La rentrée, un concept français?

Rentrée

Au passage du mois de juillet au mois d’août, il est d’usage de parler du « chassé-croisé » des « aoûtiens » et des « juilletistes ». Drôle de langage. Quand vient la fin de ce repos estival, sonne alors le temps de la « rentrée ». Mais, dans quoi rentre-t-on? Analyse d’une spécificité franco-française, à ranger aux côtés de la baguette, du béret et du coq.

Plus marronnier, tu meurs. La « rentrée » est en effet à la Une de bon nombre de journaux, émissions ou magazines. L’association la plus courante est liée à notre plus tendre enfance: la « rentrée », ce moment redouté où le cartable va devoir sortir de la poussière d’une chambre bien peu rangée après des jours et jours de vacances, ou d’ennui. Plus tard, la rentrée, c’est aussi le temps de retrouver un patron et des collègues qu’on préfèrerait resté dans le spa de leur hôtel aux Maldives. La rentrée, c’est aussi celle du prof, ayant la spécificité de se faire en avance. Pourquoi rentrer? Pour sortir?

1936, le Front Populaire

Une explication peut-être. La naissance des congés payés avec le mouvement dit du « Front Populaire » au beau milieu des années 1930. Là, on prend une décision qui put à l’époque paraître cocasse: payer des travailleurs sur le temps où ils ne font rien. Aujourd’hui, si les congés payés ne concernent que la catégorie des « salariés », l’idée de « vacances » est, elle, largement répandue.  D’ailleurs, à propos de la définition de ces dernières, le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales du CNRS (il faut toujours un nom pompeux pour être crédible) nous dit ceci: « État de ce qui est vide, inoccupé; État d’un emploi, d’un poste, d’une charge momentanément dépourvu(e) de titulaire ». Quel rapport avec la choucroute me direz-vous? Et bien, sans doute, sans doute que l’on rentre de vacances.

Après l’ennui

La rentrée serait donc ce moment de « re », où l’on reprend le cour de quelque chose qui avait pu être interrompu. L’occupation succède enfin à l’inoccupation. Dans un temps où l’ennui n’est sans doute pas une valeur des plus respectée, la rentrée sonne comme un retour aux choses sérieuses. À la politique? La polémique qui a agité le petit monde gouvernemental cet été en témoigne aisément. La raison: savoir s’il est de bonne augure de prendre congé du temps politique en pleine période de crise. On a pu croire à la loterie: une semaine? deux semaines? Entre la poursuite d’une véritable éthique politique et un simple plan comm’, le choix est difficile à établir.

Mercato

Dans la sphère médiatique, le mot peut paraître incongru. Pourquoi parler de rentrée alors qu’une majorité de radios, télés bénéficient d’une grille d’été spécifique? L’impact est sans doute ailleurs. Le remue-ménage autour de l’arrivée d’Antoine de Caunes au « Grand Journal » de la chaîne en est l’exemple le plus significatif: le monde médiatique vit au rythme du mercato, ce moment où animateurs en vogue et nouveaux venus se négocient tels des joueurs de ligue 1. Pronostics et paris en tout genre rendent ces moments comparables à l’ambiance d’un bar PMU bondé. La « rentrée médiatique » joue donc la rupture dans la continuité (nul slogan à chercher ici).

Retour à la besogne

La rentrée, on a pas envie d’y être, tellement qu’on y est déjà. Proposons quelques choses de novateur: supprimer les vacances, comme ça, point d’impression négative en septembre. Trop radical. Ou, alors, l’exact opposé: prendre un congé sans fin. Trop utopique. Bon, alors merde. Bonne rentrée!

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