L’Égypte sous le joug militaire

Égypte:

On l’avait quitté cet été dans un état apocalyptique. La place Tahrir s’était de nouveau remplie, mais pour des raisons bien plus sombres que ce que l’on avait en 2011 qualifié de « révolutions arabes ». Alors que l’Égypte a été relégué au second plan après le réveil médiatique autour de la Syrie en septembre, qu’en est-il aujourd’hui? Synthèse.

« Nous nous trouvons actuellement dans une phase délicate qui reflète la tourmente dans laquelle se trouve les relations américano-égyptiennes. Dire autre chose ne serait pas honnête » a déclaré aujourd’hui Nabil Fahmy, ministre des affaires étrangères égyptien. En effet, les États-Unis viennent de geler leurs aides au Caire, qu’elles soient financières ou militaires, en représailles de la répression qui a fait suite à la destitution de l’ancien président Mohammed Morsi en juillet. « Nous attendons des progrès crédibles vers un gouvernement civil démocratiquement élu » a déclaré la gouvernance américaine pour se justifier.

Prise de distance avec les États-Unis

Pour le ministre des affaires étrangères égyptien, il y a une volonté de son gouvernement de garder une entière souveraineté sur le pays: »l’Egypte s’est appuyée sur l’aide américaine durant trente ans, choisissant l’option la plus facile et ne diversifiant pas ses choix. Cela a amené les Etats-Unis à croire à tort que l’Egypte s’alignerait toujours sur ses politiques et ses objectifs ». Volonté délibérée de l’Égypte de démontrer son indépendance, plus particulièrement vers les pays du monde arabe hostiles à la puissance américaine? Ceci reste encore à vérifier.

Après la démocratie

Faut-il le rappeler? La chute de Mohammed Morsi correspond aussi à la chute du premier président élu démocratiquement. Si les militaires actuellement à la tête du pouvoir promettent la tenue prochaine d’élections, il n’en reste pas moins que c’est le plus haut gradé des militaires, le général Abdel Fattah al-Sissi, qui dirige le pays pour le moment, cristallisant l’opposition civils/militaires régnant depuis la révolution de 1952. Il est aussi à souligner que les États-Unis n’ont jamais qualifié la destitution de Mohammed Morsi de coup d’État, condamnant de manière plus floue une « regrettable répression ».

Aujourd’hui, demain

« Depuis qu’ils ont destitué Mohamed Morsi, le 3 juillet dernier, les militaires égyptiens sont entrés dans une logique éradicatrice. Des arrestation en masse ont été opérées dans les rangs des Frères Musulmans touchant notamment leurs cadres dirigeants » écrit l’universitaire Sophie Pommier dans Le Monde. L’avenir que le faits présents présagent à l’Égypte ne sont que peu optimistes: espérons que le pouvoir en place tienne ses promesses sur la tenue prochaine d’élections. Démocratiques comme il se doit.

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Kronik Kultur #16

Au programme de cette seizième Kronik Kultur: Kechiche au delà de la polémique, du bashing médiatique; la voix magique de Lhasa de Sela, qui nous a malheureusement quitté trop tôt.

  • Cinéma: « La vie d’Adèle », Abdelatif Kechiche, 2013

Adele

Une entreprise de déconstruction, c’est long. Assis sur le velour rouge du MK2 Bibliothèque par une soirée quasi-hivernale sur Paris, difficile de ne pas tenir compte des nombreux échos autour du nouveau film d’Abdelatif Kechiche, que l’on avait laissé en  2010 dans le racisme du dix-neuvième avec sa Vénus Noire et la magistrale interprétation d’un Olivier Gourmet au meilleur de sa forme. Mais depuis mai 2013 et la folie cannoise, le bashing n’a pas arrêté: plainte de l’équipe technique ayant travaillé sur le film, colère de l’auteur de la bande-dessinée à l’origine de l’oeuvre cinématographique qui n’a pas été remerciée par le réalisateur au moment de se voir remettre sa Palme d’Or puis révélations en fanfare des deux actrices principales sur la difficulté du tournage.

Alors quand on arrive devant l’écran noir, on se dit: mettons tout ça de côté et concentrons nous sur l’oeuvre projetée puisqu’au cinéma, il n’y a que la qualité du film qui prime. Et là, on est bluffé: rare sont les moments où il nous est donné de voir des tranches de vie que l’on croirait sorti d’un documentaire, tant Abdelatif Kechiche opte pour ce que l’on pourrait qualifier comme « cinéma du réel », où l’en vient même à se demander si les actrices ne sont seulement qu’en train de jouer un rôle. C’est sans doute cela qui dérange: une impression de s’immiscer dans le quotidien d’un couple, même si rare sont les moments que l’on pourrait identifier à du voyeurisme.

Mais au fait, on parle d’un film sans en donner la teneur? Le pitch: Adèle a seize ans, sa routine, le lycée, ses amis. Poussée par ces dernières, elle sort avec Thomas, mais la relation ne dure pas et s’essouffle en quelques jours seulement. Au détour d’une rue, elle croise le regard d’Emma, la « fille aux cheveux bleus »: c’est le coup de foudre. Ne pouvant oublier cet instant, Adèle rêve, désire Emma. Avec leur rencontre qui s’en suit, Adèle découvre son attirance pour les femmes, tout en se construisant en tant qu’adulte.

Quelques mois après l’adoption de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, on pourrait penser qu’Abdelatif Kechiche surfe sur la vague: il n’en est rien. Le réalisateur nous raconte ici ce qui fait le lit du cinéma depuis des générations: la rencontre de deux êtres qui s’aiment éperdument. Seul ombre au tableau: on peut regretter le choix, sans doute militant, de proposer des scènes de sexes relativement longues: leur durée n’est pas justifié et donne des lourdeurs là où un montage différent aurait pu changer la donne. Adèle Exarchopoulos le conçoit comme un passage obligé pour le spectateur: soit, mais l’extrême densité du jeu des actrices est bien suffisant. Un film à voir, revoir et méditer.

  • Musique: Lhasa de Sela, une voix, une émotion

Lhasa

À ranger aux côté du club des 27. Elle, c’était en 2010, c’était à 37. Lhasa de Sala est à ranger dans ces artistes inclassables, armés d’un public fidèle mais peu médiatique. Né en 1972 aux États-Unis, d’un père écrivain et d’une mère photographe, Lhasa de Sela se fait connaître au public français en 1998 avec son album La Liorona, mélangeant des influences latinos, tsiganes ou encore klezmer. Viendront s’ajouter, à intervalle irrégulier, deux autres albums: The Living Road en 2003, Lhasa en 2009.

Une voix, Lhasa, c’est d’abord une voix. Son timbre vous transporte, vous transperce. Brel avait cette façon de vous faire vivre son récit, usant de ses mains, de son corps: Lhasa utilise le chant avec passion, la langue n’étant pas un rempart à la compréhension tant les intonations parlent pour elle-même. S’entourant du trompettiste Ibrahim Maalouf-que l’on aime beaucoup ici-sur l’un de ces derniers albums, elle sait trouver des musiciens et une instrumentation qui complètent habilement le chant.

Partie trop tôt, beaucoup trop tôt. Les mots de sa magnifique chanson La Confession ne peuvent que mieux conclure son évocation: « Je n’ai pas peur de dire que je t’ai trahi, par pure paresse par pure mélancolie. Qu’entre toi et le Diable, j’ai choisi le plus confortable. Mais tout cela n’est pas pourquoi. Je me sens coupable, mon cher ami!  Je n’ai pas peur de dire que tu me fais peur. Avec ton espoir et ton grand sens de l’honneur, tu me donnes envie de tout détruire, de t’arracher le beau sourire. Et même ça n’est pas pourquoi je me sens coupable ».

Le Gorafi, le journalisme et la satire

Le Gorafi

On pouvait s’attendre à un raz de marée, il n’en fut rien. M’étant moi-même préparé à l’éventualité d’une salle bondée, j’avais pris la précaution de réserver mon billet à l’avance. Au final, en ce samedi soir automnal, le Forum des Images paraît bien banal: quelques personnes déambulent devant l’accueil, pendant que d’autres se prélassent un verre à la main au bar de l’établissement. Moi, je ne suis pas là pour ça, je n’attend qu’une chose: rencontrer l’équipe du Gorafi. Je vais être servi.

Quelle bonne idée a eu le Forum des Images en proposant une carte blanche à la rédaction du Gorafi dans le cadre de son festival « Qui fait l’info« , auquel vous pouvez encore assister jusqu’au 31 octobre prochain et qui propose une approche cinématographique des médias autour d’une rétrospective de pas moins de 50 films. Hier soir, l’équipe du journal satirique avait choisi de projeter, non sans raison, « Faites le mur » de Banksy. Le parallèle ne pouvait être mieux choisi.

Du pouvoir de l’imposture

Dans son film, le street-artiste britannique s’attèle à un ingénieux story-telling: Thierry Guetta, français cinglé et attachant exilé aux États-Unis pour y ouvrir une friperie, filme tout ce qu’il fait depuis qu’il s’est trouvé en possession d’une caméra. Un jour, il se fixe l’objectif de réaliser un documentaire sur le street-art. Son rêve-ultime: rencontrer Banksy. Grâce à une chance inouï, il parvient à faire sa rencontre. Impressionné par la passion de son nouveau protégé, Banksy le pousse à réaliser ses propres oeuvres: Thierry Guetta devient artiste sous le nom de « Mr Brainwash », organise une gigantesque exposition dans les anciens locaux de CBS à Los Angeles.

La gloire est lancée. Mais une gloire au parfum d’imposture: Mr Brainwash copie vulgairement les street-artistes qui l’ont précédé, mais aussi Andy Warhol. L’imposture mise en abîme dans le film l’est aussi dans la réalisation: impossible de savoir si Banksy n’a pas inventé de toute pièce le personnage de Mr Brainwash, s’il n’est pas lui-même Mr Brainwash, ou si tout simplement Banksy existe. Où se situe le fake? Les élements de réel? Mystère.

Du pouvoir de la satire

« Banksy correspond bien à ce que l’on fait » annoncent les deux membres de la rédaction du Gorafi présents pour débattre avec  le public après la projection. « On peut légitimement se demander: à quel point Banksy est-il de mèche avec Mr Brainwash? » continuent-ils. La modératrice du débat fait justement remarquer qu’à aucun moment, ni dans le générique de fin, ni dans celui du début, le nom de Banksy n’est mentionné comme réalisateur.

« Banksy n’est pas le premier à le faire. Il s’inscrit dans le mouvement des mockumentary, des oeuvres se présentant sous les traits d’un documentaire sérieux mais qui ne sont en réalité qu’un leurre. On peut citer l’excellent Forgotten Silver de Peter Jackson: diffusé sur la chaîne néo-zélandaise TV One, il tentait de démontrer que le cinéma n’avait pas été inventé par les frères Lumière mais était en fait une pâle copie d’une invention venue de Nouvelle-Zélande. À l’époque, beaucoup de téléspectateurs ont peu apprécié le fait d’avoir été dupés » affirment les deux journalistes du Gorafi.

Si les deux compères du journal satirique arrivent à garder leur sérieux un moment, cela ne dure pas. À une journaliste-stagiaire de Rue89 souhaitant déposer son cv pour postuler au journal, ils répondent: « on est en train de réfléchir avec Jean-François Bussière, notre patron, pour racheter Rue 89 ». Mais pour le moment, pas de réponse au choix du film de ce soir: « L’une des clefs de ce film est la question de la forme. Une de nos grandes idées au journal,que nous appliquons au quotidien, c’est que le fond c’est la forme. Nous aspirons à un maximum de rigueur dans l’écriture de nos articles afin de leur assurer une crédibilité ».

Naissance d’un mouvement

Dans le public, beaucoup aimeraient savoir qui se cachent derrière ce journal satirique à l’influence grandissante. « Nous n’avons pas une démarche d’anonymat mais notre identité importe guère. Nous sommes tous des auteurs, nous sommes un mélange de vocation et de délire. Nous sommes nous-même des journalistes de la presse populaire, il faut bien manger! » déclarent-ils.

Se sentent-ils les précurseurs d’un mouvement? « Nous ne sommes pas les seuls à faire ça. Aux États-Unis, vous avez The Onions qui s’est lancé en 1988. D’après certaines infos, ils seraient au courant de notre initiative: c’est flatteur. Mais notre maître à nous, c’est Pierre Dac et l’os à moelle (…). Face au succès que nous rencontrons, nous avons une forme de fierté mélangée à de l’inquiétude: pendant que l’on fait de l’audience, la presse connaît des heures difficiles et il y a une défiance grandissante de la population face aux médias ».

Apolitique

Face à la démarche de Banksy et son mockumentary, la rédaction du Gorafi se définit comme des concepteurs de faits. « On est plus débile que Le Petit Journal de Canal. Surtout, on préfère la satire à part entière. On n’est pas du tout dans une démarche militante comme peut l’être le collectif Humour de droite. On tape sur tout le monde. On n’est pas non plus dans le canular comme peuvent l’être les Yes MenIls sont crus et cherchent à bluffer de A à Z ».

Modestes, les deux membres de la rédaction du Gorafi concluent leur intervention de la sorte: « On n’a pas créé un mouvement, on n’invente jamais rien. On bénéficie simplement de la liberté d’expression permise en France, ce qui est une chance à saisir. » Je crois que je ne vais pas tarder à déposer mon CV.

Revue de presse #15: La paix, le Nobel et Malala

Malala

  • Liban: « Malala Inc., une formidable machine de communication », 12 octobre, L’Orient le Jour

La jeune Pakistanaise Malala Yousafzai, propulsée militante internationale pour le droit à l’éducation après avoir survécu à une attaque des talibans, dispose d’une formidable machine de communication, qui a contribué à diffuser son message et à faire d’elle une star.

À 16 ans seulement, l’adolescente qui vit désormais au Royaume-Uni s’était hissée dans la liste des favoris pour le prix Nobel de la paix. Elle a reçu le prix Sakharov, elle s’est exprimée à la tribune des Nations unies, a publié son autobiographie et a été invitée par la reine Élisabeth II au palais de Buckingham. Des honneurs dignes d’un chef d’État qui lui valent d’être assaillie de demandes d’interviews du monde entier. Son message a fait le tour du monde, d’autant qu’il est relayé par l’une des plus grandes entreprises de relations publiques, Edelman, qui compte parmi ses clients les géants Starbucks et Microsoft. La firme représente gracieusement Malala et sa famille depuis novembre 2012.

La jeune militante bénéficie aussi de l’attention bienveillante de l’ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, envoyé spécial de l’ONU chargé de l’éducation. Il lui a rendu visite à l’hôpital de Birmingham en Angleterre où elle était en soins intensifs et a pris fait et cause pour son engagement. C’est lui qui a organisé la prise de parole de la jeune fille devant les Nations unies, où elle a lancé un vibrant appel à « l’éducation pour tous les enfants », en juillet 2013. « Il a une relation assez proche avec la famille de Malala, en particulier avec son père », explique une source proche de M. Brown. À la demande du père de Malala, M. Brown a aussi personnellement contacté un associé de la société de conseil McKinsey, dont l’une des représentantes, Shiza Shahid, amie de la famille Yousafzai, préside le fonds Malala en faveur de l’éducation des filles. Un fonds, qui a reçu le soutien prestigieux et hautement médiatique de l’actrice Angelina Jolie.

  • Russie: « Nobel de la paix, reconnaissance de la sagesse de la Russie », 11 octobre 2013, Ria Novosti

L’attribution du Prix Nobel de la paix à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) constitue une reconnaissance du rôle de la Russie, qui a formulé les initiatives de paix pour désamorcer le conflit en Syrie, a estimé vendredi le sénateur russe Valeri Riazanski. « A mon avis, c’est la reconnaissance de l’efficacité de la solution proposée par la Russie à la communauté internationale pour résoudre la crise syrienne », a déclaré à RIA Novosti M.Riazanski.

Et d’ajouter qu’avec cette décision, les académiciens suédois avaient confirmé leur attachement au règlement pacifique du conflit en Syrie.Selon le sénateur, la décision du Comité Nobel est un prix attribué à la Russie pour sa sagesse.Le Prix Nobel de la paix a été décerné vendredi à l’Organisation pour l’OIAC chargée de superviser le démantèlement des arsenaux chimiques en Syrie.

Fin septembre, l’OIAC a approuvé un plan de destruction des stocks d’armes chimiques en Syrie. Ce pays, en proie à un conflit civil, a adhéré à cette organisation à l’initiative de la Russie, qui cherchait à éviter des frappes occidentales contre ce pays. Aux termes du plan agréé par l’OIAC, les équipements servant à fabriquer les armes chimiques doivent être détruits d’ici novembre 2013 et les arsenaux au cours du premier semestre de 2014.

  • Algérie: « Celui de la paix a été décerné hier à l’OIAC: l’aura dynamitée du prix Nobel », 12 octobre 2010, El Watan

Annoncée quasiment récipiendaire de la prestigieuse distinction du Nobel de la paix, Malala Yousafzai, a finalement servi de petit lièvre à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) engagée à «plein gaz» en Syrie. De même que le gynécologue Denis Mukwege, réputé pour son aide aux femmes violées dans l’est de la République démocratique du Congo.

Pour de nombreux observateurs, la version 2013 du Nobel de la paix est plus un cadeau qu’un mérite. Pas spécialement pour avoir frustré la jeune Pakistanaise. Quel est donc cet exploit réussi par l’OIAC pour avoir droit à ces grands honneurs de l’académie du Nobel ? De s’être exécuté en envoyant une équipe d’experts pour détruire les stocks d’armes chimiques de Bachar Al Assad ? C’est pour le moins un argument spécieux pour plaider la cause d’une organisation créée en 1997 pour de mettre en œuvre la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) signée le 13 janvier 1993.

Beaucoup ont dû découvrir l’existence de l’OIAC à la faveur de la décision du Conseil de sécurité, le 28 du mois passé, de la charger de superviser l’opération de démantèlement des armes chimiques syriennes d’ici au 30 juin 2014. Une mission inspirée par la proposition du président russe, Vladimir Poutine, de mettre l’arsenal chimique syrien sous contrôle international… Tant qu’à faire, il aurait été plus juste de décerner ce prix au maître du Kremlin qui, par cette proposition, a court-circuité de justesse des frappes militaires contre la Syrie en septembre dernier.

Mais le comité Nobel ne voulait visiblement pas offrir une telle fleur à Poutine au risque de s’attirer des ennuis de la part des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni notamment. Pour autant le président russe est certainement loin de mériter une telle distinction, ne serait-ce que pour les horribles massacres qu’il a ordonnés en Tchétchénie et le traitement qu’il réserve à ses opposants. Cela dit, le prix Nobel de la paix plus que les autres perd irrémédiablement de son clinquant.

  • Iran: « Nobel à l’organisation pour l’interdiction des armes chimiques et Poutine alors », 11 octobre 2013, IRIB
Le prix Nobel de la paix 2013 a été attribué vendredi à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).Cet organisme a été récompensé pour « ses efforts considérables visant à éliminer les armes chimiques », a annoncé le comité Nobel norvégien sur son compte Twitter.

« Les événements en Syrie, où des armes chimiques ont été utilisées, soulignent le besoin d’accroître les efforts pour se débarrasser de telles armes », a déclaré le président du comité Nobel, Thorbjoern Jagland.M. Jagland a égratigné au passage les Etats-Unis et la Russie pour n’avoir pas totalement détruit leurs stocks d’armes chimiques avant la date limite fixée en avril 2012.  le président Poutine a été le candidat à ce prix et on se demande pourquoi, lui, homme qui a empêché l’embrasement du Moyen Orient via le déclenchement du désarmement chimique syrien n’est pas récompensé.

  • Belgique: « Traîtresse ou héroïne, c’est selon », 11 octobre 2013, La Libre Belgique
Un an plus tard, la compassion a laissé place à la méfiance. Alors que Malala accumule les récompenses et qu’elle se voit honorée du prix Sakharov du Parlement européen, ce jeudi, les théories conspirationnistes véhiculées par les partis islamistes se répandent sur Internet. On publie des photos annotées. C’est sûr, Malala n’a jamais été blessée. Elle travaille pour la CIA. Son agression est une mise en scène des Américains pour ternir l’image du Pakistan.
Le gouvernement qui condamnait les talibans l’an dernier, n’a pas été réélu, lors des législatives du printemps. Le nouveau pouvoir, emmené par le premier ministre Nawaz Sharif, veut entamer des pourparlers de paix avec les combattants islamistes. Le 9 septembre, une conférence multipartite organisée à l’initiative du Premier ministre a publié une déclaration approuvant cette stratégie pour mettre un terme aux attentats. Les talibans sont devenus fréquentables.
« Nos élites dirigeantes sont trop faibles pour contrer les talibans et galvaniser la population » , déplore Ayaz Amir, homme politique et éditorialiste influent. Qui ajoute : « Le parti au pouvoir, la Ligue musulmane du Pakistan, a été élu grâce à son bastion électoral de la province du Penjab. Il veut éviter de froisser les talibans par peur des représailles dans son fief. »
La crainte de la PML-N n’est pas sans fondement. Voilà vingt ans que Nawaz Sharif tolère la présence de groupes terroristes sunnites au Penjab. En 2008, l’ASWJ, une organisation antichiite, avait même retiré son candidat dans une circonscription pour faciliter l’élection de Shahbaz Sharif, le frère du Premier ministre, à l’Assemblée provinciale du Penjab. Les spécialistes pakistanais de la mouvance djihadiste observent que le Mouvement des talibans pakistanais (TTP) a des liens avec les organisations terroristes sunnites du Penjab. « Orchestrer une campagne d’attentats dans cette région serait un jeu d’enfants pour les talibans » , assure Ayaz Amir.

Et les élections européennes dans tout ça?

UE

Elles sont les laissées pour compte de cette rentrée. Alors que le Parti Socialiste français, par la voix de son ministre de l’intérieur brandit les populations Rroms comme porte-drapeau du lancement de la conquête des élections municipales à venir, les élections européennes passent totalement à la trappe médiatique. Pourtant, l’Europe, les pays de l’Union, l’Euro sont dans une période charnière. Désintérêt de la population? Exacerbation de la sacro-sainte « souveraineté nationale »? Synthèse.

« 24% des personnes interrogées indiquent vouloir donner leur suffrage au FN, juste devant l’UMP (22%). Le PS ne recueille que 19% d’intentions de vote » indique un sondage IFOP publié le 9 octobre pour Le Nouvel Observateur. Alors que les partis de droite comme de gauche sont actuellement obsédés par la montée d’un Front National ne souhaitant plus être qualifié d’extrême-droite, la prospective autour des prochaines élections européennes est riche d’enseignements. Celles-ci doivent se tenir entre les 22 et 25 mai 2014 afin d’élire 751 députés européens, représentant environ 500 millions d’habitants. Autant dire que ce ne sont pas des élections de second-plan.

Souveraineté nationale versus autorité supranationale

Et pourtant, elles ne passionnent pas les foules. Une preuve de taille: le taux d’abstention à ce type de scrutin. Aux dernières élections de 2009, on pouvait compter sur quasiment 60% d’abstention, alors qu’il se situait autour de 57% en 2004. Alors d’où vient le problème? Quelle explication à ce désintérêt croissant? Sans doute la difficulté pour les états-membres d’accepter le pouvoir d’une autorité supranationale. En témoigne l’impossibilité de la mise en place d’une véritable force militaire européenne. Malgré la mise en place de la monnaie unique depuis 2002, le retour aux anciennes monnaies est régulièrement mis sur la table par certains des pays-membres.

Pied de Nez

Vous pourriez me dire: mais, pourquoi ce titre? Je m’explique. Avec les remous actuels provoqués par les récents propos de Manuel Valls, sonne un nouveau rappel à l’ordre de l’état français par l’Union-Européenne elle-même. En effet, déjà, à l’été 2010, lorsque Nicolas Sarkozy prononçait son désormais fameux « discours de Grenoble », l’UE était montée sur ses gardes, suspectant une forme de discrimination envers une population donnée. Aujourd’hui, c’est avec une polémique ouvertement électoraliste que la France est montrée comme le mauvais élève. On lui rétorquera: cela lui apprendra.

Retrouver l’esprit fondateur

Rappelons nous. Au sortir des deux guerres mondiales, quelques pays européens, sous l’impulsion du ministre français des Affaires Étrangères de l’époque, j’ai nommé Robert Schuman, décident de s’unir afin de ne pas retomber dans la barbarie, dans la continuité de la Société Des Nations (SDN). Déjà, l’émergence des conflits antérieurs avaient été favorisée par la revendications des Nations et l’éclatement des empires. Aujourd’hui, le repli sur soi, notamment représenté par les théories économiques de sortie de l’euro défendues par le Front-National, menacent le bien-fondé de l’Union. Alors n’oubliez-pas le mieux à faire: allez voter en mai prochain!

 

Génération Y, un concept dépassé?

Y

On les dit désabusés, blasés, sans projets, affaiblis par une crise qui n’en finit plus. Les « jeunes », si l’on peut utiliser ce terme sans tomber dans une généralisation à outrance, sont une catégorie de la population dont on ne saura sans doute jamais y capter une ambiance générale tant il y a diversité, une catégorie que le Politique redoute de par son côté incontrôlable. Il y a peu, certains analystes ont pu employer les expressions de « digital natives », de génération Y pour qualifier cette jeunesse que l’on a tant de mal à cerner. L’analyse vaut-elle encore aujourd’hui? Rien n’est moins sûr. Point de vue.

Mais au fait, pourquoi « génération Y »? Ce n’est que très récemment que j’en ai moi-même réellement compris le sens. L’explication est simple: le Y représenterait la forme du fil du baladeur qui pend sur le torse de ces jeunes connectés. D’autres tentent une explication par la phonétique, où le Y signifierait « pourquoi ». L’expression née chez les démographes et sociologue définit la population née à partir des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, ayant pour principal caractéristique d’avoir connu dès la naissance le numérique et ses usages, appelé dans le jargon communicationnel, NTIC, soit Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication.

Le numérique, et?

Si l’idée de « génération Y » séduit, c’est qu’elle est relativement consensuelle, elle ne fait que refléter une réalité démographique: oui, la génération née après 1980 est née le nez face à l’écran (admirez le jeu de mot). Mais, pourrait-on rétorquer, et alors? Que peut nous dire une telle donnée? Quel est l’impact de cette réalité spécifique? C’est là que les choses deviennent intéressantes.

Individualisme. Le mot est lancé, le mot est lourd. Il ne concerne pas que la jeunesse: de nombreux sociologues s’intéresse actuellement à l’étude de la société française à l’aune de l’individualisme. Et pour les jeunes? Il est sans doute le vecteur le plus intéressant de compréhension de l’impact de l’ère numérique. En effet, si le Y représente ce casque vissé sur les oreilles croisé quotidiennement dans les couloirs du métro. Plus que le casque, c’est l’écran, c’est l’écran ou les écrans qui sont aujourd’hui l’outil d’une multitude de nos activités, où nous agissons bien souvent seul face à lui.

Individu, groupe, dilemme

La ritournelle de l’individualisme est attrayante mais il serait simplificateur d’en faire une donnée générale. En effet, en parallèle d’un usage individuel des NTIC, la mode est depuis maintenant plusieurs années aux réseaux sociaux, ces endroits où une main et un pouce vont jusqu’à se monnayer. Là, l’on se retrouve suivant ses centres d’intérêt au travers de « groupes », on interagit avec ses amis, si tant est que le terme n’ait pas perdu son sens originel.

Si la tendance est à la sociabilité, voir la socialisation numérique, on ne peut sans doute pas poser de véritables certitudes sur cette jeunesse que l’on tente, non sans mal, de définir. En effet, deux tendances se superposent: il devient impensable de ne pas avoir sa page Facebook et son compte Twitter pour ne pas être « déconnecté », mais l’on reste seul à gérer cette vie parallèle. Alors peut-être, faut-il la voir cette vie parallèle comme en continuité du reste. Plus que rupture, pensons élargissement du champ des échanges.

Génération Quoi?

Les concepts de « digital natives », de « génération Y » sont sans doute des outils intéressants de compréhension, mais ils ne sont pas magiques. La société évolue, la jeunesse avec: l’essence de cette dernière se mesure aujourd’hui, dans le présent, non dans des concepts figés. À l’initiative de France 2, des sociologues se sont lancés dans une vaste enquête, justement intitulée « Génération Quoi? », interrogeant des jeunes sur la manière dont eux-même se perçoivent, se représentent leur futur. L’initiative est à saluer: ce n’est qu’en prenant son pouls régulièrement que l’on peut tenter de comprendre une population donnée. Une leçon que le Politique aurait dû depuis longtemps intégrer.

Kronik Kultur #15

Au programme de cette quinzième Kronik Kultur, une radio qui évite avec raison le mainstream, une série télévisée israélienne plus qu’addictive.

  • Radio: Nova, ondée d’air frais dans le PAF

Nova

Mieux vaut tard que jamais. Jusqu’à aujourd’hui, votre chroniqueur n’avait jamais prêté l’oreille à cette radio si excentrique dans le Paysage Audiovisuel Français (PAF): mal lui en a pris. Aujourd’hui, il est addict. Mêlant programmation musicale à la fois pointue et accessible, Radio Nova a su trouver le bon compromis entre identité propre délurée et risque de marginalité, évitant de tomber dans une prétention parisianiste.

Nova n’est pas toute jeune: héritière d’un passé de radio-libre, elle est fondée en 1981, vous savez cette année où la fièvre rose envahissait la France, par le journaliste Jean-François Bizot, de la fusion de Radio Ivre et Radio Verte (ça ne s’invente pas).  Si la radio garde un statut relativement confidentielle, essentiellement diffusée en région parisienne, elle a tout de même vu passer de nombreux animateurs ayant ensuite eu leur heure de gloire, tels qu’Ariel Wizman, Karl Zéro ou encore Fréderic Taddeï.

Pour résumer l’ambiance de la radio, rien de mieux qu’un extrait d’une interview de Jean-François Bizot:«L’underground c’est ce que le politiquement correct saccage, l’anti-Ségolène royalisme, tu vois ce que je veux dire. Non? Bon. Alors, savoir faire un pas de côté, se risquer à faire ce que l’époque ne prend pas en compte. Avoir ses grands-parents chez soi, si tu veux. Personne le fait. Et toi, tu as tes grands-parents chez toi? Non? La déclaration underground, ça fait toujours procès. T’as qu’à répondre qu’ils sont morts.». Si vous n’avez rien compris, c’est normal, c’est fait pour.

  • Série: « Hatufim », Israël

Hatufim

Il y a « Homeland », il y a « Hatufim ». Il y a les États-Unis, il y a Israël. Avant que ne naisse son équivalent américain, la série israélienne faisait déjà des émules sur son propre territoire. Il faut dire que les deux intrigues ne sont pas exactement similaires: alors qu' »Homeland » traite du retour de militaires américains après une prise d’otage d’Al Qaida, où la CIA soupçonne la présence de taupes chez ces anciens otages, « Hatufim » narre le retour d’anciens soldats israéliens retenus pendant dix-sept ans en captivité en Syrie.

Quand « Homeland » s’attarde sur la paranoïa d’une agent de la CIA, « Hatufim » opte pour une approche psychologique de l’intrigue. Le noeu est à chercher dans la difficulté pour ces anciens otages de réintégrer leurs familles, leurs amis, après tant d’années éloignés des leurs.Réalisée par Gideon Raff, la série réunit des pointures du cinéma israélien, telles que Yaël Abecassis, que l’on avait déjà croisée chez Amos Gitaï ou Radu Mihaileanu, Mili Avital, que l’on a pu voir chez Jim Jarmusch, Wim Wenders ou encore Roland Emmerich.

« J’avais un sujet fort, lourd, sensible à traiter en Israël : les prisonniers de guerre. Je devais donc couvrir le plus de points de vue possible, le plus de réactions psychologiques possibles, celles des soldats, de leurs femmes, de leurs sœurs, de leurs parents… C’est un sujet tellement vif, d’une telle actualité, qu’il offrait une matière assez riche pour une grande diversité de personnages » confiait Gideon Raff en juin dernier au magazine « Télérama », lui qui a aussi participé à l’adaptation de la série israélienne aux États-Unis avec « Homeland ». « Hatufim » est une série à voir en ce qu’elle nous dit quelque chose sur la société israélienne actuelle, que l’on ne peut sentir si l’on n’a pas par exemple accès à la presse israélienne. À découvrir d’urgence.