Kronik Kultur #6

Au programme de cette sixième Kronik Kultur: un documentaire de Raymond Depardon et Claudine Nougaret, une oeuvre méconnue de la littérature russe.

Cinéma: « Journal de France », Raymond Depardon et Claudine Nougaret (France)

Depardon

Raymond Depardon est un artiste multiple. Connu pour ses documentaires optant pour un « cinéma du réel », il est aussi photographe et fondateur historique de l’agence Gamma. La particularité de son dernier film, « journal de France », est d’être coréalisé avec sa compagne, Claudine Nougaret, qui l’accompagne sur ses tournages depuis vingts-cinq ans, donnant une dimension forcément empreinte d’émotion à l’ouvrage.

« Journal de France » est double: à la fois récit des pérégrinations de Depardon dans la « France des sous-préfectures » qu’il dit ne connaître guère, en parallèle d’un retour sur sa longue carrière en tant que photo-reporter, partant au quatre coins du monde lorsque l’actualité le demandait. Tout l’intérêt du film réside dans cette dualité: un extrême apaisement du voyage actuel de Depardon en camionnette face à des archives de reportages dans les endroits les plus sanglants de la planète.

Le film convainc dans sa capacité à mixer les coulisses du travail de photographe de Depardon, patient et à l’écoute face à la population qu’il rencontre, avec des images retrouvées par Claudine Nougaret, où cette dernière pose subtilement sa voix, commentant tout à la fois un film de campagne de Valérie Giscard d’Estaing ou encore une interview de Nelson Mandela.

Avant tout, « Journal de France » stimule l’envie de découvrir la filmographie de Raymond Depardon. Une oeuvre est plus particulièrement mise en avant: « Urgences », documentaire tourné en 1988 au sein des urgences psychiatriques de l’Hôtel Dieu à Paris, où le réalisateur-photographe saisit avec une grande humanité ces tranches de vie tourmentées. « Journal de France » est donc idéal pour qui désire s’initier au cinéma de Depardon, avant de se plonger dans une filmographie riche et dense.

Littérature: Nikolaï Leskov, « Le Paon », éditions de l’Aube, 2011 (Russie)

Paon

«Le temps de Leskov n’est pas encore venu. Leskov est un écrivain de l’avenir» aurait dit Léon Tolstoï à la mort de Nikolaï Leskov: ainsi pourrait être définit l’auteur du Paon. Né le 16 février 1831 à Gorokhovo dans la province russe d’Orel, Nikolaï Semionovitch Leskov est à la fois écrivain et journaliste. Ce court roman, écrit tardivement par l’auteur, dit beaucoup de l’ambiance de la société moscovite du dix-neuvième siècle.

Dans une critique parue dans « Le Monde », le journaliste Philippe Jean-Catinchi a les mots justes pour décrire le roman, qu’il me parait ici utile de reprendre: « Saint-Pétersbourg, milieu du XIXe siècle. Une riche veuve vit de la location de ses appartements, régie d’une main de fer par Pavline, Le Paon. Mais la carapace de celui-ci craquera devant le sort, absolument cruel, réservé à la petite nouba (…). Leskov, avec son impitoyable lucidité, voit tout et ne cède rien. Vilipendé en son temps pour son indépendance même, Leskov est décidément l’un des grands Russes les plus actuels, tant son regard cru reste nécessaire ».

N’étant pas un grand russophile, ce roman m’a passionné par la profondeur de son personnage principal, Pavline. Le début de l’intrigue n’est pas anodin: le narrateur débute son récit, dont il fait partie intégrante, se promenant en pleine nuit sur l’île de Valaam, connue pour son monastère, au sein du lac de Lagoda, dans le Nord-Ouest de la Russie. Là, au milieu des pèlerins, il attise leur curiosité en leur contant l’histoire d’un des moines du monastère, un certain Pavline Pétrov Pévounov. « Le Paon » est donc lancé sur l’île de Valaam, haut-lieu du christiannisme orthodoxe russe: beau parallèle pour un homme en constante quête de rédemption.

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