Chroniques de Cisjordanie #2

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Ramallah. On se perd « place de la montre », en plein centre de la ville, où l’on doit retrouver l’administratrice de la fondation Barenboïm-Saïd, qui oeuvre pour l’apprentissage de la musique en Palestine, sous l’impulsion du chef d’orchestre israélien Daniel Barenboïm et de l’intellectuel palestinien Edward Saïd. Après avoir demandé notre chemin à un marchand de disque, un policier, un vendeur de thé à la sauvette, un magasin de luxe, nous trouvons enfin notre lieu de rendez-vous dans une large rue boisée. De l’immeuble hébergeant la fondation, la mélodie d’un piano se mêle au son d’un violon. Une fois entré, les salles de musique se succèdent: c’est un véritable conservatoire qui siège ici. « Creating a future, through music and education »: pareil slogan ne peut mieux résumer le travail de la fondation en Palestine.

Musique. Deuxième animation musicale pour les personnes âgées du centre où nous logeons. Maggie, la résidente qui fait à elle seule l’animation du lieu, souhaite de nouveau participer en continu à notre prestation, une fois aux percussions, l’autre en entonnant un chant américain d’après-guerre. Margot, une autre résidente, se met à chanter l’hymne officiel palestinien mais s’arrête au bout de quelques couplets, prise par la timidité. « I dont like Taybeh. I like Jerusalem! » dit-elle: la ville-sainte sera demain au programme des visites.

Une bière palestinienne, ça vous étonne? C’est le pari de la famille Khoury à Taybeh. Revenue de Boston après les accords d’Oslo, se disant que telle opportunité ne se représenterait pas, la famille produit depuis localement cinq types de bières: brunes, blondes, ambrées, light et une bière sans alcool (principalement pour les musulmans de Palestine). Plus étonnant, la famille organise depuis des années une « OktoberFest » dans le village, sur le modèle munichois, qui rameute à chaque fois un public venu du monde entier. La dernière édition, datant de début octobre, n’a pas eu lieu à Taybeh: en cause, un conflit avec la municipalité. « C’est dommage, c’est une opportunité économique dont la municipalité se prive » nous dit la cofondratrice de la brasserie, à quelques mètres d’une photo de son mari posant avec Yasser Arafat.

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Chroniques de Cisjordanie #1

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« Shame. It’s really a shame » nous dit une femme rencontrée cet après-midi. Perchée à quelques centaines de mètre de l’entrée principale de Ramallah, capitale politique de la Palestine, une colonie israélienne effraie: grillagée, entourée de barbelés, elle s’impose là, seule, au milieu d’une nature faite d’oliviers et de pierres. Bien sûr, avant d’arriver dans un territoire à l’histoire si mouvementée, on se doute légèrement de ce à quoi on va pouvoir être confronté. Mais s’y confronter directement, c’est se prendre une gifle en plein dans le visage.

La beauté. C’est ce qui vous inonde au réveil, alors que vous avez passé la nuit à faire le trajet entre Tel-Aviv et Taybeh, petit village de Cisjordanie connu pour sa bière dans le monde entier. Cette beauté alors que vous arpentez Jérusalem « by night », avec la sensation de fouler une terre sacrée, au centre des trois religions du livre. Une beauté que vous retrouvez dans l’harmonie des couleurs de la CIsjordanie: le blanc cassé de la roche, le vert des oliviers. Face aux collines qui vous font face, vous êtes ailleurs, le chant du muezzin dans une oreille (venant du village voisin), les cloche de l’église melkite dans une autre (Taybeh étant un village à majorité chrétienne).

Rencontre. Ce matin, premier concert (mon frère à la trompette et aux percussions, moi au violoncelle) pour les personnes âgées du centre dans lequel nous séjournons à Taybeh. Après une composition lente et mélancolique, nous nous lançons dans un air traditionnel roumain: là, Maggie, une des résidentes les plus extravagante se met alors à danser. Mieux: elle propose ensuite de nous accompagner aux percussions, entonnant un chant traditionnel arabe qui met en joie toute l’assemblée. Une ou deux personnes se lèvent et entament quelques pas de danse. Magique.

À qui appartient la presse?

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Le Forum des Images et son cycle « Qui fait l’info », consacré aux médias à travers une rétrospective de 50 films et une série de rencontres, nous réserve bien des surprises. On avait quitté l’institution des Halles impressionnés par la prestation de la rédaction du Gorafi, sans très bien savoir comment déceler le vrai  du faux. Ce soir, c’est tout autre chose qui nous attendait: un débat autour du financement de la presse avec Pierre Haski, cofondateur de « Rue89 », François Bonnet, cofondateur de « Médiapart » et Jean Stern,ancien rédacteur en chef de « La Tribune ». Reportage.

Un débat dont le modérateur n’est autre que Marc Voinchet, animateur-radio qui officie chaque matin dans la matinale de « France Culture », c’est toujours agréable. Vous me rétorquerez: et pourquoi? Marc Voinchet a cette capacité à provoquer le débat en trouvant des questions justes sans agresser son interlocuteur, chose rare dans le milieu. C’est ainsi qu’il ouvre la discussion sur les pressions auxquelles peuvent être confrontés les journalistes, de la part de certains industriels contrôlant de grands médias. Pour Jean Stern, « le plus souvent, il n’y a pas de rencontres réelles avec eux, tout se passe au téléphone, ce qui n’enlève rien à la brutalité de certaines conversations ». Pour sa part, François Bonnet raconte une anecdote pour le moins assez édifiante: « un jour, j’ai eu une réunion avec Bolloré au moment du lancement d’un gratuit, époque où j’étais encore au Monde. Là, il nous expliquait qu’il aimait écrire des blagues qui se retrouvaient ensuite en fin du gratuit. Gratuit que vous connaissez tous aujourd’hui sous le nom de Direct Matin ».

Un modèle économique dépassé

S’il y a pression de la part d’industriel type Bolloré, Dassault et consort, les intervenants présents ce soir reprochent à la presse traditionnelle de s’accrocher à un modèle dépassé, apeurée par toute idée d’innovation. « On est dans la poursuite d’un schéma vieux comme la presse. Pourtant, cette presse change: la vente par Lagardère d’une dizaine de ses titres, le rachat du « Washington Post » par Jeff Bezos le prouvent » insiste Pierre Haski. Sur la même lancée, Jean Stern continue: « si on enlevait les milliardaires, une grande partie des quotidiens auraient disparu. Pour ces riches patrons, acheter un journal, c’est se donner bonne conscience et lisser son image. »

(In)dépendance?

Alors quelles alternatives trouver face à une presse en crise, réticente à toute nouveauté? « Aux États-Unis, l’investissement dans la presse a payé » affirme François Bonnet. Pour lui, appliquée en France, ces stratégies pourraient s’avérer dynamisantes. « Il y a une crise mondiale de la presse papier, c’est indéniable. Dans cette crise, la France a une spécificité: le problème de la dépendance, conjuguée à une perte de qualité du contenu éditorial. Je ne crois que tout le monde ne se rend pas bien compte de la régression que l’on connaît actuellement » continue-t-il. C’est là qu’intervient une inévitable comparaison avec d’autres pays. « Aux États-Unis, en Grande-Bretagne ou en Allemagne, les plus grands groupes médiatiques ne travaillent que dans le secteur des médias, c’est n’est pas le cas en France avec la présence d’industriels » insiste François Bonnet.

Responsabilité des journalistes

En guise de question-provoc, Marc Voinchet lance: « mais alors, qu’est-ce qu’ont foutu les journalistes? ». Pour Jean Stern, il y a sans doute « un manque d’intérêt pour le lecteur », la publicité trônant sur la première marche du podium. Mais il n’y a pas que ça: « À Libération, on avait délégué la direction du journal à de grands journalistes, mais de piètres managers ». François Bonnet le rejoint sur cette analyse: « il y a une ignorance profonde des journalistes envers la nécessité d’indépendance. C’est pourquoi il ne faut pas distinguer économie, innovation et journalisme. Plus nous les séparerons, plus nous nous égarerons. »

Pierre Haski cite alors une anecdote pour le moins réjouissante: alors qu’il était encore à Libération, il s’était vu convoqué par Serge July, fondateur du journal dans son bureau: Apple voulait acheter tout l’espace publicitaire d’une édition, mais en masquant un maximum son aspect publicitaire. Après deux heures de réflexion, la rédaction décide de ne pas céder: Apple accepte, prouvant ainsi qu’il bluffait. « Aujourd’hui, ce ne serait plus possible. Nicolas Demorand aurait conclu le contrat dans son bureau » conclue-t-il.

Place du Politique

Alors que François Bonnet rappelle non sans malice la phrase prononcée par Jean-Marie Colombani lorsqu’il était à la tête du Monde (« on va passer d’un journalisme d’investigation  à un journalisme de validation »), Marc Voinchet fait dériver la discussion vers les liens qui unissent politique et journalisme. Pour Jean Stern, « les politiques n’ont jamais joué le jeu avec la presse ».François Bonnet lui rétorque: « La presse quotidienne régionale deal avec les pouvoirs locaux. Prenons un exemple: Jean-Noël Guérini est un des premiers financeurs de « La Provence ». Dans une approche nationale, Pierre Haski affirme que le Parlement n’a jamais su jouer son rôle face aux problématiques auxquelles est confrontée la presse. De son côté, François Bonnet insiste sur la nécessité de réduire la TVA pour les « pure player », dont font partie « Médiapart » et « Rue89 », et de mieux répartir les aides financières accordées par l’État.

Révolution 2.0

Pour tout les intervenants présents ce soir, l’avenir est dans le numérique. Si la presse traditionnelle ne prend pas le virage, elle se perdra. « Rue89 et Médiapart ont dès le départ eu des logiques différentes. Chez nous à Médiapart, nous défendons le contenu payant, afin de nous passer de la publicité et de nous concentrer uniquement sur le lecteur, ce qui n’est pas le cas de Rue89 » insiste François Bonnet. Les mois, années à venir diront si les acteurs de la presse traditionnelle vont enfin se secouer. La jeune relève est là pour le lui faire savoir.

Kronik Kultur #17

Au programme de cette dix-septième Kronik Kultur, la rencontre de l’accordéoniste et du reggaeman, un pur player méditéranéen. 

  • Musique: Winston McAnuff & Fixi, « A new day », Wagram Music, 2013

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Jamaïque et musette, aucun rapport? Pas si sûr. L’accordéon chromatique de Fixi et la voix du reggeaman Winston McAnuff ,qui se mêlent sur un album commun, « A new day »,  nous prouvent le contraire. La symbiose qui ressort de leur rencontre laisse quasiment pantois: on se demanderait presque si ces deux là n’ont pas enchaîné les concerts ensemble. L’un, Fixi, aimant ouvrir le folklore français à d’autres horizons, ayant entre autre travaillé avec Tony Allen, pionnier de l’Afrobeat. L’autre, Winston McAnuff, qui a roulé sa bosse avant de connaître une carrière fulgurante en France  au début des années 2000, avec Camille Bazbaz, Java ou encore Cyril Atef, moitié du duo « Bumcello ».

Winston McAnuff vient du reggae, on n’entend pas de reggae sur l’album. Fixi vient de ce qu’il est convenu d’appeler « chanson française »: ce n’est pas non plus ce que l’on entend. Les morceaux sont un mélange d’influences diverses et variées: par ci, un rythme zouk, par là, un air de blues. Les musiciens participant à l’album n’y sont pas pour rien. On retrouve, entre autre, le batteur Cyril Atef, Tony Allen, le guitariste Matthieu Chedid ou encore Alexis Bossard de « Java ».

Ce qui est plaisant, c’est que Winston McAnuff ne se limite pas au registre vocale du reggae, osant tout à la fois aborder une ballade, une chanson jazzy, une incantation blues. L’exemple le plus probant est sans doute à chercher avec « Wha dem say », magnifique ballade, où le piano use d’un patern à répétition que l’on verrait très bien sur une Kora: là McAnuff n’hésite pas à aller dans un registre, une palette vocal que l’on ne lui soupçonnait pas jusque là.

Découvert tardivement, un soir, sur les ondes de radio Nova, « A new day » est un album à écouter, réécouter, encore et encore. Il fait partie de ce genre d’album que vous pouvez très bien ne pas aimer à la première mais dont vous prenez goût avec le temps. Mais une chose est sûre: le live doit décaper. Alors courez les voir en concert!

  • Presse écrite: « OrientXXI »

O21

On avait parlé ici il y a quelques temps de Rukh, passionnant mooks créé par un ancien science-potiste consacrée au monde arabe. Il se trouve qu’un autre beau projet vient de se lancer: j’ai nommé OrientXXI. Composé « de journalistes, universitaires, militants associatifs, anciens diplomates », ce nouveau pur player vise à démocratiser la connaissance du monde méditéranéen auprès des lecteurs français. Parmi les « plumes », on retrouve le spécialiste de l’islamisme Laurent Bonnefoy, le persanophile Bernard Hourcade ou encore l’ancien rédacteur en chef de « L’Express » Jean-Pierre Séréni.

Je vous laisse découvrir un extrait d’un article de l’ancien diplomate Alexis Varende, intitulé « Le répit de Bachar Al-Assad:

« L’époque est révolue où le président Assad se louait lui-même parce qu’il ne trouvait personne d’autre pour le faire. Aujourd’hui, la communauté internationale lui sait gré de respecter l’engagement qu’il a pris de détruire son armement. Contre toute attente, elle fait de lui un interlocuteur possible dans la perspective de la conférence internationale prévue pour la mi-novembre. Profitant de ce sursis, le président reçoit beaucoup de journalistes, de visiteurs, d’émissaires discrets ou annoncés, etc. Les occasions de faire valoir ses vues ne manquent pas. CBS, Rossiya 24 TV, Fox News, CCTV, teleSUR, Rai News 24, Halk TVet Der Spiegel ont en commun de l’avoir interviewé au cours des quatre dernières semaines.

Ses entretiens avec la presse sont caractérisés par son impassibilité, son rigorisme et sa logique. Le président a réponse à tout. Il n’est jamais pris par l’émotion. Il ne manifeste ni regret ni remords même si, çà et là, il avance quelques mea culpacollectifs, rares, calculés, qui apparaissent comme des concessions que seuls les puissants s’autorisent. Des « fautes ont été commises » parce que « nous sommes tous des humains », a-t-il coutume de dire (Der Spiegel, Rai News). Encore s’empresse-t-il d’ajouter que les responsabilités viennent d’ailleurs, des « terroristes », des « djihadistes » ou des États qui aident et financent la Coalition nationale syrienne (CNS) « qui ne représente personne ». Enfin, si des « erreurs » ont été commises« dans l’exécution », « les décisions fondamentales étaient justes » « .

Revue de presse #16: après le « fiscal cliff », le « shutdown »

Fiscal

  • Belgique: « L’épouvantail du shutdown », 18 octobre 2013, La Libre Belgique

Nouvelle semaine placée sous le signe du « shutdown » aux Etats-Unis, avec toujours des rumeurs de krach boursier… mais avec cette fois des espoirs qui se précisent sur une solution politique à moyen terme. Ces espoirs qui expliquent le rebond un peu curieux des marchés d’actions, essentiellement en Europe en tout cas. Les indicateurs de tendance ont grimpé par étapes, dans des volumes d’affaires peu étoffés, et finalement, le score de la semaine est positif un peu partout.

On a d’ailleurs, pour les valeurs européennes, le sentiment que les marchés ont encore un peu de retard à rattraper sur les places américaines. Pour rappel, l’indice Dow Jones a dépassé en février dernier ses sommets historiques de 2007, avant la crise des subprimes. En Europe, on est encore très loin du compte et les valorisations sont globalement « normales » sur base des résultats estimés pour l’année en cours. Donc, si la situation devait se stabiliser aux Etats-Unis, il y aurait probablement encore de la marge pour une hausse boursière en Europe.

Cela étant, les places financières américaines n’ont pas donné le sentiment d’une faiblesse particulière. Et cette météo boursière favorable est sans doute une bonne affaire pour les grosses opérations financières comme la future introduction en Bourse de Twitter. Apparemment, en dépit des hypothèques qui pèsent sur l’économie américaine mais auxquelles personne ne veut croire, les investisseurs brûlent toujours d’acheter ces titres. L’opération d’introduction en Bourse de Twitter qui pourrait avoir lieu dans quelques semaines sera donc à cet égard un excellent indicateu

  • Liban: « Derrière le shutdown à Washington, des arrières-pensées électorales », 11 octobre 2013, L’Orient le Jour

La proximité des élections législatives américaines de 2014 rend plus délicate la sortie de crise sur le budget et la dette, démocrates et républicains se méfiant d’un vote-sanction de leurs électeurs tout en espérant tirer profit de la paralysie actuelle. Une élection n’est jamais très distante aux États-Unis : le 4 novembre 2014, comme tous les deux ans, les électeurs auront le choix de reconduire la cohabitation législative qui paralyse Washington depuis janvier 2011, ou de donner le contrôle des deux Chambres du Congrès à un seul et même parti.

Mais la rapidité du cycle électoral est aussi le poison du système politique américain, la pression des élections raidissant les positions de chaque camp. À quelques mois des primaires, un compromis risque d’être interprété comme une compromission.

Dans l’immédiat, les alliés démocrates du président Barack Obama estiment profiter du blocage, provoqué selon eux par l’intransigeance des républicains. « Les jours de leur majorité à la Chambre des représentants sont comptés s’ils continuent comme ça », a lancé plein d’espoir Brad Woodhouse, président d’Americans United for Change et ancien porte-parole du Parti démocrate.Le démocrate en veut pour preuve un sondage réalisé par l’institut préféré de la gauche américaine, Public Policy Polling (PPP), dans 24 circonscriptions actuellement représentées par des républicains.

  • Russie: « Défaut de paiement des USA: aucun danger pour l’économie russe », 16 octobre 2013, Ria Novosti

Un éventuel défaut de paiement des Etats-Unis ne présente pas de danger pour l’économie russe, a déclaré mercredi à Moscou le ministre russe des Finances Anton Silouanov. »Nous n’avons pas de bons à court terme, si le défaut de paiement se produit, cela n’aura pas de conséquences néfastes pour nous. Mais j’espère que toutes les parties se mettront d’accord et que l’administration présidentielle américaine et le Congrès parviendront à un compromis », a indiqué M.Silouanov devant les journalistes.

L’Etat fédéral américain a été mis au chômage technique le 1er octobre pour la première fois depuis 17 ans, faute d’un accord sur le budget au Congrès. Les Etats-Unis risquent en outre de se retrouver en défaut de paiement le 17 octobre prochain, si le Congrès ne parvient pas à s’entendre sur le relèvement du plafond de la dette, à partir duquel les Etats-Unis ne sont plus capables de rembourser leurs crédits.

  • Chine: « La chine salue le dénouement de l’impasse budgétaire au États-Unis », 17 octobre 2013, Xinhua

La Chine a salué jeudi l’approbation d’une loi pour mettre fin au shutdown du gouvernement américain et relever le plafond de la dette. »Nous saluons les progrès accomplis par les Etats-Unis dans la gestion de cette crise », a déclaré jeudi la porte-parole du ministère des Affaires étrangères Hua Chunying lors d’une conférence de presse régulière.

La porte-parole a fait ces commentaires après que le Sénat américain a approuvé mercredi soir un accord permettant de relever le plafond de la dette et de mettre fin au shutdown partiel du gouvernement fédéral. »En tant que première puissance économique du monde, la résolution appropriée de ce problème va non seulement dans le sens des intérêts propres des Etats-Unis mais bénéficie aussi à la stabilité et au développement de l’économie mondiale », a souligné Hua.

Selon le Trésor, la première économie mondiale aura épuisé toutes ses capacités à emprunter le 17 octobre. Il ne lui restera qu’une trésorerie d’environ 30 milliards de dollars alors que des paiements plus importants se profilent.

  • Algérie: « Etats-Unis: doutes sur la réforme de l’immigration après le budget », 20 octobre 2013, El Watan

A peine la crise budgétaire terminée, le président américain Barack Obama a appelé le Congrès à terminer la réforme du système d’immigration, entamée au printemps, mais ses adversaires républicains du Congrès ne partagent pas le même enthousiasme. « Nous devons terminer le travail et réparer notre système d’immigration, qui est cassé », a déclaré Barack Obama jeudi. « Commençons les négociations. Mais ne laissons pas le problème s’envenimer pour encore un, deux ou trois ans. On peut le faire, et il faut le faire avant la fin de l’année ».

La réforme a déjà accompli la moitié du chemin. En juin, le Sénat, dominé par les alliés démocrates de Barack Obama, a adopté un projet de loi historique qui conduirait à la régularisation immédiate et à la naturalisation de millions de sans-papiers, en majorité mexicains, en 13 ans minimum, et sous conditions.Le plan du Sénat, adopté avec l’appui de républicains, fortifierait encore plus la frontière avec le Mexique et réorganiserait le système de visas pour donner la priorité aux professions en forte demande, comme les ingénieurs mais aussi les travailleurs agricoles.

Mais dans l’autre moitié du Congrès, à la Chambre des représentants, les républicains disposent de la majorité et sont plus hostiles à ce que beaucoup qualifient d' »amnistie » pour les millions d’étrangers en situation irrégulière. Selon les démocrates, la réforme migratoire est l’occasion de redorer l’image des conservateurs, jugés responsables de la récente paralysie à Washington et dont la cote de popularité a chuté cet automne. »C’est une occasion en or », dit Maria Cardona, consultante politique proche des démocrates. « Nous disposons d’une fenêtre d’un ou deux mois pour que la Chambre vote la réforme ».

  • Iran: « l’Amérique est déjà en faillite ! », 16 octobre 2013, IRIB
Quelles seraient les conséquences d’un défaut de paiement américain,le 17 octobre prochain ou quelques jours plus tard ?

Ce sont des millions de salariés qui perdraient leur emploi. L’inévitable effondrement du marché immobilier. L’épargne des citoyens US volatilisée. Le Congrès des Etats-Unis complètement paralysé. De plus en plus de pays à travers la planète qui plaideraient activement en faveur d’une nouvelle monnaie de réserve, pour supplanter un dollar défaillant et de plus en plus contesté. Les Etats-Unis forcés de se retirer de nombre de leurs guerres. Le taux de chômage US qui s’envolerait pour se maintenir au-delà de 7% pendant de nombreuses années. Mais pourquoi ces évènements dramatiques nous semblent-ils si familiers ? Tout simplement parce que les Etats-Unis d’Amérique ont déjà fait défaut, et qu’il est même possible de dater précisément cette banqueroute !

L’envolée de l’once d’or depuis 265 dollars (au jour de l’investiture de George W. Bush) à 1800 dollars en 2011 n’est-elle pas, en effet, caractéristique d’une monnaie – et donc d’un pays – en pleine liquéfaction ? Et preuve incontestable du défaut de paiement des Etats-Unis, même si elle reste ignorée – ou niée- par l’écrasante majorité des citoyens américains ? Une autre théorie voudrait que les Etats-Unis aient fait défaut dès 1971, c’est-à-dire dès lors que le Président Nixon eut relégué aux oubliettes les accords de Bretton Woods, et définitivement abandonné toute convertibilité de sa monnaie contre l’or.

Pour autant, ne nous y trompons pas : si, aujourd’hui, le monde est suspendu au simulacre de tractations entre Républicains et Démocrates, si le monde est terrifié à la perspective que les Etats-Unis d’Amérique ne parviennent plus à honorer leurs engagements après le 17 octobre, si le monde redoute un « Lehman moment » à la puissance dix, c’est tout bonnement parce que ce pays conserve son « privilège exorbitant ». L’Oncle Sam n’est -encore et toujours- capable d’emprunter massivement et à si bon marché que parce qu’il est toujours considéré comme le refuge par excellence. Statut qu’il ne perdra certes pas du jour au lendemain, mais qui se retrouve néanmoins sérieusement déstabilisé par le psychodrame ayant lieu actuellement à Washington.

La fureur de vivre des Romanès

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On avait quitté Alexandre Romanès il y a quelques semaines dans ce lieu improbable: un terrain abritant un chapiteau dont on ne soupçonnerait la présence depuis le long boulevard qui nous y emmène depuis la porte de Champerret. En ce vendredi soir d’octobre, on le retrouve pour une toute autre raison: le cirque Romanès inaugure en fanfare son nouveau spectacle, « Voleurs de poules ». Reportage.

À l’entrée du chapiteau, Sandrine Bonnaire vous accueille une louche à la main pour vous servir un vin chaud: l’ambiance est posée. La chaleur commence doucement à monter, on en viendrait presque à se mettre en t-shirt. Le public est un joyeux melting-pot: beaucoup de journalistes, des militants associatifs, des enfants assis au premier rang, quelques étudiants. Comme tout bon spectacle, celui-ci ne commence pas à l’heure. Mais plus que cela, une chose frappe: la simplicité de l’accueil. Personne à l’entrée pour vous demandez si vous êtes invité alors que c’est bien une avant-première qui a lieu ce soir. Un indice important pour la suite de la soirée.

Une trompette, un chien et un jongleur

Après des applaudissements dignes d’un public en pleine attente, les représentants des fidèles partenaires du cirque ouvrent la soirée: Edwy Plenel pour Médiapart, Olivier Poivre d’Arvor pour France-Culture. Bien sûr, l’agitation ambiante est dans toute les têtes, mais ce soir, les Romanès nous transportent autre part: on est à Paris, on pourrait être à Bucarest ou Sofia.

Rideau. Un orchestre fourni fait son apparition: trompette, contrebasse, saxophone, violon ou encore guitare manouche. La voix énergique de Délia Romanès vient supporter le tout. Arrivent ensuite des acrobates roulant accrochés au milieu d’un énorme cerceau. Impression de départ: l’improvisation et la sensation que tout ça n’est pas complètement maîtrisé.

Pourtant, c’est tout l’inverse. Les numéros se succèdent à un rythme impressionnant où les musiciens n’ont pas un moment de répit. Tel un jukebox, les musiciens enchaînent morceaux sur morceaux, on reconnaît des tubes , « Iag Bari », « Bubamara », sortis tout droit d’une BO d’Emir Kusturica. Pendant les numéros, la musique n’est là que pour rythmer les mouvements des acrobates, jongleurs et autres équilibristes. Elle se retrouve parfois au premier plan lorsque les musiciens entrent au centre de la piste.

L’autodérision d’Alexandre Romanès

Pendant une grande partie du spectacle, le fondateur du cirque reste en retrait, amenant un élément du décor par ci, attachant la corde d’un acrobate par là. Lorsqu’il se fait artiste, il revêt les costumes d’un dresseur de chien: simulant un coup de feu, celui-ci s’effondre. Fou-rire de la salle assuré. Mais, Alexandre Romanès va plus loin: s’accrochant à une corde dédiée aux acrobates, il tente en vain de s’y hisser. Pour se prouver à lui-même qu’il n’est pas le seul à ne pas y arriver, il convie un saxophoniste à s’y essayer. Joyeux mélange.

Énergie communicative

Le spectacle n’a pas de fin: on sort du chapiteau comme l’on y est rentré, dans la plus pure simplicité. Clou de la soirée: Délia Romanès invite Olivier Poivre d’Arvor à venir la rejoindre sur scène pour une danse endiablée avant qu’Edwy Plenel ne vienne les rejoindre pour une chorégraphie chaloupée. Puis, la musique reprend son bon droit sous les applaudissement nourris d’un public conquis.

Il y a de la vie, de la passion dans ce spectacle. Les enfants rentrent sur scène, les femmes s’assied aux côtés des musiciens: comme Kechiche arrive, par le 7ème art, à retranscrire au plus proche le réel, les Romanès nous proposent une tranche de vie pleine d’enthousiasme. Une réelle fureur de vivre.

Leonarda, l’épouvantail Valls et le droit d’asile

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Il faut l’image, la force du cas particulier qui fera émouvoir les masses. Sans cela, le débat politique ne prend pas en compte des questions perçues comme subsidiaires. Le traitement de l’expulsion de Leonarda, jeune Kosovare exilée en France, en atteste. Cette nouvelle affaire vient renforcer l’image de droitisation que le ministre de l’intérieur Manuel Valls est en train de se forger. Au delà de l’agitation de façade, il y a la question plus profonde de l’application de la législation autour de l’immigration. C’est là que le bas blesse. Coup de gueule.

L’expulsion de la jeune Leonarda n’est pas surprenante. Elle n’est qu’une simple application de la loi en vigueur:  « l’obligation de quitter le territoire français après avoir été déboutée de ses demandes d’asile ». Ce qui émeut, c’est la manière dont les choses ont été faites: Leonarda a été « cueilli » à la sortie du collège. Mais, plutôt que de réagir sous le coup de l’émotion, intéressons-nous au contenu.

Rigorisme

S’il n’y a pas à être surpris, c’est bien qu’il n’y a qu’un simple suivi de la législation. « Toute la famille, ma femme et mes enfants, sont nés en Italie. Ils n’ont rien à voir avec le Kosovo. Ils sont nés en Italie et puis nous sommes venus en France. Nous avons menti aux autorités en disant que nous étions du Kosovo » a reconnu le père de Leonarda. Rappelons ici quelques notions de droit: pendant l’examen de leur dossier, les demandeurs d’asile ne sont pas expulsables, ce dont a bénéficié la famille de Léonarda. Le demandeur d’asile doit d’abord saisir une préfecture qui, si la réponse est positive, lui fournit un titre provisoire d’un mois, avant de contacter l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA).

Si l’OFPRA émet une réponse négative, le réfugié peut demander un réexamen de son dossier, avec le pré-requis de pouvoir présenter des éléments qui le justifient. En cas de second refus, il a un mois pour faire appel devant la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA). Après ces procédures qui, à elles seules, peuvent durer 18 mois, si toutes les demandes ont échoué, le demandeur se retrouve dans l’obligation de quitter le territoire français, d’où un risque d’expulsion s’il ne suit pas cette directive.

Réformer le droit d’asile?

Selon les chiffres de l’année 2012, En 2012, seul un dossier sur quatre a reçu une réponse positive, soit environ 10.000 personnes. Alors que faire face à cette problématique auquel peut de gouvernements souhaitent se frotter, au risque d’implosion et de la polémique? Dans un temps où la tendance générale est au protectionnisme, qu’il soit politique, économique ou sociétal , la question est d’autant plus pertinente.

Réformer, oui mais comment? Preuve que tout n’est pas noir ou blanc, Il y a moins d’un an, le 28 novembre 2012, le même Manuel Valls qui défie aujourd’hui la chronique, était l’auteur d’une circulaire fixant de nouveaux critères « d’admission exceptionnelle au séjour ». Ce texte prévoit de fournir des papiers aux familles présentes depuis au moins cinq ans et qui ont scolarisé leurs enfants pendant au moins trois ans.  En effet, c’est souvent à la longévité de la présence sur un territoire que l’on juge ou non légitime cette dernière.

L’indispensable clarté du propos

La « polémique Léonarda » auquel fait aujourd’hui face la gouvernance Hollande est à la fois le fruit d’une vive émotion mais aussi d’un rejet des paroles excluantes du locataire de la Place Beauvau. Si le ministre de l’intérieur expliquait clairement, comme il l’a fait par le passé, qu’il souhaite simplement faire appliquer avec rigueur la législation en place, les évènements prendraient sans doute une tournure différente. Malheureusement, ce dernier n’a pas l’art et la manière. Mais le pire n’est pas là: il y a risque d’un rejet d’une personnalité politique qui anéantirait la visibilité d’une nécessité de réforme. Tout les travers de la « politique du spectacle ».