2.0, virtuel ou réel?

2.0

À la fin du mois de juin dernier, à l’occasion d’un Forum au Mac Val, musée d’art contemporain à Vitry sur Seine, dans le Val de Marne, Libération organisait un débat autour d’internet et de son impact sur la frontière virtuel/réel, faisant se confronter le psychiatre Serge Tisseron au journaliste Bruno Patino. Si le sujet a pu être au centre de la discussion, c’est qu’il interpelle, à une époque où les réseaux sociaux sont rois. Analyse.

Il fut un temps, pas si éloigné, où l’internet fut accusé de créer tout les maux qui gangrènent notre société, suicide, crime, pédophilie et j’en passe. Mais, considérer l’internet comme une cause revient à se tromper de cible: derrière le numérique, il y a toujours l’Humain. Le numérique n’est qu’un moyen mis à notre disposition, libre à chacun d’en faire bon ou mauvais usage. La rhétorique d’un espace virtuel qui serait par essence corrompu pèse non-seulement sur notre perception de son impact mais amène surtout à négliger certaines dimensions de la question.

Identité et numérique

Incontournable lorsqu’il s’agit d’étudier avec recul les impacts du numérique, le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron s’intéresse aux usages de l’internet et à la question du rapport à soi. « La création de soi par l’image a toujours existé, mais avec le numérique, elle est à la portée de tout le monde, pas que des stars, et prend des proportions sans commune mesure avec ce qui se passait auparavant. Chacun peut se fabriquer l’identité qu’il veut grâce au numérique » nous dit Tisseron. En effet, le principe du « profil » présent sur une majorité de réseaux sociaux permet de faire chacun sa propre agence de communication, où les aspects de sa propre personnalité peuvent être maquillés afin de ne garder que le « meilleur », du moins le plus vendeur.  Dans un cadre plus professionnelle, l’apparition de postes de « community-manager » est significative: venus du milieu de la communication, ils appliquent les recettes traditionnelles des communiquants aux réseaux sociaux.

Multiplication des écrans

Là où le numérique trouve son pendant réel, c’est bien dans la manière dont il s’offre à nous. Aujourd’hui, les manières d’accéder à l’internet sont démultipliées. Smartphones, tablettes, ordinateurs portables, il devient possible de rester connecté en permanence, en témoigne l’explosion de Twitter, devenant pour certains une nouvelle forme de sms. « La culture des écrans, elle existe depuis que les êtres humains fabriquent des images ou du moins regardent des écrans, alors que la culture numérique est associée à l’invention, à l’explosion d’Internet et de ce qu’on a appelé le Web 2.0 » affirme Serge Tisseron: si les écrans ont précédé l’arrivée d’internet, il n’en demeure pas moins que le numérique contribue à leur expansion.  Certains spécialistes prévoient une disparition progressive des ordinateurs pour un écran unique sur le modèle des tablettes: le scénario est plausible et implique une autre dimension du monde numérique, à savoir le nomadisme.

La fin du livre?

Dans le monde de l’édition et du journalisme, une sempiternelle affirmation revient de manière récurrente: le format papier serait, à terme, condamné à disparaître, obligé de négocier le virage du numérique. Dans cette optique, la cohabitation entre le virtuel et le réel ne serait pas envisageable et l’opposition, la lutte entre les deux notions ne pourrait être que la seule solution. « tout livre se lit en sens unique, suivant la flèche du temps. Il est intangible : une fois publié, il reste tel qu’en lui-même, statue qu’il n’est plus possible de transformer ou réinventer, là où les textes de Wikipédia changent en permanence à la faveur des interventions de leurs nombreux auteurs, et peuvent être altérés, complétés ou entièrement revus et corrigés à tous moments » rajoute Serge Tisseron: quand le numérique est dans une logique de mouvement, le livre reste figée. Ce constat établi, cela ne signifie pas pour autant la mort de l’un ou de l’autre: les deux n’ont pas les mêmes visées.

Éduquer face au numérique

Partant du pré-requis que l’internet ne peut constituer une fin mais un moyen, il importe de s’intéresser au rapport qu’entretien l’individu à ce nouvel espace. Ainsi, se pose la question de l’éducation face au monde numérique. « Internet est une sorte d’accélérateur de particularités : ils vous permet de satisfaire votre curiosité, d’être plus ouvert et épanoui encore si vous l’êtes déjà au préalable, mais plus replié sur vous-même ou manipulateur si c’est là votre mode d’être » nous dit Tisseron.  Peut-être qu’une éducation à l’image, à l’utilisation des écrans pourrait s’avérer utile dès l’enfance, par le biais de l’école ou de la famille. Ainsi, le schéma de la confrontation virtuel/réel du numérique pourrait être résolu dans l’articulation des deux mondes: tout un programme, politique soit dit en passant.

Pour aller plus loin: « la culture numérique », Serge Tisseron

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