Climat houleux sur la Roma Pride

Saint André des Arts

Le moment ne pouvait être mieux choisi. Alors que la France, malgré les menaces de l’Union-Européenne, s’embourbe dans une polémique dont elle aurait bien pu se passer, s’est ouvert jeudi une nouvelle édition de la Roma Pride, évènement qui se déroule cette année dans 16 pays à travers le monde. Moment-clef de la manifestation: la soirée d’ouverture. Cette année, celle-ci avait lieu au cinéma « Le Saint-André des Arts », haut-lieu du cinéma d’auteur, pour un soir transformé en temple des associations et militants travaillant en lien étroit avec les populations Rroms migrantes. Retour sur une soirée mouvementée.

Sur le papier, la proposition est alléchante: assister à l’avant-première d’un film réalisé avec des familles Rroms de Bosnie, primé au dernier festival de Berlin, en présence du réalisateur, sur invitation de la pétillante Anina Ciuciu. Arrivé devant l’institution la plus courue de la rue Saint-André des Arts, on retrouve des têtes connues, des militants de la première heure. Après une courte attente, les organisateurs se décident à ouvrir la salle à un public impatient.

À l’origine de l’organisation de la soirée, « La règle du jeu », revue dirigée par Bernard-Henri Lévy, l’EGAM, mouvement antiraciste européen, et l’Union française des associations tsiganes (UFAT): le ton est donné.  Le journaliste Raphaël Haddad se chargera ensuite d’animer les débats. Les rideaux se rétractent: place au cinéma.

Hiver bosniaque

« An episod in the life of an iron picker » est un film sur un héros banal, un héros du quotidien. Dans un petit village de Bosnie, vit une famille Rrom avec ses deux filles. Un jour, la mère est prise de douleurs gastriques: le mari l’emmène à l’hôpital mais ils ne bénéficient pas de l’assurance sociale. L’homme va tout faire pour faire soigner sa femme, courant, traversant les routes enneigées de Bosnie.

On sort du film avec l’impression d’avoir assisté à une belle leçon de vie, où la solidarité du village où se déroule l’intrigue laisse admiratif. On pourrait presque se demander, et la Roma Pride dans tout ça? Principal intérêt de la diffusion du film: les acteurs recrutés pour le tournage sont tous issus de la communauté Rrom bosniaque.

Dispute sur la forme, consensus sur le fond

« Tout le monde me disait, tu ne peux pas faire ça. Je me suis dit, il faut faire quelque chose, il y a un truc à faire. Tout le village était très sympa. J’ai été très surpris que le festival de Berlin sélectionne le film. Je suis très fier que mes compatriotes puissent découvrir au travers de mon film un village Rrom. Ce sont nos voisins mais on ne les connais pas. Ce sont des gens qui sont dans la merde » admet Danis Tanovic, réalisateur du film.

Il continue: »La Bosnie est aujourd’hui un pays où vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez. Les gens se méfient les uns des autres. Le pouvoir facilite les divisions. La Bosnie a besoin de l’Europe pour être sauvée ». Face à lui, la jeune étudiante en droit Anina Ciuciu élargit le débat à la polémique lancée par Manuel Valls en France: « il y a une banalisation du racisme, une forme d’antitsiganisme. Martin Luther King mettait l’éducation au centre de tout: les Rroms peuvent être intégrés grâce à la scolarisation ».

Vient le temps de laisser la parole à Alexandre Romanès, fondateur du cirque éponyme, visiblement agacé par le film qui vient d’être projeté. « Vous nous mentez dans votre film. Ne parlons pas de Rroms, c’est un mot dénigrant. Je vous le dit, vous devriez avoir honte d’avoir fait un tel film » affirme-t-il. En réaction, Anna Pitoun, documentariste présente dans le public, réplique: « Les Rroms du film sont des héros. Je salue les organisateurs du festival de Berlin qui ont eu le courage de le sélectionner ». Si les discours dissonent, tous sont réunis pour dénoncer un acte politique qui ne passe pas: au fond, quoi de plus important?

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Une réflexion sur “Climat houleux sur la Roma Pride

  1. Rom ou Rrom est tout sauf un nom dénigrant , il est synonyme de  » Festif  » quand jouent les grands de la Musique des Balkans Goran et autres , il est aussi festif quand résonnent les Tarafs divers et variés , il est culturel quand on lis certains écrivains Rroms ou Sinto , Manouches ou Gitan , Rom est l’origine de la grande Migration de l’an 1000 , l’expliquer ici serait long , mais Alexandre devrait revisiter le passé pour accepter son présent et construire son avenir ! Rom est tout sauf dégradant !

    Doudou Mariolo / Métis / Saltimbanque

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