Kronik Kultur #14

Au programme de cette quatorzième Kronik Kultur, une revue qui fait son chemin du côté du slow-journalisme, un film qui déboulonne la représentation de l’euthanasie.

  • Cinéma: « Miele », Valeria Golino, Italie, 2013

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Aborder l’euthanasie au cinéma: sujet casse-gueule. Pour être rapide, deux camps s’opposent: les cinéastes qui volontairement, prennent fait et cause pour cette mort assistée. De l’autre, on trouve une frange qui dénonce clairement une pratique jugée comme allant à l’encontre de toute éthique. « Miele », premier film de l’actrice italienne passée derrière la caméra  Valeria Golino, n’est ni de l’un ni de l’autre bord. Là est sans doute toute sa qualité.

Le pitch: Irène est une jeune italienne vivant en bord de mer, dans les environs de la capitale romaine. Sous le pseudonyme de « Miele », elle fournit des individus en substances mortelles et les accompagne jusqu’à la mort. Son père comme son amant la croient étudiante. Un jour, elle se rend chez un certain Monsieur Grimaldi, un homme qui n’est pas en fin de vie mais atteint d’une grave dépression. Ne souhaitant pas le voir mourir, elle va tenter par tout les moyens de lui faire reprendre goût à la vie.

Dans ce film, loin d’être parfait, une chose retient plus particulièrement l’attention: la bande-originale. Sans partir dans une analyse titre par titre de la musique choisie, on remarque que le son a, pour l’héroïne, une importance primordiale. Dans quasiment toutes les scènes du film, Irène garde son casque vissé sur les oreilles, comme si elle souhaitait se protéger d’une réalité dont elle est pourtant actrice. Valeria Golino, la réalisatrice, a habilement réaliser le travail de son de son film: on alterne entre son extérieur où la musique écoutée par « Miele » ne nous parvient que par son casque et d’autres où sa musique l’entièreté de la scène.

Il y a l’euthanasie, il y a Jasmine Trinca, actrice italienne que l’on a déjà croisé chez Nanni Moretti. Sa beauté irradie le film. Mais pas que.  Son personnage, tout en ambiguïté symbolise toute la difficulté d’un questionnement autour de la mort assistée. La relation qui se tisse petit à petit avec ce Monsieur Grimaldi démontre toute l’humanité qui l’anime, face à la froideur de ses gestes lorsqu’elle accompagne une personne en fin de vie. Loin d’être un carcan, « Miele » nous questionne profondément sur notre relation à la mort. Un film indispensable.

  • Revue: « Regards », trimestriel

Autain

Pour une revue créée en 1932, elle ne fait pas son âge. La preuve, en découvrant « Regards », j’ai cru à un de ces mooks qui égrainent aujourd’hui les kiosques, ne durant parfois que quelques. Non, « Regards » est bien cette revue de sensibilité communiste qui a vu défiler Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis et j’en passe. Aujourd’hui dirigée par Clémentine Autain et Roger Martelli, la revue s’affirme comme une fervente adepte du slow-journalisme, maquette soignée et reportages de fond de rigueur.

Plutôt que de longs discours, je vous laisse profiter d’un extrait d’un reportage paru dans le numéro d’automne consacré à la montée d’Aube Dorée au pays de l’Acropole, intitulé « En Grèce, être antifa ou ne pas être »: « La colonne vertébrale aussi courbée qu’une montagne russe, une octogénair, recroquevillée sur son cabas vide, s’appuie sur l’avant-bras musclé d’un mastodonte. Au-dessus du coude, une croix gammée décore le biceps du jeune homme au crâne rasé. Dans son autre main, un bout de bois épais sur lequel flotte un drapeau grec. Vêtu d’un T-shirt noir, il aide la vieille dame à rejoindre la longe file d’impatients, venu récupérer leur ration de nourriture gratuite des mains du parti Aube Dorée. Toute la détresse humaine générée par la crise économique qui s’abat depuis cinq ans sur la nuque du peuple grec bat le trottoir en ce mercredi 24 juillet, anniversaire de la fin de la dictature des colonels en 1974. Une date choisie avec délectation par Nikolaos Michaloliakos, le chef du parti aux 425981 votants, grands nostalgiques du régime autoritaire de Georgios Papadopoulos. Entre les drapeaux ornés des méandres grecs rappelant le svatika nazi, les chants fascistes crachés par les hauts-parleurs et une rangée de skinheads, il fait son entrée sous l’acclamation des pauvres hères réunis sous le balcon de l’ancien siège du parti. Prévu sur la place Attiki, ce rendez-vous propagandiste a été interdit par la municipalité d’Athènes, le qualifiant de « soupe populaire de la haine ». Car dans la file des affamés, seuls les citoyens grecs seront servis, après avoir montré leur carte d’identité aux gros bras d’Aube Dorée ».

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Un oeil sur #6: Alexandre Romanès, circassien, poète

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Ambiance estivale ce samedi après-midi sur la Porte de Champerret à Paris. C’est au 42/44 d’une large avenue de Reims que le cirque Romanès, le seule cirque tsigane d’Europe, a élu domicile. Un chapiteau que l’on croirait tout droit sorti du siècle dernier, des caravanes aux couleurs chatoyantes: le décor est dressé. Alexandre et Délia Romanès nous accueillent autour d’un café. Retour sur une discussion où l’on parle sans transition de campagne, de poésie et de politique.

  • Depuis quand existe le cirque?

Dans ma famille, on fait du cirque depuis longtemps. À la base, on était des montreurs d’ours. C’est à la guerre de 14/18 que l’on est rentré dans le cirque. À la base, ma famille n’était pas dans le cirque. Mon grand-père s’est confectionné un petit chapiteau. Mes parents-Les Bouglione-avaient eux, par contre, un grand cirque. Quand j’ai eu une vingtaine d’années, je ne me reconnaissais plus dans le cirque, je l’ai quitté. Là, je me suis inscrit au conservatoire, où j’ai commencé à donner des concerts de musique baroque. Je suis revenu au cirque par accident. Et puis je me suis mis aussi à faire des poèmes. J’ai 3 recueils de poèmes chez Gallimard, pour un gars qui n’a pas été à l’école, c’est rigolo! Aujourd’hui, j’ai le projet de tourner un long métrage, une histoire gitane. On va voir: je vais d’abord tourner les 20 premières minutes, si j’en suis content, je vais jusqu’au bout, si je ne suis pas content, je m’arrête à la vingtième minute! Ca fera un court-métrage. Mais si je n’en suis pas trop mécontent, je vais jusqu’au bout.

  • De quoi parlera le film?

Ca se passera dans le monde tsigane. Raconter une histoire entre un dentiste et sa secrétaire, je ne sais pas faire. Ce n’est pas mon monde. Mais les tribunes tsiganes et gitanes, je connais.

  • Qu’est-ce qui vous intéresse dans le cinéma?

À vrai dire, je ne suis pas un passionné de cinéma. Ce que je préfère, c’est me promener dans la campagne. Mais ça m’a amusé d’écrire des scénarios. La première histoire, je l’ai écrite il y a de ça 20 ans: ça date. Puis j’en ai écrit une deuxième, une troisième. Après, on a eu du mal pour trouver un producteur: j’ai laissé tomber. Dernièrement, on m’a relancé, alors j’ai un peu réécris la première histoire. Oui, c’est sûr, je ne suis pas un acharné de cinéma. Enfin, je crois que ce sera quand même une histoire assez jolie, mais tout est dans la façon.

  • Que pensez-vous du cinéma qui s’est intéressé aux manouches, aux gitans, aux sinti?

C’est souvent vulgaire. C’est souvent une image erronée. Mais bon, si c’est poétique, c’est déjà pas mal. Je ne suis pas d’accord avec tout ce qui se fait. Je suis peut-être en désaccord avec tout aussi: il n’y a pas que le cinéma. Ce serait bien qu’il n’y ait que le cinéma. Vous avez entendu la phrase de Manuel Valls? On ne s’intègre pas. C’est bête ce qu’il a dit parce qu’il parle comme un homme de droite alors qu’il est supposé être de gauche. Mais c’est un peu vrai ce qu’il a dit: on a du mal à s’intégrer à ce monde, mais je me demande s’il n’y a pas des millions de gens dans ce pays qui n’arrivent pas à s’intégrer. Et des gens qui sont nés ici, de parents français, des français de souche. Est-ce que l’on ne peut pas dire ça aussi de la moitié ou des trois quart de la jeunesse? Est-ce que les jeunes se reconnaissent bien dans ce pays? Je n’en suis pas sûr. Regardez tous ces jeunes qui vont à l’étranger, il y en a beaucoup. Mais soyons optimistes.

  • Vous l’êtes?

Oui, je suis optimiste. Mais je ne crois plus du tout en la politique. Plus du tout. Ernst Jünger, un écrivain allemand que j’aime beaucoup, dit quelque chose de très intéressant: quand l’époque est pourrie, il y a une chose à faire, c’est de se mettre à l’écart. Je trouve que c’est intelligent. Nous, les tsiganes, c’est ce que l’on a toujours essayé de faire, être à côté de la société. Ne pas être complètement insérés dedans. Mais c’est difficile, surtout dans le monde moderne. Pourtant, on vécu comme ça pendant des siècles. On ne voulait pas être complètement insérés dans la société. 

  • Vous pensez que c’est ce que l’on vous reproche maintenant?

Oui, avec le monde moderne, vous voyez bien que tout le monde doit marcher au même pas, tout le monde doit faire les mêmes choses, tout le monde doit penser pareil. Des gens qui ont le nomadisme dans la tête, c’est mal vu, ce n’est pas bon. Le nomade, on le contrôle mal.

  • Vous ne pensez pas justement qu’il y a un amalgame actuellement sur la question du nomadisme des populations rroms migrantes alors qu’elles sont majoritairement sédentarisées?

Moi je ne dis jamais rrom, je dis toujours tsigane. Pour répondre à votre question, bien sûr qu’il y a une différence énorme entre nomades et sédentaires. Mais les populations sédentarisées l’ont été de force. Ils ont le voyage dans la tête. Et d’ailleurs quand le pouvoir les a obligé à se sédentariser, le résultat ne s’est pas fait attendre: les trois quart des hommes sont passés dans l’alcool. Une partie de la communauté tsigane de Roumanie reprend actuellement le voyage. Mais en France, il y a aussi des choses terribles: en banlieue parisienne, une commune a aménagé un terrain pour les tsiganes, ils ont acheté des caravanes mais ont retiré les roues: c’est incroyable. Ils ont fait ça pour qu’ils ne reprennent pas la route. Alors que la route est gravée dans notre sang. Quand j’ai appris ça, j’étais stupéfait. La municipalité voulait sans doute aider, mais en nous empêchant de reprendre la route.

Nous, les gitans français, on est resté dans le nomadisme. Les gitans français qui ne sont pas dans le nomadisme, vous pouvez aller les voir, ils pleurent.

  • Qu’est-ce que vous pensez du terme de « gens du voyage »?

C’est un terme administratif. Ça ne veut pas dire grand choses. On ne se reconnait pas dans cette expression. Nous ça ne marche même pas par pays, ça marche par tribus: il y a une douzaine de tribus différentes, avec des petites différences d’une tribu à l’autre. L’autre jour, un journaliste a demandé à ma plus jeune fille: tu es de quel pays? Elle s’est obstiné à lui dire je suis gitane. Vous voyez, le pays ne compte pas, c’est comme les églises, chez nous ça ne compte pas. C’est Dieu qui est important, pas les églises.

  • Vous ne pensez pas qu’il y a une forme de jalousie des sédentaires vis-à-vis des nomades?

Oui, il y a sans doute un peu de ça. Quand les gens parlent de liberté, ce n’est pas quelque chose de matériel, c’est plutôt quelque chose dans la tête. Des défauts, on en a, mais par exemple, la mode et le sport ne nous intéressent pas. Pas plus que la réussite sociale. Chez nous, quand les gens arrivent à se faire de l’argent pour manger le lendemain, c’est déjà bien. Donc finalement, c’est une forme de liberté. Ce qui est dommage, c’est que toute cette population qui vient de Bulgarie et de Roumanie est très pauvre, on ne les a pas laissé travailler, et ils sont un peu condamnés à la mendicité et au vol. L’Europe a mis de l’argent pour eux, mais vous savez qu’on ne peut pas cibler une population en France, donc cet argent n’arrive pas. Pendant la seconde guerre mondiale, le gouvernement français avait ciblé les juifs: aujourd’hui, on ne veut plus cibler une population. Ce qui était une réaction intelligente empêche maintenant d’aider une population vivant dans la misère. Moi ce que je remarque en France, c’est qu’il est très dur de dire la vérité. Celui qui dit une vérité, quel est le journal qui va la reprendre?

  • Vous pensez qu’il y a une forme de censure?

Énorme. Mais elle est bien faite, subtile. La censure, elle est dans la tête des gens. Moi, on m’a dit, lors de journaux télévisés: Alexandre, vous en dites de trop. Par exemple, sur France 2, la journaliste me dit: « Vous, les tsiganes, vous êtes plutôt des voleurs? »

  • Elle vous dit ça franco, comme ça? 

Oui, franco. Et moi je lui répond: vous savez, la France a volé la moitié de la richesse de l’Afrique et pourtant, personne n’en parle. Alors on me dit, attention Alexandre, tu en dis trop. Tu vas te griller tout les médias. Enfin je peux vous donner plein d’exemples comme ça.

  • Comment avez-vous trouvé l’exposition « Bohème » l’an dernier au Grand-Palais?

J’ai remarqué que les médias n’ont parlé que des bohèmes à Montmartre. Pratiquement personne n’a parlé des tsiganes. Aujourd’hui, le pouvoir ne veut pas que l’on mette le problème sur la table. C’est voulu. Les journalistes le savent: c’est une censure dans la tête. Moi, j’ai une image: dans les pays totalitaires, les gens ont une chaîne autour du cou; ici, dans les pays soit-disant démocratiques, on a une chaîne dans la tête. Par exemple, Marine Le Pen, il y a plein de problèmes qu’elle n’aborde pas, sinon elle est éliminée des médias. De toute façon, c’est un vieux problème la parole. En ce moment, je lis Confucius: dans un passage, on lui demande ce qu’il ferait s’il était le Prince. Il dit: « que la parole soit libre ». Aujourd’hui, il y a des moments où la parole se libère et d’autres où c’est l’inverse.

Je pense que la France s’écroule parce que la parole n’est pas libre. Je trouve que les programmes sociaux français sont bien, mais le code civil, le code du travail, c’est ingérable. Ici, on doit avoir 15 ou 16 salariés, mais ma femme me dit qu’il faut plus de monde pour gérer la paperasse, c’est un truc de fou.

  • Je pensais que l’on pouvais avoir une note d’optimisme au début du quinquennat d’Hollande avec sa proposition de supprimer le carnet de circulation, depuis concrétisée. Qu’en pensez-vous?

Vous êtes d’une naïveté. Les airs de stationnement sont un désastre. Quand l’air de stationnement est fait, on ne peut pas aller ailleurs, l’air de stationnement coûte cher. Si on est sur un terrain vague loin des maisons, je ne vois pas pourquoi cela dérange. Moi, je dis  toujours, la politique, c’est le terrain du diable, alors nous les tsiganes, on préfère rester sur nos terrains. Mais ces terrains, on ne nous les laisse pas. Soyons optimistes quand même: il fait beau, les femmes sont belles!

Revue de presse #13: l’enfer de la Centrafrique

Centrafrique

  • Russie: « Situation en Centrafrique: Moscou tire la sonnette d’alarme », 25 septembre 2013, Ria Novosti

La Russie est préoccupée par la situation en République centrafricaine (RCA), a indiqué à RIA Novosti Mikhaïl Marguelov, représentant spécial du président russe pour l’Afrique et chef de la Commission des Affaires internationales du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement). »C’est un Etat en décomposition dirigé par les chefs de guerre de la coalition amorphe Séléka. On est en présence d’une militarisation vertigineuse et d’une +somalisation+ du pays », a déclaré le sénateur russe.

Et d’ajouter que les violences se multipliaient et revêtaient un caractère interconfessionnel, risquant de déborder les frontières de la RCA.M.Marguelov a participé mercredi à New York à une réunion de haut niveau consacrée à la catastrophe humanitaire en Centrafrique, déclarant que Moscou partageait les évaluation.

Livrée à des bandes armées qui terrorisent la population, la Centrafrique s’enfonce dans une spirale sans fin de violences sous les yeux d’un pouvoir impuissant qui place désormais ses espoirs dans l’Onu. 1,6 million de Centrafricains, soit un tiers de la population, a besoin d’une aide humanitaire d’urgence, selon les Nations unies. Plus de 270.000 personnes ont été déplacées ou se sont réfugiées dans les pays voisins. La situation dans le pays risque d’échapper à tout contrôle.

  • Chine: « Centrafrique: 6 morts et 2000 sinistrés suite à des inondations à Birao », 26 septembre 2013, Xinhua

Des inondations causées par la montée des eaux de la rivière Yata depuis août ont fait 6 morts et dévasté plus d’une centaine d’hectares des cultures vivrières à Birao et ses environs, à quelque 1.078 km de Bangui dans l’Extrême-Nord de la République centrafricaine, ont confié à Xinhua des habitants de la ville. »La situation est difficile. On assiste à la destruction des champs et la mort du bétail. Nous sommes inquiets de ce changement brusque de climat et ses conséquences sur l’agriculture, l’élevage et la santé », a dit Bernard Zacharia, chef d’équipe des réponses aux catastrophes à la Croix-Rouge centrafricaine joint au téléphone depuis Bangui.

« La saison pluvieuse est intervenue tard en juillet. Accueillie par la population, elle est devenue une source de malheur », a t-il indiqué.Pour l’instant, les autorités de Birao, une ville enclavée où il n’y a pas d’accès par route bitumée, n’ont pas encore évalué les dégâts des inondations. Selon M. Zacharia, 27.000 habitants vivent dans cette région qui abrite un site pétrolier en exploration. Sur un rayon de 7 km, les premières évaluations de son équipe font état de 2.000 personnes sinistrées et environ 200 hectares dévastés.

« J’ai perdu mon champ de sorgho et de sésame. C’est le seul revenu qui me permet de vivre. Chaque année, nous ravitaillons les zones diamantifères de la préfecture voisine de la Haute-Kotto et Bangui », selon Michel Bangue, habitant de Birao.Pour Hamadou Hamidou, volontaire de la Croix-Rouge centrafricaine, la situation à Birao, chef-lieu de la préfecture de la Vakaga, est « du jamais vu depuis 32 ans ».

  • Liban: « La Centrafrique s’enfonce dans la violence », 15 août 2013, L’Orient le Jour

Près de cinq mois après la prise du pouvoir à Bangui par les rebelles du Séléka, la Centrafrique s’enfonce dans la peur et la crise humanitaire, amenant le Conseil de sécurité de l’ONU à examiner hier d’éventuelles condamnations contre des membres de l’ex-rébellion. Un rapport qui doit être discuté par le Conseil de sécurité dénonce ainsi « un nombre croissant d’exactions et d’incidents attribués à des éléments incontrôlés du Séléka » : pillages, cambriolages, agressions sexuelles, « meurtres ciblés » et enrôlement d’enfants soldats. Le rapport fustige également « l’impunité dont bénéficient largement les responsables de violences », ce qui a conduit le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, à demander au Conseil d’« envisager les options appropriées, y compris l’adoption de sanctions ou la mise en place d’un comité d’experts.

De hauts responsables de l’ONU ont donc demandé hier à la communauté internationale de se mobiliser pour éviter que le pays ne devienne un “État failli”, selon les termes de la responsable des opérations humanitaires Valerie Amos ». D’autant que l’insécurité généralisée se double d’une crise humanitaire et sanitaire. Les violences ont en outre déplacé 206 000 personnes dans le pays même et fait fuir 60 000 dans les pays voisins, sur une population totale de 4,6 millions d’habitants.

Le nouveau pouvoir promet pourtant régulièrement de rétablir l’ordre et de cantonner les hommes en armes. Mais à Bangui comme en province, les témoignages d’habitants traumatisés continuent d’affluer, et les rebelles pillent sans distinction, comme en témoigne l’ahurissante scène vécue par le ministre de l’Élevage Joseph Bendounga, issu de l’opposition à l’ancien président Bozizé. « J’étais en train de lire mon parapheur jeudi dernier quand des éléments de Séléka ont fait irruption dans ma résidence. Je leur ai demandé ce qu’ils venaient faire, mais ils ne parlaient que l’arabe. J’ai appelé le ministre de la Justice qui m’a passé celui des Transports qui sait parler l’arabe et c’est lui qui leur a dit qu’ils se trouvaient à la résidence d’un ministre », a-t-il affirmé.

  • France: « Pourquoi la France pousse un cri d’alarme », 27 septembre 2013, Libération

«Nous avons poussé un cri d’alarme, un coup de gueule», a résumé jeudi depuis New York le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Dès l’ouverture de l’Assemblée générale des Nations unies, mardi, la France était en effet en pointe pour exiger une mobilisation urgente de la communauté internationale face à la dérive de ce pays, grand comme la France et la Belgique réunies, enclavé au cœur du continent africain.

Après ce «cri d’alarme» de François Hollande mardi, une réunion consacrée à ce pays souvent jugé «oublié» ou «invisible» a été organisée mercredi au siège de l’ONU. Coprésidée par la France et l’Union européenne, elle a surtout permis de définir les besoins logistiques (notamment le renforcement d’une force régionale qui comprend 1 400 hommes déjà sur place) et de donner quelques petits coups de pouce. Paris s’est ainsi engagé a apporté une aide supplémentaire de 10 millions d’euros à cet «Etat néant» comme l’a défini Laurent Fabius.

Les représentants de «l’Etat néant» en question auraient pu se vexer, mais l’actuel Premier ministre, Nicolas Tiengaye, a tenu à remercier «les pays venus au chevet»de la Centrafrique. Il est vrai que les nouveaux maîtres du pays sont les premiers à réclamer de l’aide pour empêcher le pays de sombrer dans le chaos. Depuis qu’une rébellion a chassé du pouvoir le président François Bozizé en mars, le pays est en effet confronté à une double crise auquelle s’ajoute une menace inédite bien qu’encore diffuse.

  • Iran: « Centrafrique: des paysans en arme face aux anciens rebelles Seleka », mercredi 18 septembre 2013, IRIB 

Armés de fusils artisanaux, de machettes, ou de simples gourdins, ils se disent prêts à « mourir » pour défendre leurs villages : exaspérés par les exactions sans fin des combattants de l’ancienne rébellion Séléka, des paysans ont formé des groupes d’auto-défense près de Bossangoa, dans l’ouest de la Centrafrique. « Nos femmes et filles sont violées et certaines en souffrent encore. Ils nous ont tout pris, même nos semences, et on n’a plus rien à manger. Nos enfants n’ont pas d’eau potable. Nous vivons dans la brousse comme des animaux », raconte à l’AFP, la voix mêlée de colère et de peur, un de ces villageois – sous couvert d’anonymat – qui a rejoint un « groupe d’auto-défense » formé par des paysans.

Bossangoa, c’est la région d’origine de l’ex-président François Bozizé, renversé le 24 mars par les rebelles de la coalition Séléka dirigée par Michel Djotodia, qui a pris le pouvoir. Depuis, les témoignages d’exactions perpétrées par les ex-rebelles ne cessent de s’accumuler et vendredi le nouveau président a ordonné la dissolution immédiate du Séléka.Mais à Bossangoa et dans ses environs, les combattants étaient toujours bien présents en début de semaine.

« Nous souffrons sur notre propre terre et nous ne pouvons tolérer cela, c’est pourquoi nous nous sommes révoltés. On combat les éléments du Séléka, et même tout de suite on vient de les mettre en déroute. On veut le retour de l’ancien président », ajoute le paysan de ce groupe d’auto-défense, surnommés les « anti-balaka » (« anti-machette »).Depuis dix jours, la région de Bossangoa vit sous haute tension. Les 8 et 9 septembre, des affrontements entre des forces du nouveau régime et des partisans auto-proclamés du président déchu avaient déjà fait près de 100 morts, selon la présidence.Selon les ONG humanitaires, environ 18. 000 personnes ont fui leurs villages pour se réfugier dans la ville de Bossangoa.

La stratégie du bouc-émissaire

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Triste semaine. Toujours les mêmes rengaines. On aimeraient qu’ils changent de disque mais il doit être rayé. En 1843, Karl Marx écrivait « La question juive »: aujourd’hui on parle de question Rrom. On me rétorquera: c’est la crise monsieur, les gens ont peur, il faut bien qu’ils s’en prennent à quelqu’un. Objet fétiche des dictateurs en mal d’autorité, pourquoi revient-il cycliquement sur le devant de la scène? Analyse de la stratégie du néant, j’ai nommé le bouc-émissaire.

Oui néant. Le mot n’est pas là par hasard: lorsque le Politique n’a plus de vision pour son pays, il fait intervenir la stratégie si bien nommée. Au fond, qu’est ce que trouver un bouc-émissaire? En quelque sorte cristalliser une problématique globale autour d’une catégorie spécifique de la population. Plutôt que de prendre le taureau par les cornes, de proposer de grandes lignes de réformes, on préfère s’attarder sur de faux problèmes, créés de toute pièce.

20000 contre plus de 60 millions. Le chiffre parle pour lui-même: comment les Rroms migrants peuvent-ils aujourd’hui concentrer l’attention des médias et du politique? En lançant une petite phrase assassine, Manuel Valls a lancé le bal d’un débat de café du commerce. Surtout, une menace pèse: voir la campagne des élections municipales de 2014 être dominée par le sujet. On ne pourrait rêver de pire.

Trompe l’oeil?

Lâche. La stratégie du bouc-émissaire est lâche: on agite une menace pour en cacher une autre. Alors que le chômage des jeunes et des plus de 50 ans atteint des chiffres-records, que le premier CDI se décroche maintenant en moyenne à 29 ans, certains pensent bon de nous abreuver d’un mélange qui fleure bon les heures sombres de l’Europe.

L’Europe d’ailleurs. Heureusement qu’elle est là: à chaque fois que le gouvernement français se prend à remettre en cause la liberté de circulation, l’Union-Europénne est là pour le remettre à sa place. «Si je ne me trompe pas, il y a de l’élection dans l’air en France. À chaque fois qu’on ne veut pas parler de choses importantes comme le budget ou les dettes, on trouve les Roms.» a justement affirmé Viviane Reding, vice-présidente de la Comission Européenne, provoquant l’ire des députés français, de gauche comme de droite.

Épouvantail

Il y a les Rroms, il y a l’Islam. Alors que ces thématiques étaient jusqu’à récemment la chasse gardée du FN, on constate aujourd’hui un populisme trans-parti. Faut-il s’en inquiéter? Il y a de quoi. Voir un gouvernement de gauche tomber à ce point dans la discrimination d’une population donnée est problématique. Qui peut donc maintenant se présenter comme le porte-drapeau de la défense de nos libertés fondamentales? Un doute s’installe.

Alors, Manuel, toi ce fils d’immigré, fait moi plaisir, reprend tes esprits. Ce n’est pas en draguant l’électorat frontiste que la gauche s’imposera aux futures municipales. Même Nicolas, ton modèle, n’était pas allé aussi loin en son temps: c’est dire. Saches d’avance une chose: je ne voterai pas pour toi en 2017, quoiqu’il arrive. Reprends-toi, fait le pour un gouvernement qui, s’il n’a pas de projet pour la France, a tout de même fait passer une réforme sociétale de premier plan. Sinon, tire-toi.

Un oeil sur #5: Lucile Moy, journaliste en devenir

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  • Comment t’est-venue  l’idée de ton webzine, « Efflorescence Culturelle »?
Sur un coup de tête comme ça. Je me suis levée un dimanche matin fin janvier et en mangeant mes cereales puis j’ai eu une illumination.Non enfin plus serieusement, c’est completement arrivé par hasard, c’est pas la première fois que je rédige pour un blog, auparavant j’avais écris sur un site qui se moque gentiment du phenoment des kikoolols, et crois moi ça marchait bien, pas mal de personnes rejoignaient notre avis.
  • Le journalisme, c’est une passion pour toi?
Passion est un bien grand mot, non je dirais que ma passion première c’est la musique. Certains y sont sensible ou pas, personnellement je peux passer la journée avec un casque sur les oreilles. Après l’envie d’écrire, d’informer et de communiquer est arrivée quelques temps après, à la fin de mes années collège. Comme tous les gamins, j’ai voulu faire astronaute, pompier ou avocate lors de l’âge d’or de l’enfance.
  • En tant que jeune journaliste, quel regard portes-tu sur la profession?
Le métier de journaliste évoque encore chez moi de l’admiration. Même si il a été sans cesse controversé et remis en question depuis des siècles et des siècles notamment avec la probabilité de censure, de journalisme plus orienté vers la publicité, de l’objectivité qui reste difficile à atteindre. Je veux dire que dans un sens on casse souvent du sucre sur le dos des journalistes mais d’un autre coté on continue tous à suivre les actualités qu’elles soient télévisuelles, journalistiques ou via Internet. Imaginez vous un mois sans actualités du monde autour de vous, vous perdriez tout repère. C’est le principe de Robinson Crusoe. Du moment qu’on vit en société, on se doit de suivre l’actualité. Pour terminer, comment expliquer que de plus en plus de jeunes veuillent devenir journalistes alors que la vision globale du métier s’est dégradée au fil des années ? Je pense qu’il y a une reflexion à mener sur ça.
  • Tu es originaire de Vannes, comment est la scène musicale là-bas?
Je dirais que Vannes se développe tout doucement. On a une salle de concert appelée l’Echonova qui s’est implantée il y a 3 ans dans les environs, ça marche pas mal, il y a de la frequentation. Après ce qu’il reste à faire, c’est sensibiliser une partie de la population qui a le moins accès à la culture. Les jours de fête nationale on a des petits groupes qui viennent jouer leur musique dans le vieux quartier de Vannes, c’est assez sympa. Sinon pas mal de bars jouent le jeu et invitent le soir des artistes à se produire dans leur antre. D’ailleurs pour l’anecdote, au mois de février Les Valseuses ont accuilli Expo un groupe bien sympathique que j’étais allée voir, un groupe qui figure sur la programmation des Trans de Rennes cette année. Quelle joie.
  • Pour une bretonne, quel est ton premier souvenir de Fest-Noz?
Un Fest-Noz c’est plus une fête bretonne qui a eu son apogée début du 20e siècle ! Bien sur que j’y suis allée à quelques-un avec ma famille mais ce n’est pas trop ma tasse de thé. Je ne sais pas si tu vois, c’est une genre de fête bretonne où tout le monde se donne le petit doigt et fait une danse en cercle tout en balançant le pied gauche. Je prefere largement les festivals de rock made in Brittany du genre Le Pont du Rock à Malestroit, je le conseille d’ailleurs à tous les jeunes bretons, l’ambiance y est super, mais aussi les mythiques Vieilles Charrues, La Route du Rock, Bobital, Panoramas, Le Bout du Monde, Landerneau. La Bretagne est une fourmillere de festivals alors pour ça on va pas s’en plaindre…
  • Ton/tes coup(s) de coeur du moment (cinéma, musique, littérature,…)?
La question qu’il ne fallait pas poser, tu vas passer toute ta nuit à tout retranscrire Samuel ! Niveau cinéma ça fait assez longtemps que je n’y suis pas retournée mais sinon je viens d’apprendre qu’il y aura une suite au film « Thor » par Kenneth Branagh sorti en 2011 donc je pense que j’irai le voir. En fait j’aime pas mal les romans historiques ou qui ont trait à la mythologie etc. Niveau musique en ce moment c’estWashed Out (album Paracosm) en boucle dans mes écouteurs mais aussi The Veils (chanson The Leavers Dance). On va s’arrêter là sinon tu vas devoir sortir deux articles au lieu d’un. Niveau bouquin j’aime assez les romans de société mi-fiction/mi-réalité comme La Balade de Lila K. de Blandine le Callet.
  • Tes projets?
Je compte développer le site Efflorescence Culturelle. Mettre en place un grand concours pour promouvoir des groupes de la région. Ca c’est pour le scoop. Je ne revelerai rien de plus car c’est un projet que je suis actuellement en train de mûrir. Autrement j’aimerais integrer une école ou un IUT de journalisme, c’est pour ça que j’essaye de me donner une chance cette année.
  • Un totem/objet-fétiche?
Ma guitare. Je l’ai depuis le noel de mes 14 ans, elle est eraflée, rayée mais pour rien au monde je la jeterai. Elle me sert toujours et c’est mon defouloir quand je suis nerveuse, triste ou en colère.
  • Le mot de la fin?
Je te laisse sinon je vais être légerement en retard pour les cours ! Merci pour cette interview et longue vie à UOVLA !

Kronik Kultur #13

Au programme de cette treizième Kronik Kultur, une série qui décape le monde américain de la pub des années 1960, un clarinettiste qui réveille en nous des joies psychédéliques. 

  • Série: Mad Men, les États-Unis et ses publicitaires

MM

Non, non, votre chroniqueur n’est pas à côté de la plaque. Bien sûr, Mad Men est une série américaine à succès qui a maintenant quelques années derrières elle. L’époque où les réseaux sociaux faisait le buzz autour d’elle est sans-doute désormais révolue, laissant la place au phénomène Game of Throne  (qui sera comme il se doit l’objet d’une prochaine Kronik Kultur). Néanmoins, votre chroniqueur ne la découvre que maintenant, et il faut dire qu’il est accroc.

Créée en 2007 par Matthew Weiner, Mad Men narre les péripéties de Sterling Cooper, agence de communication new-yorkaise au beau milieu des années 1950. On y suit à la fois l’évolution des communiquants (masculins) et celui des employées (féminines). La série entremêle avec une grande aisance petite histoire et grande histoire: on se retrouve aussi bien à suivre la préparation de la campagne de Kennedy que les doutes et remises en question du héros, j’ai nommé le charismatique Don Draper.

Tel La Fontaine dans ses fables quelques siècles plus tôt, Matthew Weiner trouve en Mad Men de délivrer une critique acerbe de la société américaine contemporaine. En premier lieu: la place de la femme. En effet, celles-ci sont reléguées dans la série dans le rôle de séductrices dont le seul espoir de connaître une évolution au sein de l’agence est de coucher avec un des communiquants. Seul le couple formé par Don et Betty Draper  incarne une certaine forme de modernité. On trouve aussi, dans le désordre, l’évocation du racisme, le rapport des États-Unis à Israël, la place de la psychanalyse. Mad Men est donc une série qui donne à réflechir en se projettant quelques décennies en arrière. Utile par les temps qui courent.

  • Musique: Yom, « The Empire of love », Klezmer sous ecstasy

The empire of love

On l’attendait depuis quelques-mois déjà. Il nous avait fait patienter avec la sortie d’un single de trois titres au printemps dernier. Lundi, est sorti le nouvel album de Yom, clarinettiste Klezmer, cette musique juive d’Europe de l’Est qui connaît aujourd’hui un certain renouveau, au nom pour le moins « Bisounours »: « The empire of love ». Alors qu’avec « With love », Yom explorait les affres d’une clarinette rock, il nous offre ici un klezmer littéralement sous ecstasy.

Première impression: l’ensemble a une bonne tenue. Yom, Guillaume de son vrai nom, nous délivre ici des mélodies entêtantes, la partie électro des compositions étant judicieusement équilibrée. Signalons au passage que la même équipe est aux manettes de ce nouvel album: Manuel Peskine aux claviers, Sylvain Daniel à la basse et le chronométrique Emiliano Turi à la batterie.

Mais, si les arrangements sont soignés, une légère déception pointe le bout de son nez: Yom se répète. Pour qui le suit depuis plusieurs années, ceci pouvait amplement se prévoir. Dans ses diverses formations sont souvent utilisés les mêmes motifs rythmiques, l’usage magistral de la respiration continue ou encore des mélodies simples et entêtantes. Malheureusement, le clarinettiste a dû mal a sortir de son inspiration de départ pour nous amener vers quelque chose de réellement différent de ce qui a pu nous enivrer sur « With Love ». En témoigne la présence majoritaire de morceaux courts sur cet album, ne dépassant pas le maximum de 5 minutes. Un seul souhait pour cet artiste que l’on aime: qu’il réussisse à se renouveller. En attendant un seul conseil: courrez le voir en live, c’est autre chose!

Un oeil sur #4: Anina Ciuciu, étudiante Rrom

AC

  • Comment t’est venue l’idée d’écrire un livre?

L’idée n’est pas de moi. Ecrire un témoignage autobiographique à 22 ans me paraissait totalement inconcevable d’autant plus que je n’étais pas enclin à raconter mon parcours, je ne l’avais jamais fait même avec mes proches amis. « Me dévoiler » dans ce livre a été pour moi une rude épreuve. Et je suis aujourd’hui fière de cet exploit. L’idée est venue de mon co-auteur Fréderic Veille journaliste pour RTL à Rouen, qui avait entendu une interview que j’avais réalisé en juillet 2012 pour rtl Lyon.

  • Parles-nous un peu de ce livre…

Ce livre raconte mon parcours depuis ma naissance en Roumanie, les difficultés rencontrées là-bas nous ayant poussé à l’exil, notre arrivée en France, tous les obstacles franchis pour obtenir des conditions de vie dignes jusqu’à ma rentrée à la Sorbonne. Bien sur , il s’agissait pour moi, d’aller au delà de ma situation personnelle pour faire connaître ma communauté, ses traditions, son histoire, sa culture, mais aussi les difficultés qu’elle rencontre aujourd’hui partout en Europe.

  • « Je suis tzigane et je le reste, des camps de réfugiés roms jusqu’à la Sorbonne »: tu es à l’origine du titre de ton livre?

Non pas vraiment, ce titre m’a été plus ou moins imposé par la maison d’édition. D’une part le mot Tzigane est employé, or c’est un terme que je n’accepte pas car en plus d’être un terme exogène à la communauté, il souffre d’une connotation fortement péjorative ayant été à un moment de l’histoire synonyme d’esclave, en Roumanie notamment. D’autre part, l’emploi du verbe « rester » évoque un certain immobilisme, une sorte de stagnation, un campement sur ses positions qui n’est pas du tout représentatif de mon parcours et de mon état d’esprit. Bien évidemment, j’ai évolué depuis mon arrivée, je me suis enrichie de la culture et des codes sociaux français sans me défaire de ma culture et des traditions Rroms, les deux sont parfaitement conciliables.

  • Est-ce que le fait d’avoir écrit un livre t’amènes à devoir représenter la « communauté » Rrom (pour les médias, pour les lecteurs…)?

Il est vrai que depuis la parution de mon livre, les médias et d’autres institutions tendent à m’attribuer un rôle de représentante de la communauté. Je ne sais pas si je suis réellement légitime à endosser ce rôle, les militants associatifs sont peut-être plus à même de le faire… En tous cas, il est certain qu’à travers mon livre j’ai souhaité délivrer un message de tolérance et donner en quelque sorte une voix à ceux dont on parle si souvent mais qu’on n’entend et n’écoute jamais. J’ai aussi souhaité adresser un message d’espoir aux Rroms eux-même , la réussite est possible mais à conditions de faire les efforts nécessaires.

  • Faire la promo d’un bouquin et être étudiante en droit à la Sorbonne, c’est conciliable?

C’est conciliable puisque j’ai dû mener de front la promotion de mon livre et mon second semestre de master 1 même si j’avoue que ça n’a pas été de tout repos. Ma réussite universitaire restait bien entendue ma priorité, mais la promotion de mon livre et la diffusion de mon message me tenaient à cœur , j’ai du donc faire les sacrifices qui s’imposaient sur mon temps libre qui était déjà très restreint.

  • Après un été agité, les propos de Gilles Bourdouleix: ton ressenti?

Les propos de Gilles Bourdouleix sont scandaleux, intolérables pour un élu, ils ne font que refléter la montée du racisme et de la discrimination dans la société française. Ils mettent aussi en évidence la nécessité d’une commémoration du Génocide Tsigane au plan mondial. Il s’agissait de l’objectif du voyage Pologne organisé par le Conseil de l’Europe au quel j’ai participé durant le mois de juillet.450 jeunes roms et gadje de 20 Etats différents étaient présents.

  • Quel regard portes tu sur le traitement de la « communauté » Rrom par les médias?

Ma décision d’écrire a été en grande partie prise en réaction à cette campagne médiatique « anti-Rrom ». Je ne parviens pas à comprendre cet acharnement médiatique, les roms omni présents dans les médias sont réduits aux camps misérables, à la mendicité et à la délinquance. Les médias nourrissent ainsi stéréotypes et préjugés, ils renforcent cette vague d’anti tsiganisme qui débordent dans le contexte actuel de crise économique et sociale. Cette médiatisation sert aussi de vecteur dans l’instrumentalisation politique des Roms ; C’est là une attitude fort critiquable pour la presse qui est censée jouer le rôle de « quatrième pouvoir » dans nos sociétés démocratiques.

  • Un totem, objet fétiche?

Habituellement, je ne suis pas fétichiste. Mais il est vrai que lors des examens j’aimais bien porter le collier que mes parents m’ont offert à mes 18 ans.

  • Ton ou tes coups de coeur du moment?

Le derniers film que j’ai vu au cinéma et que j’ai beaucoup apprécié est « Elysium »réalisé par Neil Bloomkamp, avec Matt Damon, Jodie Foster et Alice Braga. C’est une belle métaphore du « rêve américain » et des politiques anti-immigration…J’espère qu’elle ne deviendra pas prophétique !

En musique, un petit coup de cœur pour « Formidable » de Stromae.

En littérature, je suis en train de lire un ouvrage du professeur Basarab Nicolescu « In ogliinda destinului » (Dans le miroir du destin). Je lis très rarement des ouvrages en langue roumaine (c’est bien dommage d’ailleurs) mais celui-ci attire particulièrement mon intérêt car il émane d’un auteur particulièrement talentueux que j’ai la chance et l’honneur de compter parmi mes amis.

  • Tes projets pour les mois, les années à venir?

Je viens d’achever un stage de presque 4 mois au sein du Défenseur des droits. Il s’agit de la plus importante institution constitutionnelle indépendante en France. Elle réunit depuis 2011 les missions du Médiateur de la République,  du Défenseur des enfants, de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) et de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS). J’ai effectué mon stage au Département de la promotion des droits et de l’égalité, ma mission portait plus précisément la lutte contre les discriminations fondées sur l’origine. D’autre part, j’ai eu l’honneur de faire le discours d’ouverture de la 4éme Conférence internationale organisée par le Conseil de l’Europe sur la lutte pour les droits des femmes Roms, qui s’est tenue cette année en Finlande à Helsinki.

Dès mardi 24 septembre, je commence avec un enthousiasme un stage de découverte d’une semaine à la prestigieuse Cour de cassation.Le 27 septembre, j’ai été invitée à intervenir au ournée nationale d’échanges de la Dihal sur le thème « l’anticipation et l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites : point d’étape » à l’Assemblée nationale.

Le même jour, je prendrais la parole à l’occasion du séminaire de recherche sur le thème des « Vulnérabilités, identification des risques et protection de l’enfance : Nouveaux éclairages et croisements de regards ». Mon intervention portera plus précisément sur la scolarisation des enfants Roms.Le 30 septembre j’entame mon master 2 Droit privé général à la Sorbonne.

Et j’ai une dernière très bonne nouvelle à vous annoncer, mon livre sera publié en Roumanie au mois de Novembre.

  • Le mot de la fin?

Souvenez-vous qu’avant d’appartenir à une communautés , nous sommes tous des êtres humains qui méritons égalité respect et dignité…

Pour aller plus loin: Anina Ciuciu, « Je suis tzigane et je le reste, des camps de réfugiés roms jusqu’à la Sorbonne », Éditions City, 2013