Chronique d’un stagiaire au Monde Diplomatique #1

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Certains appellerait ça un rêve de gamin. D’autre un « atout » pour le curriculum vitae. Pour tout aspirant journaliste, avoir accès à une telle « maison » est plutôt, voir très excitant. Le Monde Diplomatique, le « Diplo » pour les intimes, malgré ses origines (il est le « fils de » Hubert Beuve-Méry, fondateur du Monde), n’est pas tout à fait un journal comme les autres. Intrusion dans une rédaction où le calme se fait roi.

Drôle d’ambiance à Paris cette semaine: chaleur, lourdeur, l’été refait surface en pleine période de rentrée.  Sous la torpeur, le treizième arrondissement parisien paraît comme épargné par le vacarme de la ville. Au premier d’une « avenue » qui a tout d’une simple rue, le journal a posé ses valises dans une ancienne laiterie il y a bientôt dix ans. Architecture en brique, pavés, cuisine collective, tables en terrasse: dépaysement assuré. Arriver dans le journal me fait déconstruire une première idée reçu: j’arriverais dans une rédaction bouillonnante où chacun serait terré à guetter les fils d’actualité de l’AFP. Il n’en est rien: le Diplo est un mensuel.

Épopée syrienne

Actualité oblige, Le Monde Diplomatique vit au rythme des soubresauts des décisions franco-américaines. Mardi, la conférence de rédaction hebdomadaire a donc été l’objet d’une longue discussion autour du régime Assad. Ici, on s’étonne de l’éditorial va-t-en guerre de Nathalie Nougayrède dans Le Monde. On glosse la tribune d’un Bernard Henri-Lévy pas encore remis de son rôle de ministre des affaires étrangères en Libye. Principal questionnement: seule face à son allié américain, la Syrie ne va-t-elle pas passer pour un chien en laisse en cas d’intervention? Le sujet a le mérite de provoquer une discussion creusée où chaque journaliste expose brillamment ses positions.

Ligne éditoriale

Milieu d’après-midi ensoleillé. Rompant le calme coutumier, un agent de service exécute de multiples aller-retour pour vider les poubelles sous les bureaux des journalistes. Entre temps, l’un d’eux passe un coup de fil qui dit beaucoup du journal. Pour bien comprendre la chose, petit récap’: Le Monde Diplomatique se constitue d’une rédaction de neuf personnes dont le travail essentiel est de passer des commandes d’articles à des universitaires, philosophes ou encore journalistes. Peu d’articles, à l’exception de ceux d’Alain Gresh, directeur-adjoint, et de Serge Halimi, directeur, émanent directement de la rédaction du journal.

Revenons au coup de fil: une journaliste s’entretient avec l’auteur d’un article à paraître dans un prochain numéro. Elle lui rappelle que la rédaction a pour principe de ne pas publier de tribunes de dirigeants politiques dans les colonnes du journal, mais aussi de ne pas se féliciter de la politique diplomatique française. En clair: le Diplo se veut en tout point indépendant. Pour qui connaît l’esprit du journal, la remarque ne passera que pour banale.

Le bruit d’une perceuse

Autre jour, autre ambiance. Des travaux ont lieux au rez-de-chaussée et résonnent dans toute la rédaction. Dehors, les ouvriers d’un chantier voisin discutent bruyamment, une radio en permanence allumée diffusant de la pop indienne. Je discute avec une journaliste: ici, pas de secrétaire de rédaction.  Chaque article est élaboré sur le mode collaboratif: à chaque avancée de l’écriture, on fait participer au moins deux personnes à la relecture de l’article. Collaboratif on vous dit: pas de machine à café payante, une personne se charge d’acheter des dosettes chaque semaine. Une vraie philosophie.

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