Vendeurs de roses, le calvaire des bangladais

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Assis au beau milieu d’un restaurant branché du Marais, à Paris, ils vous interrompent au beau milieu d’un échange de regard avec votre chère et tendre. Eux, ce sont les vendeurs de roses, que l’on croit souvent indiens ou pakistanais mais qui sont en majorité bangladais,  eux qui tentent à tout prix de vous vendre cette fleur un peu flétrie. Eux qui exercent un métier peu valorisé par leur propre communauté. Focus.

Alors que le travail fut un temps la spécialité d’immigrés venus du Maghreb, la vente de fleurs à la sauvette est aujourd’hui une spécialité de la population bangladaise fraichement débarquée en France. Mais, au dire de certains restaurateurs, la rose n’a aujourd’hui plus bonne presse auprès des clients. « C’est même complètement ringard. Les demoiselles préfèrent qu’on leur offre des bières » confiait en janvier un commercant de la rue des Abbesses à Streetpress. Mais alors, qu’est-ce qui pousse ces vendeurs à la sauvette à continuer à vendre ces présents qu’il fut de bonne augure d’offrir aux dames? Tout dépend des quartiers disent beaucoup.

Rive droite, rive gauche

Suivant que le quartier est plus ou moins bourgeois, plus ou moins touristique, la clientèle peut se laisser ou non séduire par les roses que l’on lui propose. « Là-bas, les hommes ont l’habitude d’offrir des fleurs et les femmes d’en recevoir. Ils n’achètent pas si ce n’est pas de qualité » parlait ainsi  Sikdia, jeune vendeur,au Monde, pour qualifier l’atmosphère de la rive gauche. Mais plus que les parisiens eux-même, c’est aux « no, thanks » des touristes en vadrouille que les vendeurs à la sauvette ont à faire. La preuve en est: la vente de roses rapporte peu. Entre 6 et 10 euros sur une soirée, si l’on en croit les chiffres rapportés par StreetPress.

Tensions avec les fleuristes

Vendre des roses au noir, c’est aussi entrer en concurrence avec les commerçants « officiels ». Surtout lorsque l’on se fournit au même endroit: une majorité de vendeurs bangladais  se fournissent en gros au marché de Rungis, là-même ou les fleuriste viennent s’approvisionner. “Nous les voyons depuis une dizaine d’années, ils ont pris le relais d’autres communautés, algériennes ou tunisiennes” raconte un producteur à Rue 89. Ainsi, régulièrement, des syndicats de fleuristes déposent plainte contre ces vendeurs à la sauvette qui visent le même public qu’eux. Mais, plus encore, c’est contre un marché non-régi par des taxes que ces syndicats s’offusquent.

Une migration contrainte

“Ce qui provoque le départ des Bangladeshis, c’est un trop plein : des actes violents, une absence de protection de la police, l’enclenchement de procédures bidons pour les acculer : une spécialité du Bangladesh. Ils risquent aussi des exécutions extrajudiciaires. » explique à Rue 89 Pascale Taelman, avocate spécialiste du droit d’asile. Arrivés en France, ces migrants n’ont d’autre choix, leur carte de séjour en poche, que de travailler au noir. Pour certains le choix se porte sur la vente de dvd, pour d’autres sur celle de fruits et légume. Les roses ne viennent qu’en dernier recours. Elle correspondent à un point de non-retour, comme l’explique Marie Hélène Senay, bénévole de l’association France Terre d’Asile: “Quand ils sont déboutés, les Bangladeshis passent du côté obscur, ils s’organisent en communauté et commencent à acheter leurs roses à Rungis”.

Un travail peu valorisé

Pour beaucoup, le rêve reste de travailler à la plonge d’un restaurant des grands boulevards ou au ménage d’un hôtel de luxe. Pour la communauté bangladaise installée en France, les roses restent un travail miséreux, prouvant que vous n’avez pas su trouver mieux. Il n’est pas rare de passer des heures à arpenter les boulevards en ne se faisant que quelques euros. Alors pour supporter l’effort, certains s’amusent face aux couples auxquels ils ont à faire. « Je donne des roses rouges aux nouveaux couples ou à ceux très amoureux et des roses blanches aux copains-copines ou à ceux pas trop sûrs d’eux » confie un vendeur au Monde. Mais pour eux, point de sentimentalisme: la rose est d’abord une rangée d’épines.

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