Kronik Kultur #7

Au programme de cette septième Kronik Kultur: un film mythique du grand David Lynch, un article déroutant du « Monde Diplomatique » de ce mois.

  • Cinéma: « Sailor et Lula », David Lynch, 1990 (États-Unis)

Lynch

Aujourd’hui habitué des blockbusters, d’un souk stambouliote à l’atmosphère d’une nuit de Tokyo, qui pourrait soupçonner que Nicolas Cage, connut, il y a déjà quelques années, un passage par le cinéma indépendant américain? Palme d’or à Cannes en 1990, « Sailor et Lula » (« Wild at heart » dans sa version originale) de David Lynch en est sans doute l’exemple plus probant. Avant d’endosser des rôles dans « Ghost Rider », « Benjamin Gates » et autres distractions pour adolescents prépubères,  Nicolas Cage a donc connu sa période underground.

Le speech: Nicolas Cage (Sailor) aime Laura Dern (Lula), passionnément. Mais, la mère de Lula (Diane Ladd) s’oppose coûte que coûte à leur union, à en perdre la tête, littéralement. La quête du couple vise donc à échapper à l’obsession meurtrière de la mère, allant jusqu’à payer des tueurs à gage pour retrouver Sailor. Il y a donc dans ce long-métrage de David Lynch, l’un de ses plus célèbres, l’impossibilité d’une mère d’accepter la liberté de sa fille, comme s’il ne pouvait à jamais y avoir d’intermédiaires entre elles.

Bien sûr, après visionnage du film, on se surprend à se dire que décidément, Nicolas Cage a bien raté sa voie en se perdant dans le dédale du cinéma commercial hollywoodien. Mais plus encore, c’est l’interprétation de Laura Dern qui impressionne: pour qui n’a pas l’habitude de la voir à l’écran, celle qui fut révélé en 1986 dans le « Blue Velvet » du même Lynch, l’actrice explore ici toutes les possibilités de son jeu, passant sans grand mal d’une colère démoniaque face à une mère possessive à l’effroi confronté à un ex-tôlard en passe de la violer.

« Sailor et Lula » doit se voir dans la continuité de « Blue Velvet ». En effet, on y voit l’évolution d’une Laura Dern au sortir de l’adolescence jusqu’à l’âge adulte. Surtout, le cinéma de Lynch est un leitmotiv: oscillant entre hallucinations et atmosphères morbides, il y a une ambiance unique qui ne peut laisser indifférent. Que l’on aime, ou pas.

  • Article de presse: « Philosophie du fil de fer barbelé », Olivier Razac, Le Monde Diplomatique, août 2013 (France)

Barb'

Dans sa dernière fournée aoutienne, « Le Monde Diplomatique » nous fait voyager de l’avion détournée d’Evo Morales au développement du marketing sonore dans les grandes métropoles. Mais, un article a plus particulièrement retenu mon attention: il est signé du philosophe Olivier Razac et s’intéresse à la place du fil de fer barbelé dans nos sociétés occidentales. Une réflexion qui dit beaucoup de notre rapport à la sécurité et, à la liberté.

Pour Olivier Razac, dans l’étude de la place du barbelé en Occident, il y a un pré-requis: la Shoah et les camps de concentration. En effet, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, son usage est strictement circonscrit alors qu’il subsiste de manière bien plus développé dans d’autres pays. « à l’ère des caméras de vidéosurveillance, de l’identification biométrique ou encore du mobilier urbain dissuasif, on aurait pu croire le barbelé obsolète. Il reste pourtant largement utilisé dans le monde entier, même si, en Occident, où il demeure associé aux camps de concentration, on le réserve à des usages bien circonscrits » remarque le philosophe.

Toute la finesse du raisonnement d’Olivier Razac est d’explorer ce que dit l’utilisation du fil de fer barbelé de notre relation à l’autre. Alors que certaines bâtisses se montrent entièrement ouvertes sur l’extérieur, d’autres utilisent le barbelé pour marquer une frontière, empêcher le passage. « Pourquoi est-il courant de de le trouver au-dessus des murs des riches villas en Afrique du Sud, alors que cela ne se fait pas en France? » se questionne l’auteur.

Après s’être interrogé sur la place du barbelé dans l’usage de la violence politique, Olivier Razac met en évidence la volonté actuelle de ne pas choquer visuellement en minimisant un maximum le choc que peut susciter sa vue, d’où l’apparition de frontières de plus en plus implicites (caméras de vidéo-surveillance, géolocalisation,…). Le barbelé peut rester présent mais il est subtilement camouflé: « d’où l’engouement actuel, à la fois anecdotique et symptomatique pour la clôture végétale », nous dit l’auteur, qualifiant cette évolution d' »euphémisation ».

En s’intéressant au barbelé, Olivier Razac trouve en un objet le vecteur de multiples marqueurs de notre époque. Au besoin récurrent de se sentir en sécurité se substitue la nécessité, l’art de ne pas heurter par la violence du moyen utilisé. Ainsi, le visuel change mais l’objectif reste le même. Ruez-vous sur vos kiosques avant la fin du mois d’août pour profiter de cet excellent article du « Diplo ».

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