La fureur de vivre des Romanès

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On avait quitté Alexandre Romanès il y a quelques semaines dans ce lieu improbable: un terrain abritant un chapiteau dont on ne soupçonnerait la présence depuis le long boulevard qui nous y emmène depuis la porte de Champerret. En ce vendredi soir d’octobre, on le retrouve pour une toute autre raison: le cirque Romanès inaugure en fanfare son nouveau spectacle, « Voleurs de poules ». Reportage.

À l’entrée du chapiteau, Sandrine Bonnaire vous accueille une louche à la main pour vous servir un vin chaud: l’ambiance est posée. La chaleur commence doucement à monter, on en viendrait presque à se mettre en t-shirt. Le public est un joyeux melting-pot: beaucoup de journalistes, des militants associatifs, des enfants assis au premier rang, quelques étudiants. Comme tout bon spectacle, celui-ci ne commence pas à l’heure. Mais plus que cela, une chose frappe: la simplicité de l’accueil. Personne à l’entrée pour vous demandez si vous êtes invité alors que c’est bien une avant-première qui a lieu ce soir. Un indice important pour la suite de la soirée.

Une trompette, un chien et un jongleur

Après des applaudissements dignes d’un public en pleine attente, les représentants des fidèles partenaires du cirque ouvrent la soirée: Edwy Plenel pour Médiapart, Olivier Poivre d’Arvor pour France-Culture. Bien sûr, l’agitation ambiante est dans toute les têtes, mais ce soir, les Romanès nous transportent autre part: on est à Paris, on pourrait être à Bucarest ou Sofia.

Rideau. Un orchestre fourni fait son apparition: trompette, contrebasse, saxophone, violon ou encore guitare manouche. La voix énergique de Délia Romanès vient supporter le tout. Arrivent ensuite des acrobates roulant accrochés au milieu d’un énorme cerceau. Impression de départ: l’improvisation et la sensation que tout ça n’est pas complètement maîtrisé.

Pourtant, c’est tout l’inverse. Les numéros se succèdent à un rythme impressionnant où les musiciens n’ont pas un moment de répit. Tel un jukebox, les musiciens enchaînent morceaux sur morceaux, on reconnaît des tubes , « Iag Bari », « Bubamara », sortis tout droit d’une BO d’Emir Kusturica. Pendant les numéros, la musique n’est là que pour rythmer les mouvements des acrobates, jongleurs et autres équilibristes. Elle se retrouve parfois au premier plan lorsque les musiciens entrent au centre de la piste.

L’autodérision d’Alexandre Romanès

Pendant une grande partie du spectacle, le fondateur du cirque reste en retrait, amenant un élément du décor par ci, attachant la corde d’un acrobate par là. Lorsqu’il se fait artiste, il revêt les costumes d’un dresseur de chien: simulant un coup de feu, celui-ci s’effondre. Fou-rire de la salle assuré. Mais, Alexandre Romanès va plus loin: s’accrochant à une corde dédiée aux acrobates, il tente en vain de s’y hisser. Pour se prouver à lui-même qu’il n’est pas le seul à ne pas y arriver, il convie un saxophoniste à s’y essayer. Joyeux mélange.

Énergie communicative

Le spectacle n’a pas de fin: on sort du chapiteau comme l’on y est rentré, dans la plus pure simplicité. Clou de la soirée: Délia Romanès invite Olivier Poivre d’Arvor à venir la rejoindre sur scène pour une danse endiablée avant qu’Edwy Plenel ne vienne les rejoindre pour une chorégraphie chaloupée. Puis, la musique reprend son bon droit sous les applaudissement nourris d’un public conquis.

Il y a de la vie, de la passion dans ce spectacle. Les enfants rentrent sur scène, les femmes s’assied aux côtés des musiciens: comme Kechiche arrive, par le 7ème art, à retranscrire au plus proche le réel, les Romanès nous proposent une tranche de vie pleine d’enthousiasme. Une réelle fureur de vivre.

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2 réflexions sur “La fureur de vivre des Romanès

  1. « Aujourd’hui, j’ai reçu
    une convocation de la police
    pour aller en prison,
    mais j’ai aussi écrit deux poèmes.
    C’est quand même une belle journée »

    signé, évidemment: Alexandre ROMANES (sur l’épaule de l’ange, page 46, Gallimard, 2010)

    Et aussi:
    «  »Je ne comprends pas tout,
    mais ce que je comprends
    est merveilleux »
    (page 39)

    Et aussi:
    « Les pensées étaient groupées
    dans un coin du jardin,
    comme si on avait voulu
    les protéger du vent
    et des hommes. »
    (page 53)

    Et si je pouvais, j’en mettrai bien d’autres de ce jongleur de mots et de sentiments.

    Merci pour votre reportage de la soirée…ça donne tant envie d’y être, juste une soirée de parenthèse hors-Liban!!

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