La représentation des Rroms dans les médias

Camp Primitiv, 2010.

Rroms, Tsiganes, Manouches, Sinti, Gens du Voyages, différentes appellations recouvrant des réalités bien différentes que les médias ont bien souvent tendance à mettre dans le même sac. Alors que les Rroms demeurent toujours à ce jour une minorité discriminée à travers l’Europe, il en va de la responsabilité du monde médiatique de ne pas alimenter clichés et stéréotypes.

Mais au fait, « Rrom », qu’est-ce que cela veut bien dire? Si le terme est souvent utilisé à mauvais escient dans les reportages télévisuels ou les articles de presse écrite, c’est qu’il reste sujet à polémique. Pour l’Union-Européenne,  « le terme «Roms» fait référence à divers groupes d’individus qui se décrivent eux-mêmes comme Roms, Gitans, Gens du voyage, Manouches, Ashkalis, Sintis, etc ». On voit bien que la définition institutionnelle n’est pas d’une énorme précision: en 1971, lors du « congrès mondial tsigane », on décide d’utiliser le terme pour recouper trois grands groupes ethniques que sont les Kalés, les Manouches et les tsiganes.

Rroms migrants, Rroms français

Utilisé par les médias, le terme vise en grande majorité une population particulière: les Rroms migrants, c’est-à-dire des individus présents illégalement sur le sol français. Ainsi, hier, « La Voix du Nord » titrait par exemple « Cambrai: trois Roms interpellés accusés de l’agression de la bijoutière Monique Bouquignaud », pour désigner des personnes venues de Belgique. Cet amalgame conduit à oublier qu’il existe aussi des Rroms de nationalité française, regroupés ou non dans la terminologie administrative de « gens du voyage ».

Rroms nomades?

Cette dernière précision conduit à aborder un autre amalgame, à savoir l’assimilation fréquente des Rroms au nomadisme. En effet, les Rroms ne sont pas aujourd’hui, par essence, une population nomade: que ce soit en France, en Roumanie, en Bulgarie, beaucoup sont sédentarisés. Lorsque des Rroms migrants habitent dans des bidonvilles au sein de caravanes, celles-ci ne sont bien souvent plus en état de fonctionner et ne sont donc qu’un « toit » pour ceux qui y vivent. Le nomadisme que l’on associe volontier aux Rroms n’est qu’une conséquence de l’inconscient se représentant l’image d’Épinal du « bohème » (à rapprocher de l’exposition que le Grand Palais avait consacré à l’automne dernier sur ce sujet).

Le tournant du discours de Grenoble

En dehors des amalgames s’agissant des réalités entourant le mot lui-même, l’été 2010 est charnière dans le rapport qu’entretiennent les médias aux populations Rroms. En plein mois de juillet, à la suite de l’attaque d’une gendarmerie par des  personnes présentées comme issues de la communauté Rrom, le président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, prononce un discours à Grenoble où il établie quasiment un lien entre population Rroms et délinquance, affirmant notamment: « La nationalité doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique ».

Délinquance, immigrations, Rroms?

Mis sous le feu des projecteurs, de nombreuses rédactions décident alors soudainement de s’intéresser aux Rroms. Malheureusement, la justesse et la mesure ne définissent pas le mieux la manière dont les journalistes s’emparent du sujet. Un cas représente déjà, quelques années plus tôt, l’apothéose du stéréotype et des clichés: « C dans l’air » sur France 5. En décembre 2005, l’émission présentée par Yves Calvi intitule un de ses débats: « Délinquance, la route des Rroms ». À l’issue d’une condamnation en justice de l’émission en 2009, le tribunal déclare: « En affirmant que le taux de criminalité est nettement plus important chez les Roms, qu’il faudrait enlever les enfants à leurs parents, Yves-Marie Laulan (démographe français) instille l’idée que parce qu’une personne appartient à ce groupe ethnique, elle en deviendrait elle-même individuellement inassimilable ».

Pour une pédagogie médiatique

Face au traitement des minorités, qu’elles soit Rroms, arméniennes, kurdes ou juives, il est nécessaire que les journalistes abordent la question de manière informée et nuancée.  Pour l’historien François Robinet, c’est aussi à l’État de prendre le taureau par les cornes: « La tâche qui attend les futurs dirigeants français, de droite ou de gauche, sera donc particulièrement ardue puisqu’ils devront déconstruire la vision caricaturale présentée de cette minorité depuis des années en médiatisant une réelle réflexion sur les Roms ». Quoi qu’il en soit, le travail est devant nous: espérons que la nouvelle génération de journalistes relèvera le défi.

Pour aller plus loin: François Robinet, « Roms=voleurs? », Decryptimages

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