Kronik Kultur #16

Au programme de cette seizième Kronik Kultur: Kechiche au delà de la polémique, du bashing médiatique; la voix magique de Lhasa de Sela, qui nous a malheureusement quitté trop tôt.

  • Cinéma: « La vie d’Adèle », Abdelatif Kechiche, 2013

Adele

Une entreprise de déconstruction, c’est long. Assis sur le velour rouge du MK2 Bibliothèque par une soirée quasi-hivernale sur Paris, difficile de ne pas tenir compte des nombreux échos autour du nouveau film d’Abdelatif Kechiche, que l’on avait laissé en  2010 dans le racisme du dix-neuvième avec sa Vénus Noire et la magistrale interprétation d’un Olivier Gourmet au meilleur de sa forme. Mais depuis mai 2013 et la folie cannoise, le bashing n’a pas arrêté: plainte de l’équipe technique ayant travaillé sur le film, colère de l’auteur de la bande-dessinée à l’origine de l’oeuvre cinématographique qui n’a pas été remerciée par le réalisateur au moment de se voir remettre sa Palme d’Or puis révélations en fanfare des deux actrices principales sur la difficulté du tournage.

Alors quand on arrive devant l’écran noir, on se dit: mettons tout ça de côté et concentrons nous sur l’oeuvre projetée puisqu’au cinéma, il n’y a que la qualité du film qui prime. Et là, on est bluffé: rare sont les moments où il nous est donné de voir des tranches de vie que l’on croirait sorti d’un documentaire, tant Abdelatif Kechiche opte pour ce que l’on pourrait qualifier comme « cinéma du réel », où l’en vient même à se demander si les actrices ne sont seulement qu’en train de jouer un rôle. C’est sans doute cela qui dérange: une impression de s’immiscer dans le quotidien d’un couple, même si rare sont les moments que l’on pourrait identifier à du voyeurisme.

Mais au fait, on parle d’un film sans en donner la teneur? Le pitch: Adèle a seize ans, sa routine, le lycée, ses amis. Poussée par ces dernières, elle sort avec Thomas, mais la relation ne dure pas et s’essouffle en quelques jours seulement. Au détour d’une rue, elle croise le regard d’Emma, la « fille aux cheveux bleus »: c’est le coup de foudre. Ne pouvant oublier cet instant, Adèle rêve, désire Emma. Avec leur rencontre qui s’en suit, Adèle découvre son attirance pour les femmes, tout en se construisant en tant qu’adulte.

Quelques mois après l’adoption de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, on pourrait penser qu’Abdelatif Kechiche surfe sur la vague: il n’en est rien. Le réalisateur nous raconte ici ce qui fait le lit du cinéma depuis des générations: la rencontre de deux êtres qui s’aiment éperdument. Seul ombre au tableau: on peut regretter le choix, sans doute militant, de proposer des scènes de sexes relativement longues: leur durée n’est pas justifié et donne des lourdeurs là où un montage différent aurait pu changer la donne. Adèle Exarchopoulos le conçoit comme un passage obligé pour le spectateur: soit, mais l’extrême densité du jeu des actrices est bien suffisant. Un film à voir, revoir et méditer.

  • Musique: Lhasa de Sela, une voix, une émotion

Lhasa

À ranger aux côté du club des 27. Elle, c’était en 2010, c’était à 37. Lhasa de Sala est à ranger dans ces artistes inclassables, armés d’un public fidèle mais peu médiatique. Né en 1972 aux États-Unis, d’un père écrivain et d’une mère photographe, Lhasa de Sela se fait connaître au public français en 1998 avec son album La Liorona, mélangeant des influences latinos, tsiganes ou encore klezmer. Viendront s’ajouter, à intervalle irrégulier, deux autres albums: The Living Road en 2003, Lhasa en 2009.

Une voix, Lhasa, c’est d’abord une voix. Son timbre vous transporte, vous transperce. Brel avait cette façon de vous faire vivre son récit, usant de ses mains, de son corps: Lhasa utilise le chant avec passion, la langue n’étant pas un rempart à la compréhension tant les intonations parlent pour elle-même. S’entourant du trompettiste Ibrahim Maalouf-que l’on aime beaucoup ici-sur l’un de ces derniers albums, elle sait trouver des musiciens et une instrumentation qui complètent habilement le chant.

Partie trop tôt, beaucoup trop tôt. Les mots de sa magnifique chanson La Confession ne peuvent que mieux conclure son évocation: « Je n’ai pas peur de dire que je t’ai trahi, par pure paresse par pure mélancolie. Qu’entre toi et le Diable, j’ai choisi le plus confortable. Mais tout cela n’est pas pourquoi. Je me sens coupable, mon cher ami!  Je n’ai pas peur de dire que tu me fais peur. Avec ton espoir et ton grand sens de l’honneur, tu me donnes envie de tout détruire, de t’arracher le beau sourire. Et même ça n’est pas pourquoi je me sens coupable ».

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