L’écologie peut-elle être programme politique?

MEETING DE FRANCOIS HOLLANDE A LIMOGES

Débat houleux autour de  la « contribution climat énergie » à l’occasion de l’université d’été du Parti Socialiste à la Rochelle, alors que ce moment devait être signe de retrouvailles. En mai 2012, François Hollande, fraîchement élu, avait prôné le rassemblement à gauche, proposant plusieurs postes de ministres au sein de son gouvernement à diverses personnalités d’Europe-Écologies Les Verts (EELV). Alors, l’écologie a donc-t-elle bien sa place en politique? Enquête.

Au sens large, l’écologie se définit comme la science s’intéressant aux interactions des êtres vivants entre eux. Certains lui admettent trois dimensions: les rapports entres individus d’une même espèce, l’activité de l’espèce, l’environnement dans lequel s’exerce cette activité. L’écologie dans son acceptation politique est toute autre: apparue dans la période de l’après seconde guerre mondiale, elle est le fruit d’un rejet de la société de consommation, symbolisée en France par les Trente Glorieuses, en parallèle d’une prise de conscience de l’environnement. Plus spécifiquement, l’écologie politique s’intéresse aux limites de l’anthropocentrisme, à l’empreinte polluante de l’être humain sur son milieu, c’est-à-dire l’impact négatif qu’il peut avoir sur son environnement.

Écolo, qui suis-je?

L’écologie politique connaît un véritable boom dans les années 1970, alors que le militantisme apparaît pour beaucoup comme une évidence durant cette période. À côté des mouvements ouvriers, du socialisme, du communisme, du républicanisme ou encore du féminisme, l’écologie politique prend racine dans les chocs pétroliers de 1973 et de 1979, révolutions à la fois sociales et économiques. Là, apparaissent les principaux idéaux de l’écologie politique: lutte contre l’uniformisation de la culture, reconnaissance des minorités, égalité des droits, économie d’énergie, rapport de l’humain à la nature. Si l’écologie, en France, se classe naturellement à gauche, les solutions proposées peuvent parfois littéralement diverger: quand certains souhaitent prouver l’inadéquation de l’écologie avec le capitalisme par le marxisme, d’autres sont de fervents défenseurs d’un libéralisme économique.

Des penseurs

Derrière les idéaux, il y a aussi des penseurs. L’économiste Alain Lipietz, le philosophe André Gorz, l’essayiste Murray Bookchin défendent une approche de l’écologie qui peut s’assimiler au marxisme dans sa manière de remettre en cause l’ordre social établi, en y rajoutant une prise en compte du rapport de l’humain à la nature. De son côté, le sociologue Serge Guérin, spécialiste du vieillissement, théorise une écologie sociale dans une critique de l’État-Providence et une mise en avant du « Care », c’est-à-dire un approfondissement du rapport à l’autre, concept très en vogue dans les rangs du parti socialiste. À une autre extrémité, on trouve Laurent Gervereau, philosophe et spécialiste du décryptage des images: lui défend une écologie culturelle, s’opposant à une uniformisation des modes de vie sur la planète, parlant d’un dialogue « local/global » où chacun peut vivre dans le respect mutuel.

La France et l’écologie politique

Aujourd’hui, lorsque l’on parle d’écologie dans l’hexagone, nos yeux se tournent vers Europe-Écologie Les Verts, représentés par la juge d’instruction Eva Joly aux dernières élections présidentielles. Mais à l’origine, il y a les Verts: créé en 1982 sous le nom de « Les Verts-Parti écologiste », le mouvement prend racine dans le sérail politique français sous la houlette d’Antoine Waechter, premier candidat du parti à la présidentielle de 1988. Après la scission de plusieurs personnalités du parti, les Verts connaissent un nouveau départ en 1995 avec Dominique Voynet, faisant son entrée au sein du gouvernement Jospin en 1997 en tant que ministre de l’environnement. Le dernier tournant est à chercher en 2010: là, les Verts décident, non sans tensions, de leur fusion avec le mouvement Europe-Écologie, victorieux aux élections européennes de 2009.

L’esprit écolo en politique

Y a-t-il un sens de se réclamer écologiste en tant que politicien? Sans doute que oui. L’écologie appliquée à la politique correspond à état d’esprit bien spécifique. Tout comme la droite adule Alexis de Tocqueville, les communistes Karl Marx, les écologistes peuvent trouver en des penseurs du rapport de l’Homme à la Nature une immense source d’inspiration. Parler de programme politique pour l’écologie n’est alors pas antinomique: l’esprit suivi peut irriguer une politique plus globale, qu’elle soit économique, sociale ou encore culturelle. Enfermer l’écologie politique dans la lutte contre le réchauffement climatique ou la cultures des OGM est réducteur: elle peut se penser bien plus large que le stricte cadre des questions environnementales. Espérons que ses représentants sur la scène politique française en aient conscience.

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