Pourquoi l’emprisonnement?

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Alors que les ministres du gouvernement Hollande prennent actuellement leurs vacances après moulte débats, une polémique agite la maigre vie politique en période de vacances d’été: un projet de réforme de l’administration pénitentiaire porté par la garde des sceaux Christiane Taubira mais contesté par le ministre de l’intérieur Manuel Valls. La polémique a au moins un mérite: faire naître un débat autour de la question de l’emprisonnement en France. 

Mais au fait, quel est le contenu du projet de loi tant décrié? L’idée-phare, qui en fait jaser plus d’un, est connue sous le nom de « peine de probation ». « Se substituant à la prison, ce dispositif consisterait à imposer aux délinquants un certain nombre d’obligations ainsi qu’un accompagnement social poussé en vue de leur réinsertion » précisait déjà le journal « La Croix « en août 2012. Quand certains y voit une nouvelle preuve du laxisme qui animerait la gauche actuelle, d’autre y perçoivent un moyen efficace de lutter contre la récidive. Avec cette idée de peine de probation se retrouve aussi une des soixante promesses de campagne de François Hollande, à savoir la suppression des peines-plancher, ces peines incompressibles imposées par la loi, mises en place sous le gouvernement Sarkozy.

Comprendre la prison, convoquer Michel Foucault

Impossible de ne pas évoquer le philosophe Michel Foucault lorsqu’un débat autour de la prison refait surface. En effet, avec la publication en 1975 de son ouvrage « surveiller et punir », il marque les annales de la réflexion autour de l’enfermement. Dans son livre, il s’interroge sur l’apparition de la prison dans sa forme moderne, correspondant pour lui à un moment où l’exécution des peines de morts en public tend à disparaître, ce qui correspondrait à une évolution de l’application de l’ordre par la gouvernance politique. Pour Michel Foucault, «Le châtiment est passé d’un art des sensations insupportables à une économie des droits suspendus ». Avec un mouvement des démocraties occidentales vers une abolition généralisée de la peine de mort, remplacée par l’emprisonnement, les pouvoirs en place utiliseraient l’architecture carcérale (isolation extrême, surveillance extériorisée,…) afin de faire naître un sentiment de culpabilité auprès des prisonniers.

Des alternatives à l’enfermement

Alors, est-ce que la prison est la seule solution afin de punir des actes répréhensibles par la loi? Sans-doute pas. Des alternatives existent. En décembre 2005, la France adopte le  « placement sous surveillance électronique mobile », plus connu sous le nom de « bracelet électronique », élargi en 2008 à la « surveillance de sûreté »,  mesure visant à contrôler les prisonniers ayant purgé leur peine et qui présenteraient un risque très élevé de récidive. À côté du bracelet électronique, la peine probatoire trouve toute sa place: elle vise à une réinsertion orientée par l’administration judiciaire où le délinquant se voit astreint à un certain nombre de devoir, mais en dehors, se confortant ainsi à une directive de l’Union-Européenne datant de 2006 incitant les états-membres à adopter une réinsertion « en société ».

Se pencher sur l’éducation

« Ouvrez une école, vous fermerez des prisons » disait Victor Hugo en son temps. On peut reprocher à la citation d’être battue ou rebattue mais elle illustre au moins une chose: réfléchir à une réforme de l’administration pénitentiaire implique de se pencher sur la question de l’éducation des individus de notre société française. En effet, il n’y a que peu d’intérêt à penser aux moyen utilisé, l’enfermement ou la liberté sous conditions, sans réfléchir aux causes. À n’en pas douter, l’éducation entre en compte dans la dérive vers la délinquance: un détenu de plus dans nos prison, c’est un signe de plus d’une défaite du système éducatif. Peut-être qu’il serait judicieux de lancer une concertation entre le ministère de l’éducation nationale et celui de la justice mais c’est au gouvernement d’en décider en dernier ressort. Une société qui va bien, c’est une société où la prison n’est qu’en second plan: la surpopulation carcérale actuelle n’est pas là pour le rappeler.

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