Kronik Kultur #14

Au programme de cette quatorzième Kronik Kultur, une revue qui fait son chemin du côté du slow-journalisme, un film qui déboulonne la représentation de l’euthanasie.

  • Cinéma: « Miele », Valeria Golino, Italie, 2013

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Aborder l’euthanasie au cinéma: sujet casse-gueule. Pour être rapide, deux camps s’opposent: les cinéastes qui volontairement, prennent fait et cause pour cette mort assistée. De l’autre, on trouve une frange qui dénonce clairement une pratique jugée comme allant à l’encontre de toute éthique. « Miele », premier film de l’actrice italienne passée derrière la caméra  Valeria Golino, n’est ni de l’un ni de l’autre bord. Là est sans doute toute sa qualité.

Le pitch: Irène est une jeune italienne vivant en bord de mer, dans les environs de la capitale romaine. Sous le pseudonyme de « Miele », elle fournit des individus en substances mortelles et les accompagne jusqu’à la mort. Son père comme son amant la croient étudiante. Un jour, elle se rend chez un certain Monsieur Grimaldi, un homme qui n’est pas en fin de vie mais atteint d’une grave dépression. Ne souhaitant pas le voir mourir, elle va tenter par tout les moyens de lui faire reprendre goût à la vie.

Dans ce film, loin d’être parfait, une chose retient plus particulièrement l’attention: la bande-originale. Sans partir dans une analyse titre par titre de la musique choisie, on remarque que le son a, pour l’héroïne, une importance primordiale. Dans quasiment toutes les scènes du film, Irène garde son casque vissé sur les oreilles, comme si elle souhaitait se protéger d’une réalité dont elle est pourtant actrice. Valeria Golino, la réalisatrice, a habilement réaliser le travail de son de son film: on alterne entre son extérieur où la musique écoutée par « Miele » ne nous parvient que par son casque et d’autres où sa musique l’entièreté de la scène.

Il y a l’euthanasie, il y a Jasmine Trinca, actrice italienne que l’on a déjà croisé chez Nanni Moretti. Sa beauté irradie le film. Mais pas que.  Son personnage, tout en ambiguïté symbolise toute la difficulté d’un questionnement autour de la mort assistée. La relation qui se tisse petit à petit avec ce Monsieur Grimaldi démontre toute l’humanité qui l’anime, face à la froideur de ses gestes lorsqu’elle accompagne une personne en fin de vie. Loin d’être un carcan, « Miele » nous questionne profondément sur notre relation à la mort. Un film indispensable.

  • Revue: « Regards », trimestriel

Autain

Pour une revue créée en 1932, elle ne fait pas son âge. La preuve, en découvrant « Regards », j’ai cru à un de ces mooks qui égrainent aujourd’hui les kiosques, ne durant parfois que quelques. Non, « Regards » est bien cette revue de sensibilité communiste qui a vu défiler Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis et j’en passe. Aujourd’hui dirigée par Clémentine Autain et Roger Martelli, la revue s’affirme comme une fervente adepte du slow-journalisme, maquette soignée et reportages de fond de rigueur.

Plutôt que de longs discours, je vous laisse profiter d’un extrait d’un reportage paru dans le numéro d’automne consacré à la montée d’Aube Dorée au pays de l’Acropole, intitulé « En Grèce, être antifa ou ne pas être »: « La colonne vertébrale aussi courbée qu’une montagne russe, une octogénair, recroquevillée sur son cabas vide, s’appuie sur l’avant-bras musclé d’un mastodonte. Au-dessus du coude, une croix gammée décore le biceps du jeune homme au crâne rasé. Dans son autre main, un bout de bois épais sur lequel flotte un drapeau grec. Vêtu d’un T-shirt noir, il aide la vieille dame à rejoindre la longe file d’impatients, venu récupérer leur ration de nourriture gratuite des mains du parti Aube Dorée. Toute la détresse humaine générée par la crise économique qui s’abat depuis cinq ans sur la nuque du peuple grec bat le trottoir en ce mercredi 24 juillet, anniversaire de la fin de la dictature des colonels en 1974. Une date choisie avec délectation par Nikolaos Michaloliakos, le chef du parti aux 425981 votants, grands nostalgiques du régime autoritaire de Georgios Papadopoulos. Entre les drapeaux ornés des méandres grecs rappelant le svatika nazi, les chants fascistes crachés par les hauts-parleurs et une rangée de skinheads, il fait son entrée sous l’acclamation des pauvres hères réunis sous le balcon de l’ancien siège du parti. Prévu sur la place Attiki, ce rendez-vous propagandiste a été interdit par la municipalité d’Athènes, le qualifiant de « soupe populaire de la haine ». Car dans la file des affamés, seuls les citoyens grecs seront servis, après avoir montré leur carte d’identité aux gros bras d’Aube Dorée ».

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