Un oeil sur #2: Romain Le Berrigot, journaliste en herbe

Romain

 

Désimposture va bientôt fêter son premier anniversaire. Comment a eu lieu sa création?

Je sortais d’une expérience dans le journalisme et je voulais me lancer dans la création d’un site internet. Je n’en avais plus depuis plusieurs mois : ça me manquait. Au départ, je voulais une ligne éditoriale générale. Mais elle s’est rapidement tournée vers la musique : c’est là que je me sentais le mieux, que je me sentais le plus épanoui. Et quand on fait des articles sur le domaine artistique, on est beaucoup plus libre dans l’écriture, on peut se lâcher. On sait qu’en face, on a des personnes réceptives au style non-conformiste, même si je ne me sens pas du tout marginal dans ma manière de traiter les mots. Avec ce projet, je veux simplement me faire plaisir, être libre pour développer mes idées, rencontrer des gens intéressants et continuer à me construire. A 21 ans, on a plein de choses à découvrir. La musique est une découverte éternelle.

« Désimposture », pourquoi ce nom?

On me demande souvent : à vrai dire, aucune définition réelle. Je cherchais le nom avec un ami. On était parti sur Désinvolture, avec une esthétique visuelle définit. Mais la définition me gênait : « attitude trop décontractée, impertinence ». Je trouvais que ça discréditait d’entrée de jeu mon engagement dans ce projet. Du coup, je me suis rabattu, et non par défaut, sur Désimposture. La sonorité me plaisait bien. Et le principal : le mot n’existe pas, le référencement sur les moteurs de recherche était plus simple.

La musique, c’est une passion qui t’es venue tôt?

J’ai commencé à m’intéresser de loin à la musique à partir de mes 12 ans. Ce n’était pas approfondi: j’écoutais des artistes connus comme Police, Dépêche Mode ou Bob Marley. Et il ne fallait pas compter sur ma professeur de musique de l’époque pour m’aider à développer mon identité musicale : c’était une catastrophe. On avait le droit à Céline Dion, des merdes dans le genre, et on soufflait dans un flûte en plastique qui sonnait comme une porte qui grince. Parfois, je me dis que la musique au collège est peut-être le meilleur ennemi de la musique. Puis, pour revenir à mon parcours, j’ai commencé progressivement à creuser, vers 15 ans avec Bloc Party, Interpol, Kasabian ou Franz Ferdinand. C’est vraiment à l’entrée à l’université que j’ai commencé à m’intéresser de très près à la scène musicale indépendante, à de jeunes groupes, que je me suis rendu à des festivals comme les Transmusicales, les Indisciplinés, Astropolis. C’est à cette période que le spectre de Ian Curtis est entré en moi, que les textes d’Alain Bashung m’ont explosé à la tronche et que j’ai sauté comme un fou devant Sébastian, Yuksek et Is Tropical. Depuis, la machine ne s’arrête plus .

Le journalisme, c’est une vocation pour toi?

Le terme vocation est trop fort. C’est une option professionnelle que je développe par des stages et des emplois saisonniers. Si l’occasion se présente, je serais heureux d’exercer ce métier, surtout si c’est dans le domaine culturel ou sportif. Mais je suis conscient des difficultés rencontrées par le secteur ces dernières années et le brouillard qui s’installe sur l’avenir de la presse écrite ne me rassure pas forcément. Journaliste, c’est sûrement l’un des plus beaux métiers du monde : tu rencontres des personnes d’origines sociaux-culturelles différentes. Tu côtoies les différentes couches de la société, tu as un aperçu très large de la réalité. Pourtant, je ne veux pas faire journaliste à tout prix. C’est pour cette raison que j’ai décidé de ne pas me spécialiser là-dedans et de garder des portes ouvertes du côté de la communication, un autre secteur qui me plaît énormément et dans lequel je me vois bien travailler également. Je vais en faire hurler plus d’un, mais je trouve que le journalisme et la communication se complètent en terme de compétences. Alors je laisse le temps choisir pour moi. Je ne me ferme aucune porte : le destin s’occupera du reste. Je ne sais pas exactement ce que je veux faire, mais je sais parfaitement ce que je ne veux pas faire. Travailler dans un journal qui ne me correspond pas en fait partie.

Quel est l’esprit, la ligne éditoriale de Désimposture?

L’objectif principal est très clair : donner la parole à de jeunes artistes peu ou pas connus du public, qu’importe le style musical, tant que leur univers musical me touche. Je veux leur donner un support d’expression et permettre aux internautes de découvrir des perles qu’ils n’auraient pas pu trouver dans la jungle internet. Certains artistes signent leur première publication sur Désimposture : c’est très gratifiant pour moi. Je me sens utile dans ces cas-là, bien plus que si je publiais l’interview d’un artiste confirmé. J’ai l’impression de leur avoir rendu service.

Que dirais-tu à des aspirants journalistes qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure du webzine?

Si je parle de ma maigre expérience, je trouve que se lancer dans l’aventure d’un webzine est une très bonne chose. C’est beaucoup plus bénéfique que de rester assis sur une chaise, devant un tableau, en écoutant un professeur faire un schéma chiant sur les 5W de Lasswell et nous expliquer qu’il faut suivre ce plan à la lettre pour devenir un bon journaliste. Le journalisme sujet-verbe-complément, à titre personnel, pour parler crûment : ça me gonfle. Alors que là, en créant son propre projet, peu importe le fil conducteur – que ce soit la musique, la cuisine, sa passion pour les betteraves – on a une liberté totale et on peut affiner son style d’écriture sans s’inscrire dans le béton fade du journalisme aseptisé. On fait parler notre personnalité. On décide des sujets, de sa ligne éditoriale. On se pose les questions de tout rédacteur en chef, dans une moindre mesure évidemment. Mais on développe de nombreuses qualités et, même si ce n’est pas mon leitmotiv, le curriculum vitae en sort grandi et l’on rencontre des personnes géniales. Il faut simplement le faire sérieusement, y passer du temps et faire quelques concessions. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Tes coups de coeur musicaux du moment?

Je rentre de fausses vacances sur Désimposture. J’ai fait une pause de quelques semaines sur le site et, pour être franc, je me suis éloigné de la musique. Ça fait du bien de changer d’air de temps en temps. Donc je n’ai pas découvert grand chose en août. Et mes coups de cœur de la rentrée vont finir sur Désimposture, je ne vais pas griller mes cartouches (rire). Mais vu que tu en attends un, je vais t’en donner deux. Swordplay and Pierre the Motionless, une sorte de hip-hop pas vraiment hip-hop auquel j’ai vraiment adhéré. Ainsi qu’EF, un groupe suédois qui vient de sortir Cérémonies, un album splendide qui dépote. Autrement, dans ma voiture, David Boring des Naive New Beaters enflamme mes virées routières, aux côtés de Fauve, The Silent Ones et Pastoral Division.

Tu arrives sur Lille, il y a une scène rock là-bas?

Je viens juste de poser à Lille mes cartons pour mes études. Ça change de la Bretagne. Par contre, sur la scène locale, je ne la connais pas trop. Je n’ai jamais eu affaire à des groupes de la région. Mais par rapport à ce que j’ai vu avant de partir, ça à l’air de bien bouger. Pas mal de concerts, de bars sympas, de groupes. Il ne me reste plus qu’à admirer le spectacle et, pourquoi pas, d’y contribuer. Et la Belgique de Brns, Girl in HawaÏ et Balthazar n’est pas loin, tout comme Paris et Londres.

Ton totem/objet fétiche?

Comme une bonne partie de la société contemporaine : mon ordinateur. Impossible de s’en passer. L’écriture, la musique, le lien social : tout passe par là. Ça peut paraître effrayant par moments, mais ma génération s’est habituée, je pense. L’outil permet tellement de choses incroyables.

Le mot de la fin?

Désimposture souffle sa première bougie. Le projet a encore une tétine dans la bouche mais a déjà de belles dents. Alors pour l’occasion, je mets en place une compilation anniversaire téléchargeable prochainement sur le site de manière totalement gratuite. Vingt-cinq artistes ont accepté de figurer dans la compilation : j’en profite pour les remercier. Ils méritent d’être connus, j’espère leur apporter un petit coup de pouce même si je sais que ça ne changera probablement pas la tournure de leur carrière artistique. Et, à part ça, plein d’autres surprises sont prévues, comme toujours. Il ne fait pas trop promotionnel mon mot de la fin ? (rire). On n’est jamais mieux servi que par soi-même disait ma grand-mère. J’en profite.

Son webzine:  Désimposture

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