Revue de presse #14: le rêve brisé des migrants de Lampedusa

Lampedusa

  • Belgique: « La traversée vers Lampedusa, ça ressemble à ça », 4 octobre 2013, La Libre Belgique

Le 17 mars 2011 à 23h, François de Labarre et son photographe embarquent sur le « Oum El Khir », un chalutier de 16 mètres. Coup de chance, la mer est calme « avec ce temps, même avec une planche, tu peux traverser la Méditerranée! », assure un pêcheur.

Mais la navigation s’annonce périlleuse malgré tout: le bateau est surchargé et n’est éclairé que par la lueur des écrans des téléphones portables. Au fil de la traversée, « une trentaine de corps se blottissent les uns contre les autres. Les deux battants d’un porte-bagages en fer ont été rabattus pour libérer un peu de place, mais l’espace manque. […] Impossible de fermer l’œil. » Sans oublier que le pilote, fin connaisseur des côtes tunisiennes, n’est jamais allé jusqu’à Lampedusa.

François de Labarre décrit alors la confusion du capitaine du bateau qui ne s’y retrouve plus entre la Sicile, Malte et la Calabre. Pendant ce temps-là, le bateau prend l’eau, lentement mais sûrement. Sa stabilité ne tient qu’au travail d’une pompe en fin de vie. Au fur et à mesure du trajet, l’arrivée « semble de plus en plus lointaine à mesure qu’on s’en approche ».

Au bout de vingt heures de navigation, alors que la panique gagne les passagers de l’esquif perdu en haute mer, c’est la libération… grâce au journaliste lui-même. Celui-ci prend l’initiative de prévenir les gardes côtes:  « Au téléphone, la capitainerie demande si la situation est grave. Je me contente d’expliquer que 120 personnes, dont la moitié ne sait pas nager, sont en train de devenir folles dans un bateau qui tangue au large. Et eux d’enchaîner: ‘Donc, rien de grave. On est en train de voir comment on peut arriver, tranquille, tranquille' ».

Embarqués par les secours, les clandestins posent le pied sur le sol européen. Ceux-là ont eu de la chance.

  • Liban: « Lampedusa: le massacre de la honte », 4 octobre 2013, L’Orient Le Jour

« Le massacre de la honte ». Tel est le titre qu’affichait en une la Repubblica, vendredi matin, après le naufrage au large de l’île de Lampedusa d’un bateau de migrant qui a fait au moins 130 morts et 200 disparus. Le quotidien italien qualifie le naufrage de « plus grande tragédie en mer des clandestins », avec des enfants et des femmes enceintes parmi les victimes.

Au dessus d’une photo montrant les dizaines de cadavres recouverts de linceuls verts, le quotidien consacre huit pages à la tragédie que le pape François, en visite vendredi à Assise (centre), a qualifiée de « honte ».

« Le massacre des migrants, l’Italie en deuil », titre également le Corriere della Sera, qui a choisi de ne pas mettre de photos de cadavres en une mais celle des survivants – quelque 150 – parmi les 450 à 500 Eyrthréens et Somaliens qui se trouvaient à bord de l’embarcation ayant pris feu au large des côtes de la petite île, située au sud de la Sicile (sud).De nombreux témoignages des pêcheurs ayant réussi à secourir les migrants parsèment les pages des quotidiens italiens, ainsi que celui de cette jeune Erythréenne donnée pour morte et sauvée par un garde-côte qui a entendu qu’elle respirait encore.

 « Aujourd’hui est un jour pour penser aux secours, un jour de pitié et de deuil. Mais une fois séchées les larmes, et montrés du doigt ces criminels qui vivent de la traite de tels désespérés, entassant 500 personnes dans une embarcation de quelques mètres de long, il sera temps de dire assez », écrit l’éditorialiste du quotidien, Gian Antonio Stella.

  • Chine: « Le Premier ministre maltais appelle à des efforts conjoints de lutte contre l’immigration », 4 octobre 2013, Xinhua

 Le Premier ministre de la République de Malte Joseph Muscat a appelé jeudi à des efforts conjoints au niveau de l’Union européenne (UE) pour lutter contre l’immigration illégale, alors qu’on craint la mort de centaines d’Africains dans le naufrage d’un bateau au large de l’île italienne de Lampedusa.Le bilan des morts suite au naufrage du bateau de migrants transportant environ 500 personnes pourrait dépasser les 200, d’après des rapports de médias locaux.

« Nous espérons que cela servira d’un appel à se réveiller pour l’UE. Nous faisons également part de notre solidarité au gouvernement italien — nous ne pouvons pas laisser un pays seul faire face à la migration, même si Malte n’est pas impliquée dans ce cas », a dit M. Muscat aux journalistes. Il a exhorté l’UE à trouver des solutions de long terme, tout en exprimant sa pleine solidarité avec les membres de la famille des victimes et avec le gouvernement italien.

Les autorités italiennes cherchent toujours des survivants au désastre de jeudi, alors que des dizaines de migrants sont toujours portés disparus. Le bateau long de vingt mètres a pris feu après que les migrants venus principalement de Somalie, d’Erythrée et d’Ethiopie, d’après les rapports médiatiques, eurent mis le feu à une couverture suite au départ du bateau afin d’attirer l’attention des bateaux de passage.

  • Algérie: « Vivre », 5 octobre 2013, El Watan

Malgré la crise, l’Europe est un paradis, tandis que l’Afrique, c’est l’enfer», disait tout récemment un immigrant africain. Au regard de la catastrophe qui vient de se produire au large des côtes italiennes, on dira de lui que c’est un miraculé, car il a réussi à franchir les barrières hérissées de barbelés entourant Mellila, l’enclave espagnole en territoire marocain. Ceux de Lampedusa et des milliers d’autres ont eu moins de chance. Des millions d’Africains en sont convaincus, et ceux-là ne rêvent que de partir, même si le rêve risque de se transformer en cauchemar. Comme pour ces centaines d’Africains qui ne verront jamais les côtes européennes. Ils sont morts en mer, leur embarcation ayant chaviré.

Mais dans ce cas-là, combien sont-ils, car il ne s’agit pas de voyages pour gens aisés ? Trop de tombes anonymes, des sans-papiers dans les cimetières européens, et même des cimetières d’immigrants clandestins, des harraga ainsi appelés en Algérie. Une véritable tragédie engendrée non pas par un désir de voir et même de vivre autre chose, mais de vivre, un sentiment propre à tout être humain. Et dire que dans un tel contexte, certains n’hésitent pas à affirmer que l’Afrique est le continent d’avenir. Mais pour qui, devrait-on alors s’interroger, si ses propres populations le fuient ? Un paradis pour les grandes puissances, et les multinationales très certainement au regard de la course aux richesses du sous-sol, souvent rares. Sans grand sinon sans le moindre impact sur les populations locales. Même les discours se font rares.

Les grandes promesses faites au nom de l’ONU au début de ce siècle ont toutes été perdues de vue. Eradication de la pauvreté, disait-on en 2000, avec un engagement chiffré et un agenda bien précis. Par leurs actes et des politiques qui ne sauraient être qualifiées d’irréfléchies, certains ont au contraire aggravé ce phénomène. Tous ceux qui y ont cru ne cachent plus leur amertume.

  • Afrique: « L’immigration en Italie en pleine croissance », 30 août 2013, Jeune Afrique

Cadavres rejetés par les flots, femmes accouchant sur les plages, clandestins épuisés et assoiffés arrivant en loques dans des embarcations de fortune… Depuis une vingtaine d’années, les habitants de Lampedusa vivent chaque semaine le drame des immigrants africains. Venu en juillet « pleurer les morts » de la petite île (territoire italien plus proche des côtes tunisiennes que de la Sicile), le pape François a fustigé « la mondialisation de l’indifférence ».

Si la gauche italienne a applaudi ses propos, la droite a relancé le débat sur le sort des immigrés. « Il y a une différence entre la prédication religieuse et la gestion par l’État d’un phénomène aussi difficile, complexe et insidieux », a rappelé Fabrizio Cicchitto, un député du Peuple de la liberté (PDL, le parti de Silvio Berlusconi). Des élus de la Ligue du Nord, formation régionaliste d’extrême droite, ont exhorté le souverain pontife à donner de « l’argent et des terres pour y mettre tous les extra-communautaires ». De quoi réveiller les démons xénophobes après les violences de Rosarno, érigées en symbole de l’intolérance à l’égard des étrangers et du laxisme des pouvoirs publics. En 2010, dans cette petite ville du coeur de la Calabre, des ouvriers agricoles africains s’étaient révoltés contre les agressions dont ils étaient victimes, avant de se faire chasser par la population à coups de pioche et de tirs de chevrotine.

La part des immigrés dans la population de la péninsule (61 millions au total) a triplé ces dix dernières années pour atteindre 7,9 %. Depuis un an, plus de 24 000 migrants ont débarqué sur les côtes italiennes et, ces six derniers mois, plus d’une quarantaine ont péri dans leur tentative. La plupart des immigrés enregistrés dans les centres d’accueil de Lampedusa arrivent du sud du Sahara : Somaliens (19 %), Nigérians (18 %), Érythréens (12 %), Ghanéens (7 %)…

  • Russie: « Italie: attribuer le Nobel de la paix à Lampedusa (vice-premier ministre) », 4 octobre 2013, Ria Novosti

Le vice-premier ministre et ministre italien de l’Intérieur Angelino Alfano se propose de lancer sans délai une campagne pour faire attribuer le prix Nobel de la paix aux habitants de l’île de Lampedusa, rapporte vendredi la chaîne de télévision SkyTG24. »J’entends en parler au premier ministre afin d’entamer dans les jours qui viennent les procédures nécessaires pour proposer Lampedusa pour le prix Nobel de la paix », a déclaré M.Alfano lors de son séjour dans l’île.

Auparavant, la proposition d’attribuer le prix Nobel de la paix à la maire de Lampedusa, Giusi Nicolini, et aux habitants de l’île pour leur aide à ces milliers d’immigrés qui débarquent pratiquement chaque jour sur la côte italienne a été formulée par les lecteurs du journal Corriere della Sera.Selon ces derniers, « Lampedusa montre au monde entier un excellent exemple de fraternité, de générosité et de sacrifice, en accueillant, hébergeant et donnant à manger quotidiennement à une armée de malheureux ».

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