Kronik Kultur #9

Au programme de cette neuvième Kronik Kultur, un nouveau Ozon marqué par la beauté de Marine Vacth, un mook orientale qui décape les règles du genre.

  • Cinéma: « Jeune et Jolie », François Ozon, 2013 (France)

Vatch

Au vue de ce que nous annoncent la bande-annonce et l’affiche, on pourrait croire le nouveau film de François Ozon teinté d’érotisme et d’affranchissement des règles de bienséance qu’avait pu laisser entrevoir « L’Inconnu du lac » de Guiraudie: il n’en est rien. « Jeune et jolie », non ce n’est pas le nom d’une nouvelle série à l’eau de rose, nous sert la ritournelle habituelle d’un certain cinéma français: l’ennui bourgeois.

Le pitch: Isabelle a 17 ans. L’été, elle rencontre un charmant allemand sur une plage qui lui fait goûter sa première fois. Rentrée à Paris, après s’être vu proposer une relation tarifée par un inconnu dans la rue, Isabelle décide de s’essayer à la prostitution. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu. Printemps, été, automne, hiver: les saisons sont pour Ozon moyen d’une exploration de la sexualité d’une « jeune et jolie » fille des beaux quartiers.

Il émane du film une impression récurrente: l’ennui. L’ennui de l’héroïne face aux ébats sexuels dans lesquels elle se laisse aller. L’ennui du spectateur qui tente de comprendre cette fille donnant l’impression de n’avoir goût à rien: est-ce l’absence d’un père qu’elle ne voit plus qui la rend ainsi prostrée? est-ce le manque d’une affection que devrait lui porter ses parents? On n’en saura rien. Tout du moins, on comprend que le sexe n’est pas pour Isabelle une voie d’épanouissement, consommé à outrance mais de manière quasi-distante.

Marine Vacth. Elle sauve le film. Elle est une évidence. Vous l’avez sans-doute déjà vu sur vos écrans de télévision: elle est l’égérie de parfums d’Yves Saint-Laurent et de Chloé. Avec son attitude tout droit sorti d’un film de la Nouvelle Vague, une moue boudeuse à faire pâlir Sandrine Bonnaire chez Pialat dans « Sous le soleil de satan », la jeune actrice venue du mannequinat ne peut laisser indifférente. Si le nouveau film de François est à voir, malgré de nombreux défauts formels, c’est bien pour elle: longue vie à Marine Vacth!

  • Mooks: « Rukh » (France)

Rukh

Science Po n’amène pas forcément aux hautes sphères de l’État: la preuve en est avec Hachemi Ghozali, fondateur de « Rukh »,  une revue trimestrielle consacrée au monde arabe dans la pure tradition des mooks (ces magazine/books dont « Un oeil vers l’ailleurs » avait récemment consacré un article). Le jeune science-potiste de 27 ans se lance dans l’aventure éditoriale en juin 2012. Après l’explosion des révolutions arabes, il se dit que peu de médias s’intéressent au monde arabe avec un regard distancé: ainsi naît Rukh.

“Rukh part à la rencontre de ceux qui par leurs actions, leur silence ou leurs quêtes ont favorisé des avancées significatives dans le domaine de la politique, de la culture et de la philanthropie dans le monde arabe” se définit le magazine. Pour Hachemi Ghozali, tout l’intérêt est de plaire à un public large en gardant son exigence de départ: « Rukh est un magazine généraliste où chacun prend ce qui lui convient. Certains s’intéresseront au cuisinier qui présente son tajine moléculaire, d’autres au récit de la construction chaotique d’une autoroute en Algérie. »

Tiré à 15000 exemplaires, disponible à la vente en France, en Algérie, au Maroc, en Belgique et au Canada, « Rukh » a connu des débuts prometteurs. Dans son dernier numéro, le magazine s’intéresse à l’amour et à l’humanisme, venant clore un cycle de réflexion autour des révoltes du monde arabe.  « L’amour homosexuel, qui a alimenté le débat sur le mariage pour tous en France, soulève des questions que les arabes veulent souvent évacuer. Poser dans un dossier d’ouverture la question de l’homosexualité, c’est aboutir à des considérations diverses » indique ainsi le magazine sur son propre site. Aborder le monde sans tabous est un tâche louable: « Rukh » vient combler un manque dans la presse magazine. À découvrir absolument.

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