des hommes d’affaires viennent me voir parce qu’ils disent que leurs partenaires en affaires ne les prennent pas au sérieux » confiait le chirurgien Selahettin Tulunay en janvier au journal « Le Monde ». Pour un coût oscillant entre 2000 et 6000 euros, environ une cinquantaine de touristes arabes viendraient se faire implanter une moustache tout les jours à Istanbul.

Pilosité et féminisme

Puisque la moustache est le symbole de la virilité masculine, des associations féministes turques n’ont pas tardé à s’en saisir. Ainsi, l’association Ka-Der, militant pour la parité en politique, n’a pas hésité à lancer une campagne d’affichage avec pour slogan « faut-il être un homme pour rentrer au Parlement? » où des personnalités féminines turques comme l’actrice Lale Mansur ou la femme d’affaire Umit Boymer se sont vu affublées d’une moustache. Tel le groupe d’action féministe français « La Barbe », l’association Ka-Der utilise la pilosité comme arme de combat et de lutte.

Vers un déclin?

Malgré l’engouement suscité par les implants de moustache auprès des étrangers, cette dernière serait menacée. En effet, de nombreux jeunes turcs préfèrent aujourd’hui arborer un bouc ou tout simplement la raser. Faut-il y voir pour autant une fin prochaine? On en est sans doute encore loin. Les poils ont encore de beaux jours devant eux et, qui sait, peut-être qu’une vague « hipster » va se soulever chez les stambouliotes, lui redonnant ainsi une nouvelle jeunesse.

Pour aller plus loin: « Pilosité et identité chez les turcs de Strasbourg »

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