Un oeil sur #3: Mennel Sullivan, chanteuse inspirée

Mennel 4

  • Comment en es-tu venue à la musique?

 mes tout premiers pas n’ont pas été avec la musique mais d’abord l’écriture. Petite, j’étais (déjà) une enfant très solitaire qui cogitait beaucoup ; je passais mes week end à écrire ma vie, mes peines, mes pensées ou bien des poèmes et contes que je récitais et enregistrais sur un magnétophone reçu à noel. Il ne se passait pas une journée sans que j’écrive sur un de mes carnets.  Je voulais d’ailleurs devenir conteuse.

Et puis il y a ma mère qui est musicienne et chanteuse d’arabo-andalou (maalouf) et mon père qui est un sacré mélomane. Alors la musique était omniprésente dans ma vie de mistinguette. j’apprenais et chantais les chansons qu’écoutaient mes parents.. Puis voyant ce goût pour la musique, ma mère m’a inscrite au conservatoire à l’âge de 10 ans où j’ai fait 7 ans de guitare classique, du solfège, l’orchestre de jazz, les chorales etc… Et puis j’ai découvert le jazz à 15 ans,  tout a sonné comme une évidence, c’est ce que je voulais faire. Il fallait que je quitte ce surplus de rigueur et de formalisme de l’école de musique pour me diriger vers l’apprentissage de ce nouveau langage qu’était pour moi le jazz.. celui de la liberté.

J’ai arrêté le conservatoire et je suis allée à la rencontre des notes bleues sur le terrain : dans les clubs. J’ y passais des nuits entières simplement assise sur ma chaise et écouter et observer les musiciens pendant des heures et des heures jusqu’au petit matin. j’ai fait ça de façon hebdomadaire pendant 1 an et demi avant de me lancer.

  •  Sullivan, ton nom d’artiste, un hommage à Boris Vian, c’est une inspiration pour toi?

Boris Vian a eu un impact important dans ma vie. Il est une source d’inspiration « philosophique » plus que musicale.Je l’ai découvert en 3ème en lisant « l’écume des jours » et j’ai été bouleversé par cette histoire, cet univers autant qu’impressionné par son usage de la langue française. je n’avais jamais rien lu de tel et me suis demandée quel genre de timbré pouvait écrire ça et je me suis mise à faire des recherches sur lui… J’ai fini par lire presque toute sa bibliographie en tombant un peu plus amoureuse à chaque instant haaa! Il m’a permis de comprendre très tôt qu’il fallait bannir les codes et même inventer des pianocktail et nénuphars qui poussent dans les poumons si bon nous semblait. Il est la gravité sous l’ironie, mêlée à l’absurde et l’underground dans un intellect au 36 ème degré tu vois? Et puis je l’ai découvert dans cette fameuse période où je découvrais le jazz et les clubs alors le fait qu’il soit jazzman n’a fait qu’accroitre mon amour pour lui (et celui pour le jazz aussi). C’est pourquoi, quand j’ai eu à choisir un nom de scène (parce que je n’envisage pas faire carrière dans la musique et que je ne veux pas que quand on tape mon nom professionnel sur google on découvre ma vie de chanteuse), j’ai pris le Sullivan de Vernon Sullivan (pseudonyme de Vian). Un Hommage à mon premier coup de coeur..

  • D’autres sources d’inspiration?

Il y a beaucoup d’artistes dont je suis très fan comme Chet Baker, Bill Evans Cat Power, Fiona Apple, Tom Waits, Jeff Buckley ou en classique Ravel et Debussy mais ça ne se ressent pas dans mes compositions dans la mesure où ce qui m’inspire d’eux est leur honnêteté et pureté dans leurs compositions (et textes) à coeur ouvert (étonnant pour des ecorchés de première!).

Quant à mes compositions et textes, tout est source d’inspiration. Les chagrins, les colères, les mains de ma grand-mère, voir mon père fumer une cigarette seul sur le balcon à minuit, une nouvelle dans le journal, une discussion avec un étranger dans le bus, un livre de Bobin…

  • Que ressens-tu lorsque tu es sur scène?

C’est la mise à nu totale, un espèce de numéro d’effeuillage psychologique. Mon hypersensibilité et le fait de ressentir les énergies qui circulent, l’interaction entre la scène et l’auditoire qu’il y ait 20 ou 1000 personnes dans la salle me fait passer l’intégralité des sets au bord des larmes parce que je chante ce que je vis et donc vis ce que je chante..

  • Pourquoi le jazz?

Parce que le jazz est la poésie, la liberté, l’émotion, le spirituel, le non-codifié, l’improvisé.. il représente tout ce que j’aime. J’aime son histoire, ses origines, le son d’un sax de Coltrane sur un « Naima » ou d’une contrebasse prépondérante sur un « Nigerian Marketplace » de Peterson.. Mais à vrai dire je ne l’ai pas choisi, si j’avais eu un coup de coeur pour le hard rock avant, c’est probablement ce que j’aurai fait à la place. C’est arrivé naturellement, la découverte, les rencontres, le premier concert, les collaborations.. il a naturellement trouvé sa place au sein de mon quotidien.

  • Tes chansons sont quasiment toutes en anglais. Pourquoi? Tu aimerais chanter en français?

Cela est initialement dû au fait que j’ai commencé par chanter du jazz, du blues et de la soul donc de la « black music » dont le répertoire est en anglais. Maintenant je continue à chanter et écrire en anglais parce que j’aime le rendu de cette langue sur la musique que je fais et puis contrairement à ce que j’ai souvent entendu dire, je trouve que le français nécessite beaucoup plus de concret, réduit en quelque sorte la « marge de manoeuvre » or j’ai une écriture contentant beaucoup d’images, de métaphores et de symboles..

Mais il m’est arrivé de chanter en français en concert et j’ai écrit 2 chansons en français donc je ne m’y oppose pas du tout. C’est une question d’humeur et de timing je pense. Bientôt l’arabe et le portugais pour chanter les belles bossas de Jobim en langue originelle!

  • Ton totem/objet fétiche?

Dans mon sac à main se trouvent toujours un petit magnétophone et un carnet d’écriture .. ce ne sont pas des fétiches mais plutôt des indispensables.

  • Ton coup de coeur du moment?

N’étant pas une fanatique de la toile et de la télé, je suis vraiment à la ramasse niveau nouvelles sorties.. Mais en ce moment j’oscille entre Vincent Gallo, la musique de Miles Davis pour le film Ascenseur pour l’Echafaud et le dernier projet du rappeur Grems.

  • Tes projets?

 Je vais enregistrer et sortir un Ep où je reprends 5-6 morceaux de jazz que j’aime particulièrement avec un quintette d’ici 2-3 mois. Et sinon je travaille avec 2 producteurs et ma pianiste Agnès Imbault sur mes compositions qui seront ensuite proposées aux labels qui m’ont contactés récemment.

  • Le mot de la fin?

Je sais pas.. en ce moment j’aime bien le mot saltimbanque. (rires)

Pour aller plus loin: son Soundcloud

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