Mister Maalouf ambiance le 104

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Mardi 2 octobre, fin de journée automnale sur Paris. La foule s’amasse devant le 104 rue d’Aubervilliers, ce désormais haut-lieu de la culture parisienne qui étonne toujours dans ce quartier où les kebabs remplacent les galeries d’art. Une file est dédiée aux personnes venues sans billet: de rare chanceux pourront finalement rentrer dans l’aller centrale du lieu, spécialement aménagée pour le concert. Et quelle chance? Celle d’assister à une création unique du dieu de la trompette orientale, Ibrahim Maalouf. Reportage.

À célébrité du jazz contemporain, volonté de se faire attendre. Initialement prévue à 20h30, « Cartes sur table », nom de la création que présente ce soir Mister Ibrahim, prend du retard. C’est alors que le trompettiste fait son apparition, comme pour combler un vide qui commencerait presque à irriter la salle: se lançant dans un véritable one-man show, on ne saura si la chose est préparée ou non. En tout cas, elle fait son petit effet: installé sur une table recouverte d’une nappe noire, Maalouf dispose ses cartes: et oui, le thème de la soirée est la magie, se concentrant sur le personnage haut en couleur du joker.

La révélation Yann Frisch

Obnubilé par les prestidigitations du trompettiste, on en oublierait presque que derrière lui, son quintette, les élèves du collège Georges Brassens de Paris, les musiciens et choristes venus de Beyrouth entrent sur scène. Le premier morceau fait souffler une ambiance délicieusement rock dans la salle. Très vite, on comprend la forme que Maalouf a souhaité donner à sa création. Des plages entièrement musicales sont agrémentées d’une succession de pauses,  où l’on verra passer des ensembles contrebasse, basses, guitares électriques, et pianos, des acteurs interprétant tour à tour une femme de ménage ,  un professeur de direction d’orchestre, un boulanger, un avocat.

Mais surtout Yann Frisch. Magicien grandose. Il réconcilie subtilement théâtralité et prestidigitation. Plongé dans l’alcool et les cartes, il nous livre grâce à une caméra placée au dessus de la table une leçon de magie virtuose. Les cartes virevoltent, on se demande bien d’où il a pu acquérir cette rapidité dans le geste. Il n’hésite pas non plus à faire participer le public, se livrant à véritable numéro de clown. À tel point que le trompettiste libanais est parfois contraint de le rappeler à l’ordre. Dans un très beau geste, le magicien terminera en faisant disparaitre la trompette du compère Maalouf: quoi de plus symbolique pour un musicien que de perdre son instrument?

Pari risqué, pari relevé

Pour qui a déjà assisté à des créations proposés par des festivals culturels, on est parfois pas loin de frôler la catastrophe: il manque bien souvent une ligne directrice à l’oeuvre entière, donnant l’impression de se perdre dans les méandres de procédés mis en place par le compositeur sans vraiment en voir le bout. Même si tout n’est pas parfait dans ces « cartes sur table » de Maalouf, celle-ci échappent à « l’impression-brouillon ». Si cela peut parfois se faire au profit de quelques facilités, mélodies mielleuses ou « pop », on sent une réelle volonté de laisser les jeunes interprètes s’exprimer un maximum, que ce soit en théâtre, danse ou musique. Intention louable d’un musicien qui aurait pu se contenter de plus habituel: à la prochaine Mister Maalouf!

 

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