Kronik Kultur #10

Au programme de cette dixième Kronik Kultur: un des rôles les plus marquants de Mad Mikkelsen, une bande-dessinée qui croque subtilement la Corée du Nord.

  • Cinéma: « La chasse », Thomas Vinterberg, 2013 (Danemark)

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Son visage est placardé un peu partout depuis le début de l’été: en effet, Mad Mikkelsen est à l’affiche du dernier Arnaud des Pallières, « Michael Kohlhass », présenté en compétition à Cannes en mai dernier. Pourtant, ce n’est pas de cette oeuvre cinématographique aux relans médiévaux dont je souhaite ici vous parler mais de « La chasse », film stupéfiant de Thomas Vinterberg, qui valur le prix d’interprétation masculine, toujours à Cannes, au même Mikkelsen, un an plus tôt. « La chasse » nous entraîne dans une course au cerf dont on ne ressort pas complètement indemne.

Le pitch:  Lucas (Mad Mikkelsen) est éducateur dans un jardin d’enfant, après avoir perdu son poste de professeur dans une école primaire. Un jour, sans bien comprendre pourquoi, il se voit accusé de pédophilie par une fillette. Petit à petit, la rumeur se répand: tout le village est au courant et Lucas entre dans un engrenage dont il lui sera difficile de sortir. D’autant plus que les accusations émanent de la fille de son meilleur ami.

« La chasse » (« Jagten » en danois) dessine les contours d’une histoire à priori banale, une jeune fille accusant son enseignant d’attouchements sexuels. Dès le départ, le spectateur est au courant de ce qui se trame: un mensonge comme forme de vengeance pour une enfant vexée de ne pouvoir être l’amoureuse d’un adulte. Mais un mensonge en permanence ravivé par la rumeur, le commérage, et une certaine malveillance des autres adultes. Le caractère réduit de la ville où se déroule l’action favorise une descente aux enfers quasi-immédiate.

Dans son film, Thomas Vinterberg pose deux questions fondamentales. La première est de savoir s’il faut croire à tout pris un enfant qui se dit victime d’abus sexuels. La seconde est celle de la réaction de la « communauté adulte » face aux faits rapportés, donc au traitement de l’accusé. « La chasse » démontre toute la prudence, la distance qu’il est nécessaire d’adopter, au risque de condamner un innocent. Surtout lorsque l’enfant change constamment de version des faits comme c’est ici le cas.

Mais ce film danois ne serait sans doute rien sans l’interprétation magistrale de Mad Mikkelsen. Aperçu successivement chez Nicolas Winding Refn ou Jan Kounen, l’acteur démontre ici toute la profondeur de son jeu: un mélange d’étrangeté et de grande humanité. Aussi à l’aise dans une scène de déchainement de violence que dans un moment de douceur retrouvé. À voir, à revoir, à méditer: « la chasse », un film qui voit plus loin que la gâchette d’un fusil.

  • Bande dessinée: Guy Delisle, « Pyongyang », L’association, 2003 (France)

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Au départ, votre chroniqueur pensait s’appesantir sur la dernière oeuvre en date de Guy Delisle, dessinateur québécois, à savoir « Chroniques de Jérusalem », mais il s’est souvenu de sa première rencontre de lecteur avec l’oeuvre du dit Delisle, j’ai nommé « Pyongyang ».

Pyongyang, vous savez, capitale de la Corée du Nord, pays sous dictature communiste depuis les années 1950, avec à sa tête le fameux Kim Jung Un, que l’on croirait resté bloqué à la puberté. Guy Delisle s’y est rendu en 2003, embauché par une société occidentale pour travailler sur la série d’animation « Papyrus ». L’ouvrage, suivant la tradition de l’auteur, consiste en une succession d’anecdotes et de scènes croquées durant son séjour, démontrant toute la fermeture, virant à l’obsession, du pays.

Dès le début de son séjour, Guy Delisle est prié de se recueillir face à l’immense statut de Kim Il Sung, situé sur les hauteurs de Pyongyang. Arrivé à l’hôtel, il prend place au sein d’un univers aseptisé où quasi-aucun échange n’est possible avec la population locale, l’obligeant à ne compter que sur le développement de relations avec des expatriés (diplomates, entrepreneurs ou encore graphistes). Moment troublant de l’ouvrage: Delisle demande à son guide pourquoi l’on ne croise aucun handicapés dans les rues de la capitale coréenne, ce dernier lui répond que le pays n’en a pas puisque faisant partie d’une race pure.

Les traits simples mais précis du dessinateur québécois s’allient parfaitement avec la froideur coréenne. Tout comme son excursion en Terre-Sainte, ce voyage en terre asiatique croque toutes les absurdités auquel l’on doit faire face dans un pays où les libertés individuelles ne sont pas vraiment une priorité. Une oeuvre rafraichissante et pleine d’humour donc.

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