Lavrov et les arcanes de la diplomatie russe

Lavrov

Personnage-clef des relations internationales actuelle, à l’heure du conflit syrien où la Russie tente coûte que coûte de retrouver ses galons de grande puissance, son nom n’est pourtant que peu connu du grand-public. De Poutine à Medvedev, de Medvedev à Poutine, il a résisté au jeu de la chose musicale. Sergueï Lavrov, 63 ans, est depuis 2004 ministre des affaires étrangères de la Russie, donc à la tête de la diplomatie du pays. Portrait d’un politicien insubmersible aux commandes du coup de poker autour de la question syrienne.

« C’est possible qu’il démissionne, mais c’est à Bachar el-Assad de décider. Et s’il le décide, ce ne sera pas sur conseil de Moscou » s’exprimait-il en mars dernier aux micros de Kommersant FM. Dans la compréhension du modèle de gouvernance instauré par Vladimir Poutine, Sergueï Lavrov est sans doute le maillon, pourtant dans l’ombre, le plus important de la chaîne. Né en 1950, à l’époque où le « petit père des peuples », Joseph Staline, était encore aux commandes de l’Union-Soviétique.

Un homme du sérail

Contrairement à une bonne partie du personnelle politique russe actuel, Lavrov n’a pas fait ses armes au sein du KGB, la police secrète russe: ambassadeur de la Russie au Sri Lanka dans les années 1970, il ne quitte pas d’un poil le monde de la diplomatie, passant successivement des bureaux onusiens au bureaux des relations économiques internationales, jusqu’à atterrir au ministère des affaires étrangères en 2004, sur demande express de Poutine.

Échapper à la chaise musical

Malgré les échanges successifs de fonctions entre Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, chacun devenant tour à tour président ou premier-ministre de l’un ou de l’autre, Sergueï Lavrov a su conserver son poste de chef de la diplomatie russe, ce qui pose la question d’une réelle alternance à la tête de la Russie.

« Vladimir Poutine est diabolisé en Occident, ce qui, compte tenu de son caractère, doit plutôt le flatter (…). D’où le sentiment de partage des rôles ancrée dans l’opinion publique: Poutine l’antioccidental et agressif et le progressiste Medvedev »: c’est de cette manière que l’éditorialiste russe Fedor Loukianov décrivait en 2011 la perception par l’opinion publique de Poutine et de Medvedev. Face à cette dualité du couple de gouvernants, Sergueï Lavrov échappe à une classification spécifique dans un camp ou dans l’autre, restant simplement l’imperturbable garant de la diplomatie russe.

Redonner à la Russie son statut de « grande-puissance »

Avec le retournement de situation assez improbable du dossier syrien ce mardi, où l’on a vu les États-Unis et la France accepter la mise en place d’un contrôle international sur les armes chimiques syriennes, Sergueï Lavrov a certainement marqué un grand coup. « Lavrov a tiré d’affaire Obama. Son initiative est sans doute a seule décision véritablement intelligente et utile de la diplomatie russe depuis le début de la révolte syrienne il y a deux ans et demi » estime sur son blog Gueorgui Mirski, chercheur à l’Institut russe d’économie. En effet, en 2011 déjà, les russes avait mal vécu l’initiative prise par Medvedev de suivre les occidentaux en Libye.

Demain, une nouvelle place de la Russie  dans les relations les internationales?

Si pour le moment, rien n’est encore complètement acté puisqu’américains et français disent encore envisager la possibilité de frappes militaires en Syrie, la Russie a du moins réussi à éviter une nouvelle intervention occidentale immédiate au Moyen-Orient. La Russie démontre aujourd’hui qu’elle peut avoir le dernier mot sur les négociations diplomatiques avec les pays occidentaux. Les semaines à venir diront si France et États-Unis se démarquent de leur position actuelle: Lavrov sera sûrement encore de la partie.

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