Télé-poubelle: le cas Pujadas

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Ne le cachons pas: pour tout journaliste, il est mal-aisé de devoir taper sur les doigts de sa propre profession. Mais lorsque l’un des siens se perd dans une approche populiste du métier, il s’avère nécessaire de le signaler. Avec la dernière édition de « Des Paroles et des Actes », émission politique diffusé régulièrement en prime-time sur France 2, David Pujadas a, à n’en pas douter, franchi un palier qui ne l’avait de loin jamais été, du moins dans le cadre d’un format audiovisuel dit « d’information ». Pujadas, marqueur d’un changement d’époque? symbole d’une télé-poubelle? Coup de gueule.

Il est à la tête de l’un des journaux télévisés les plus regardés du pays, a les manettes d’une des seules émissions politique grand-public qui subsiste sur la télévision publique et pourtant. Formé au Centre de Formation des Journalistes (CFJ) à Paris, sorte d’ENA du journalisme (lire à ce propos la tribune de François Ruffin parue il y a quelques années dans Le Monde Diplomatique) qui a entre autre vu passer Patrick Poivre d’Arvor, Bernard Guetta ou encore Nathalie Nougayrède, David Pujadas débute sa carrière télévisuelle sur TF1 au début des années 1990, participant au Droit de Savoir de Charles Villeneuve, émission bien sûr remarquée de longue date pour sa rigueur journalistique, avant de rejoindre l’équipe de LCI quelques années plus tard. Ce n’est qu’à partir de septembre 2001 qu’il prend les commandes du journal télévisé de France 2, sur proposition du directeur de l’information de l’époque, Olivier Mazerolle.

Bourdes et déconvenues

On pourrait croire que l' »épisode Taubira » de jeudi est la premier dérapage du présentateur-vedette de la 2: loin de là. David Pujadas n’en est pas à son coup d’essai. En 2001, quelques jours après son intronisation à la tête du JT de la chaîne publique, alors que les tours du Word Trade Center sont percutés par des avions ce tristement célèbre 11 septembre, il s’exclame: Wahou Génial! Ils ont battu le concorde ».

Trois ans plus tard, en 2004, croyant aller plus vite que l’information et délivrer un scoop, David Pujadas annonce en direct le retrait de la vie politique d’Alain Juppé au 20h de France 2. Le comble n’est pas là: au même moment, Alain Juppé est interviewé par Patrick Poivre d’Arvor sur TF1 où il affirme conserver ses mandats politiques. Cette fois-ci, la gaffe ne passe pas: quelques jours plus tard, après le vote d’une motion défiance de la rédaction de France 2, il est contraint à deux semaines de congés. Preuve que cette fois là, pour ses propres collaborateurs, il est allé trop loin.

Des Paroles et des Actes, ou « du pain et des jeux »

Il faut bien l’avouer, face à « Des Paroles et des Actes », la critique  est plus difficile. En effet, faire se confronter journalistes et politiques, c’est avoir le pré-requis  que le populisme, la langue de bois va forcément plus pencher d’un côté que de l’autre. Ainsi, lorsque, récemment, Jean Paul Huchon ne se gênait pour remettre ouvertement en cause le bien-fondé de la profession journalistique, il m’était alors apparu nécessaire de monter au créneau face à une des personnalités politiques certainement proche, dans le fonctionnement, d’une autre extrêmité, comme l’avait si bien montré Plantu il y a quelques années.

Pourtant, jeudi dernier, la dernière édition en date de « Des Paroles et des Actes » est allée trop loin, versant dans le sensationnel. Souhaitant évoquer la question de la récidive avec la Garde des Sceaux Christiane Taubira qui s’apprête à mettre en route sa réforme pénale, la production de l’émission a cru de bon ton d’inviter la mère d’une jeune fille violée et tuée par un homme remis en semi-liberté au mois d’août. Daniel Schneiderman, journaliste et fondateur d’@rrêt sur Image commente justement: « Elle ne tombera pas dans le piège. « Mais tout de même, il était en semi-liberté pour travailler dans une supérette, et cette supérette était fermée en août » insiste Pujadas. Non. Pas un mot. »

Du fléau de l’audience

Alors si tout n’est pas à jeter dans le journalisme exercé par le sieur Pujadas, un certain relent de populisme se fait régulièrement sentir. Choix éditorial de la rédaction de France 2? Volonté délibérée de la part de la chaîne publique de ne pas se laisser marcher sur les pieds par TF1? En attendant, l’édition de jeudi dernier a réalisé l’une des pires audiences de l’émission: les téléspectateurs ne sont pas dupes.

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