Kronik Kultur #12

Au programme de cette douzième Kronik Kultur, une trilogie théâtrale gravée dans la mémoire de votre chroniqueur, une revue qui trace son chemin hors des sentiers battus.

  • Théâtre: Littoral/Incendies/Forêts, Wajdi Mouawad

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Ce fut une vraie claque. Une de celle qui ne laisse pas indemne, dont on ne peut ressortir réellement comme l’on y est rentré. Cela se passait au Grand T, à Nantes, un établissement de spectacle vivant qui se prête au mieux à ce genre de manifestation inédite. Au beau milieu d’un jardin fleuri, le metteur en scène d’origine libanaise Wajdi Mouawad nous invitait à plus de douze heure de théâtre avec entracte. Un marathon comme l’on n’en fait que peu: les spectateurs du festival d’Avignon avaient auparavant eu droit à la version « nuit blanche » de la trilogie.

À la base, Wajdi Mouawad a conçu « Littoral », « Incendies » et « Forêts », nom des trois pièces qui constituent la trilogie, séparément. Pourtant, les trois réunis forment une oeuvre théâtrale à part entière, à la continuité troublante. Pour être bref, chacune peuvent être résumées ainsi:  « Littoral » narre la quête d’un fils venant d’apprendre la mort de son père et qui souhaite lui offrir une sépulture décente dans son pays d’origine (dont on se doute évidemment qu’il s’agit du Liban), l’occasion d’un retour aux sources; « Incendies » est brûlant comme la braise, confrontés à la mort de leur mère, un frère et une soeur ont rendez-vous chez le notaire pour avoir accès au testament, réveillant l’envie de connaître un père qu’ils n’ont jamais connu, ouvrant les brèches d’un sombre passé; proche d' »Incendies » par le propos, « Forêts » narre l’introspection d’une femme, se questionnant sur ses propres origines, l’amenant dans les heures les plus sombres de l’histoire du vingtième siècle.

Se confronter à Mouawad, c’est se confronter à une oeuvre qui prend aux tripes. Chaque pièce dure à elle-seule à chaque fois plus de trois heures et pourtant l’on ne voit pas le temps passer. Se confronter à Mouawad, c’est apprendre à s’approprier une langue, le québécois, qui porte souvent à sourire et qui trouve ici toute son intensité dramatique. C’est aussi se plonger dans l’histoire d’un metteur en scène poursuivi par le Liban, cette terre qui ressort de sa pièce par le propos, la musique (intégralement interprétée par les comédiens eux-même), l’histoire. Peut-être est-ce la durée inédite de la trilogie, mais l’oeuvre de Mouawad reste à tout jamais gravée dans la mémoire.

Pour aller plus loin: les textes de chacune des pièces sont disponibles aux éditions Actes Sud

  • Revue: Manière de voir

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Dans le sillage des revues, elle n’est pourtant pas nouvelle venue. À l’heure où la tendance des pur-players et autres mooks qui se lancent est au « slow-journalisme », Manière de voir propose de manière bimestrielle, au travers d’un choix d’articles parus dans diverses éditions du Monde Diplomatique, l’exploration d’un thème donné dont l’actualité du propos n’est pas le maître-mot, traçant son chemin dans une prise de recul qui fait du bien face un information parvenant en flux.

Pour son édition estivale, la revue proposait de se pencher sur diverses formes de délinquance (fiscale, trafic de drogues, …). Pour la rentrée,  Manière de Voir aborde l’école sous toutes ses formes, en ce qu’elle éduque les enfants de la planète. Coordonné par les journalistes Renaud Lambert et Allan Popelard, le numéro se construit en trois parties aux titres évocateurs: « la reproduction des inégalités », saluant au passage Pierre Bourdieu; « sous l’emprise du privé », dénonçant l’irruption de l’entreprise à l’école; « les voies de l’émancipation », comme pour conclure le numéro sur une note positive, pour prouver que des initiatives novatrices permettent de rénover le modèle de l’école et de la transmission.

L’éditorial de ce dernier numéro est plus synthétique qu’une longue tirade: « alors, production  de savoir ou reproduction sociale? Eveil des consciences ou pédagogie de la soumission? Emancipation ou domestication? Le plus souvent, analyser la fonction de l’école, c’est remplacer le « ou » par un « et »: lieu  de cristallisation des contradictions de nos sociétés, l’éducation ne se trouve pas plus à l’origine du « problème » qu’elle n’offre de solution toute faite. En fonction des projets politiques qu’elle sert, des luttes qui l’agitent, la classe cimentera donc les classes, ou permettra de les abolir… ».

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