Kronik Kultur #8

Au programme de cette huitième Kronik Kultur: une des premières expériences cinématographiques de Gael Garcia Bernal, un recueil de textes qui disent beaucoup de la situation actuelle de la Syrie.

  • Cinéma: « Y Tu Mama Tambien », Alfonso Cuarón, 2001 (Mexique)

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Pour qui l’a découvert avec « Carnets de voyage » du réalisateur brésilien Walter Salles, Gael Garcia Bernal restera pour toujours l’incarnation cinématographique d’Ernesto Che Guevera, comme Eric Elmosnino a pu l’être plus récemment avec « Gainsbourg, vie héroïque » de Joann Sfar. Découvrir la bouille toute jeune de Bernal dans « Y Tu Mama Tambien », roadtrip du mexicain  Alfonso Cuarón, est vivifiant.

Le speech: quelque part au Mexique, deux amis, Tenoch et Julio, font la fête, draguent, boivent, se droguent. Un jour, les deux jeunes font la rencontre de Luisa, la copine de l’un des cousins de Tenoch, à l’occasion d’un mariage rassemblant tout le milieu mondain du pays. Quelques jours plus tard, alors que Luisa vient d’apprendre qu’elle s’est faite trompée par son amant, elle accepte une proposition de Tenoch et Julio, et tout trois partent sillonner la côte pacifique mexicaine, l’occasion pour chacun de partir à la recherche de soi-même, à l’âge de la découverte de son corps.

Dans la plus pure tradition du roadtrip, Alfonso Cuarón utilise la route comme prétexte à un voyage iniatique. Là où Walter Salle avait échoué avec l’adaptation du roman de Jack Kerouac, « Sur la route », Cuarón nous emporte littéralement dans les pérégrinations de ses personnages. L’interprétation des acteurs choisis par le réalisateur n’y est pas pour rien: la magnifique Maribel Verdú, aperçue cette année dans le « Blancanieves » de Pablo Berger, joue tout en finesse le rôle de Luisa, une femme d’abord taiseuse qui se révèlera ensuite à la fois bête de sexe et terriblement mélancolique; Diego Luna, passé derrière la caméra en 2011 avec « Abel », interprète avec drôlerie Tenoch, un adolescent immature, issu de la plus haute bourgeoisie mexicaine; Gael Garcia Bernal trouve dans ce film, avec lequel il est devenu un sex-symbol au Mexique, une première approche de toute la densité de son jeu, passant des préoccupation d’un jeune prépubère à des  questionnements plus profonds.

Toute la grandeur de l’oeuvre Cuarón réside dans sa capacité à jongler entre la vulgarité apparente de deux adolescents en mal de sexe, combiné à des interrogations plus complexes, que le personnage de Luisa est là pour renforcer. L’accent chantant de l’espagnol donne à son cinéma une dimension qui lui est propre, à mi-chemin entre le comique et le drame.

  • Littérature: « Syrie, l’État de barbarie », Michel Seurat, PUF, 2012 (France)

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Posthume. Tel pourrait être le maître-mot de l’ouvrage qu’il m’est donné de commenter: Michel Seurat, brillant sociologue et chercheur, est mort à Beyrouth en 1986 après avoir été enlevé avec le journaliste Jean-Paul Kaufmann par le Jihad Islamique libanais, organisation terroriste clandestine, soupçonnée de liens avec le Hezbollah. « Syrie, l’État de barbarie », paru l’an dernier aux « Presses Universitaires de France », rassemble des textes de Seurat écrits jusqu’à sa mort à l’occasion de ses nombreux voyages en Syrie.

Évoquant le livre de Seurat en septembre dernier, « Le Monde » titrait « Syrie: Seurat avait raison »: en effet, malgré les décennies qui nous séparent des textes rassemblées, les thèmes évoqués sont d’une cuisante actualité. L’auteur écrivait ainsi: « Finalement, dans ce Machrek, (…) les partis fonctionnent comme des bandes, les Etats comme des organisations politiques », le jeu politique est dominé par « des partis déguisés en Etats ». Pour lui, deux éléments primordiaux régissent le jeu politique syrien: confessionnalisme (où la minorité alaouite est à la tête du pouvoir) et régionalisme (où d’énormes disparités tribales subsistent entre les différentes régions du pays).

« une première partie analyse cet affrontement qui, par bien des aspects, ressemble à celui d’aujourd’hui — y compris dans ses enjeux régionaux. Après un survol de l’histoire du mouvement islamiste, Seurat revient sur la place de la société face à l’Etat et à ses nouveaux instruments de contrôle » résumait le journaliste Alain Gresh dans les tribunes du « Monde Diplomatique » en juin 2012. Pour qui souhaite comprendre un peu mieux ce conflit syrien qui n’en finit, l’ouvrage de Michel Seurat est indispensable: complété d’une passionnante préface de Gilles Keppel, le livre peut se grignoter par petits bouts, où l’on s’étonne en permanence de la justesse du propos.

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