Adjugé!

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A L’hôtel des ventes de Drouot, c’est un joyeux capharnaüm qui a lieu tous les jours de la semaine. Dans les salles de ventes c’est tout un monde qui se met en place. Reportage.

 

«Allez, 2000 euros pour cette œuvre ? Soyons fou !» : Eructant sur son estrade tel un pasteur devant ses fidèles, le commissaire-priseur a l’air entièrement dans son élément. En ce dimanche triste d’un mois de novembre qui voit les parisiens recouvrir leurs habits d’hiver, on se presse à la salle des ventes n°6 de l’hôtel Drouot à Paris, haut lieu des ventes aux enchères parisienne, quand Londres a son Sotheby’s. Le butin à conquérir ? Le fond photographique de l’Institut Catholique de Paris.

De vieux anglais et une poussette

 

Dans la salle, faite de moquette rouge et de tissus sombres tendus sur les murs, on s’attend à trouver un public haut de gamme, mélange de bourgeoisie et d’hommes d’affaire. On n’en est pas loin, mais il n’y a pas que ça : un couple venu avec enfant dans la poussette, des retraités émerveillés par la théâtralité de l’endroit, de vieux anglais négociant le montant de leurs enchères. A un vigil, un des acheteurs glisse: «Vous êtes nouveau ici ? Vous n’auriez pas vu ma femme ? Vous savez ce que c’est, une femme». Quelques mètres plus loin, une adolescente note frénétiquement sur son IPhone les mises de chacun des objets mis en vente.

Acheteur, un métier

 

Sur chacun des côtés de la salle, une rangée de tables interpelle. Derrière elles, une ribambelle d’hommes et de femmes, costar cravate et tailleurs de rigueur, restent concentrés, leur téléphone portable sur la tempe.  «Tu le connais l’homme au téléphone?» demande un acheteur à son voisin. «Sûrement un genevois!» répond du tac au tac l’intéressé. De fait, les acheteurs au bout du fil vont remporter la quasi-totalité des enchères de la séance: ici, l’argent vient de loin.

 

Derrière l’estrade, on est loin d’être marteau

 

Deux femmes retranscrivent en direct sur leurs ordinateurs l’évolution de la vente pour le site-internet de Drouot. A leur droite, un homme, comparable à un greffier, annonce le prix de départ des enchères. Au centre, se tient le maître du jeu :«Je suis David Nordmann, commissaire-priseur». Grand, distingué, l’homme a de quoi impressionner. Droit et histoire de l’art pour formation, cette éducation s’en ressent dans son approche des ventes, à la fois juge et artiste. Ce qu’il aime dans ce métier? «Je suis en permanence confronté à des objets d’art. Et puis, je rencontre tout un tas de gens passionnés!». Ici, si dans le public l’ambiance vire parfois au casino, derrière l’estrade, on est loin d’être marteau.

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Le zapping de l’info #1

Zapping

À l’ère d’internet, de réseaux sociaux, tels Twitter, qui constituent aujourd’hui des sortes de nouvelles agences de presse, difficile de ne pas se sentir submergé par l’information qui nous arrive. Chaque semaine, le « zapping de l’info » propose de vous remettre les pendules à l’heure. Vous avez perdu le Nord? On est votre boussole!

  • Monde: Alors que le mariage forcé reste un véritable fléau au Yemen, le parlement se penche sur l’examen d’une loi prévoyant de porter à 18 ans l’âge d’une première union. De son côté, Israël renonce à la construction de 23000 nouveaux logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est pour ménager son soutien américain. Pendant ce temps-là à l’ONU, la Chine, la Russie, Cuba et l’Arabie Saoudite intègre le Conseil des Droits de l’Homme. Plus anecdotique, au Venezuela, Nicolas Maduro mobilise l’armée contre l’inflation.
  • France: À l’heure de la montée des extrêmismes, illustrée par la Une xénophobe de l’hebdomadaire « Minute », Jean-Marc Ayrault tente de rassembler sa majorité. Au même moment, Jean-François Copé soutient la fronde autour de la réforme des rythmes scolaires, alors que les syndicats se disputent sur les stratégies à adopter. À Paris, c’est un tout autre sujet qui agace: les élus contestent l’idée du projet de « Grand Paris » d’unifier les différentes intercommunalités à partir de 2016. Dans le même temps, l’Assemblée Nationale vote la suppression du jour de carence des fonctionnaires. Un peu plus tôt, c’était le contrôle des lieux de privation de liberté qui s’alarmait de la situation des centres éducatifs fermés. Au même moment, la ville de Saint-Ouen, en banlieue parisienne, lance un appel à l’aide face à un camp Rrom installé dans sa ville.
  • Économie: Les députés discutent de l’optimisation fiscale des grandes entreprises. Bercy émet des réserves quant à un durcissement de la législation actuelle.
  • Culture: Pendant que Bob Dylan fait son grand retour au Grand Rex à Paris, un triptyque de Francis Bacon devient l’oeuvre d’art la plus chère jamais vendue, après avoir été acquise pour la somme de 142, 40 millions de dollars. Moins bling-bling, « Il faut beaucoup aimer les hommes » de l’écrivaine Marie Darrieussecq vient de recevoir le prix Médicis 2013. Pendant ce temps-là, plusieurs des membres d’un groupe de rock américain aperçus dans le film iranien Les Chats Persans sont assassinés par un des membres déséquilibré. On finit sur le quart d’heure nécro’: l’ethnologue Pierre Bonte vient de nous quitter.

Ne perdez plus le Nord: exigez la zappette!

Revue de presse #17: Iran, dégel ou mirage?

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  • Liban: « Iran: production en série d’un missile anti-missiles », 9 novembre 2013, L’Orient le Jour

L’Iran a commencé la production en série du missile anti-missile et anti-aérien Sayyad-2 (Prédateur-2), a annoncé samedi le ministre de la Défense Hossein Dehghan à la télévision d’Etat.Fonctionnant avec du combustible solide, « c’est un missile anti-missile et anti-aérien qui peut être utilisé contre les hélicoptères, les avions de combat et les drones », a déclaré le général Dehghan, lors d’une cérémonie.

La télévision a montré les images de l’usine, d’une demi-douzaine d’engins exposés ainsi que des images d’archives du test du missile, annoncé en avril 2011. Il s’agit d’une version améliorée du Sayyad-1, un missile sol-air de défense aérienne à deux étages, capable selon Téhéran d’atteindre des cibles à moyenne altitude et de déjouer les brouillages électroniques.

L’Iran a développé ces dernières années son programme balistique, en fabriquant de nombreux missiles de portées différentes. Téhéran assure qu’ils n’ont pas de vocation offensive mais servent seulement à assurer sa défense, alors que les Etats-Unis et Israël agitent le spectre d’une action militaire pour dissuader l’Iran de se doter de l’arme atomique.

  • Russie: « Genève-2: Moscou considères les tentatives d’exclure l’Iran inadmissibles », 7 novembre 2013, Ria Novosti

Les ultimatums de certains pays qui souhaitent exclure l’Iran des discussions sur le règlement pacifique du conflit syrien sont totalement inacceptables, car la conférence Genève-2 prévoit la participation de toutes les parties impliquées dans ce conflit, estime le vice-ministre russe des Affaires étrangères Guennadi Gatilov.

« Les tentatives de poser des ultimatums en ce qui concerne la participation de tel ou tel pays sont contreproductives et ne contribuent pas à créer un fond politique favorable à la convocation de la conférence », a déclaré M. Gatilov dans une interview au quotidien Rossiiskaïa Gazeta qui paraîtra vendredi.

Le vice-ministre répondait ainsi à la proposition de rayer l’Iran de la liste des participants à la conférence Genève-2. Cette proposition a été faite par le Qatar et l’Arabie saoudite qui ont menacé, en cas de refus, de boycotter ce forum international. Selon M. Gatilov, la tendance de certains Etats à dresser la liste des participants compte tenu de leurs intérêts politiques n’est pas de nature à assurer le succès de la conférence.

  • Algérie: « Accord sur le nucléaire iranien: on y est presque… », 10 novembre 2013, El Watan

Les négociations entre les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Chine et la Russie et l’Iran autour d’un «accord intérimaire» sur le programme nucléaire iranien, se sont poursuivies, hier, avec plus de sérieux et d’engagement à parvenir à un accord historique. Ils y étaient presque parvenus à Genève, n’étaient quelques «différences de vues» entre les représentants des grandes puissances, notamment la France, qui ont exprimé des réserves. Mais l’espoir reste intact de déblayer le terrain à un accord final qui semble emballer les autres pays européens et les Etats-Unis. L’Iran a prévenu que faute d’accord hier dans la soirée, au troisième jour des pourparlers, un nouveau round de discussions devrait être organisé plus tard et la négociation ne se prolongerait pas aujourd’hui.

La faute à l’insistance du chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, à demander un «engagement plus fort» de l’Iran sur certains volets de son programme nucléaire, susceptibles d’avoir une vocation militaire. Une position qui semble avoir chiffonné ses paires européens qui n’ont pas hésité à l’exprimer publiquement.

Comme il fallait s’y attendre, Israël qui ne conçoit pas des relations internationales sans crise, a très vivement mis en garde contre un éventuel accord avec l’Iran. Pour Tel-Aviv, la perspective d’une réconciliation entre l’Occident et l’Iran constitue presque une question de vie ou de mort. Un cauchemar à éviter, quel qu’en soit le prix.

  • Chine: « Le président iranien définit l’enrichissement d’uranium domestique comme une ligne rouge », 10 novembre 2013, Xinhua 

 Le président iranien Hassan Rohani a déclaré dimanche que l’enrichissement d’uranium domestique est la ligne rouge de l’Iran et aucune concession ne sera faite à cet égard, a rapporté Press TV.

Le président a tenu ces propos après trois jours de négociations intensives sur le nucléaire entre l’Iran et le groupe P5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France plus Allemagne) qui se sont terminées samedi à Genève, et au cours desquelles aucun accord n’a été atteint. Le monde doit faire confiance à l’Iran et au peuple iranien, pour que ces derniers puissent jouir de leur « droits nucléaires juridiques », a souligné le président, réaffirmant que son pays ne souhaite utiliser l’énergie nucléaire qu’à des fins pacifiques.

« Les droits des Iraniens et les intérêts nationaux sont notre ligne rouge, et incluent les droits nucléaires respectant les règlements internationaux et l’enrichissement d’uranium sur la terre d’Iran », a indiqué le président cité samedi par l’agence de presse officielle IRNA.

« Du discours aux actes, nous avons clairement démontré aux négociateurs que les menaces, les sanctions, les humiliations et les discriminations (pour faire revenir l’Iran sur sa décision) ne feront rien, et que l’Iran ne s’est jamais incliné face à une puissance et ne le fera pas », a affirmé M. Rohani au parlement iranien.

  • Iran: « Rafsandjani: le dialogue de Genève, un tournant dans l’histoire de l’Iran et du monde », 9 novembre 2013, IRIB
«Les négociations entre l’Iran et les 5+1, à Genève, sont un tournant, dans l’histoire de l’Iran et du monde», a souligné le Président du Conseil du discernement du bien de l’Ordre islamique, l’Ayatollah Hachemi Rafsandjani. «Si ces négociations positives avancent, elles auront d’importants résultats, en matière, entre autres, d’instauration de la sécurité, de l’usage de l’énergie, à l’échelle internationale, et de la stabilisation de la région», a-t-il indiqué.
Qualifiant d’exhaustif et d’intelligent, le plan proposé par la République islamique, pour ce round des négociations, l’Ayatollah Rafsandjani a fait remarquer : « Ce plan a montré que l’Iran n’est pas à la recherche de la production et de l’utilisation de l’arme nucléaire et n’a d’autre objectif que de faire valoir ses droits, par rapport à l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire ». Et le Président du Conseil du discernement du bien de l’Ordre islamique de conclure : «Le régime sioniste est isolé dans le monde. Si les 5+1 sont sincères, ils ne devront pas se laisser influencer par les extrémistes et les maximalistes».

Un Oeil sur #7: Antoine Boyet, rédac’ chef du Journal International

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  • Le journalisme, c’est une vocation pour toi?

Non, je ne pense pas. J’ai toujours été curieux. Depuis tout petit j’adore débattre de tous et de rien. Avoir des discussions sans fin. Reste que j’ai eu du mal à trouver un « journalisme » qui arrivé à me séduire. Je me souviens que j’empêchai souvent mon père de regarder le Journal de 13h de TF1. Pestant contre un « journalisme facile ». Je pense que j’ai pour l’instant plus un esprit universitaire. Plus sur un temps long. Mais depuis quelques mois, vouloir faire du concret sans filets de sécurité comme le permet le journalisme, ça me plaît énormément. Finalement j’aime cette tension, cette douce hystérie d’aller au cœur du sujet et de le rendre accessible. Être journaliste, ou vouloir le devenir, c’est aussi le meilleur moyen d’assouvir à plein sa curiosité, de toujours devoir apprendre et découvrir. J’aime faire découvrir, aussi.

  • Parles-nous un peu du Journal International dont tu es le rédac’ chef…

Comment résumer un tel projet ? Déjà et avant tout, c’est un projet d’une bande devenue potes autour du Journal International. Sans ça, je ne pense pas que ça aurait marché. C’est aussi la chance d’avoir pu réunir des personnes pleines de talents. Chacun fait progresser l’autre, nous avons tous beaucoup plus appris par la pratique que dans nos cursus universitaires…

Après bien sûr, c’est un projet a très grande ambition. Celle de s’établir comme un médias de référence dans son domaine, de concurrencer des publications comme le Courrier International ou le Monde Diplomatique, en proposant autre chose de plus nouveau et de plus actuel. Tous en devenant un véritable espace de formation, un média tremplin pour les jeunes journalistes et les étrangers.

Moins manifeste et plus dans la genèse, Le Journal International existe depuis 2008. Il s’agissait tout d’abord d’une honnête gazette universitaire distribuée au sein de la ville de Lyon. L’an dernier, nous avons décidé de lancer un site d’actualité avec trois articles par jours. Ce qui nous a permis d’être davantage reconnus. La rédaction traite uniquement de l’actualité internationale. Tout ce qui passe entre les mailles du filet des médias traditionnels, tout ce qu’ils jugent négligeable ou pas assez intéressant pour leurs éditions. Pour ce faire, nous disposons d’un réseau de 170 correspondants à travers le monde, composé d’étudiants en Erasmus et d’expatriés. Les correspondants sont notre force.

Le 10e numéro est sortir le 24 octobre en kiosque (et il est encore bien entendu disponible). Le magazine est présent dans les grandes villes de France ainsi que la plupart des pays francophones. Le tout sur 68 pages tirés à 12 000 exemplaires. Un journal professionnel en mode 3.0. Les lecteurs peuvent réagir en direct sur Twitter grâce aux Hashtags disséminés autour des articles, et ils peuvent même lire plusieurs articles traduits en langues étrangères (anglais, espagnol et portugais) grâce à des flashcodes. À découvrir un superbe reportage en Corée du Nord « le pays le plus fermé du monde », un invitation au voyage par le récit d’un épopée en voilier jusqu’à l’Antarctique, ou encore l’histoire délirante de Tiphoid Mary.

  • Le Journal International va connaître sa première sortie en kiosque, beau pied de nez à tous ceux qui annoncent la fin prochaine des journaux papier non?

Sincèrement – et même si je l’aime beaucoup, j’ai grandi avec elle -, je crois que la presse écrite quotidienne – et peut-être hebdomadaire – est vouée à disparaître. À moins de la révolutionner, c’est encore possible, mais je ne crois pas qu’il aura une assez forte prise de risque de la part des grands titres. Après je crois que le papier, c’est encore l’avenir, y’a tellement à faire sur ce support. Ce que nous avons voulu pour le JI10, c’est de faire un « objet ». L’info brute c’est essentiel, mais le lecteur attend aussi autre chose. Je ne citerai que deux exemples pourtant très différents dans leur concept : XXI et The New Yorker. C’est deux magazines (c’est le mot), essaye de proposer autre chose, de créer, d’innover, de surprendre. Une fois achetés, et tu les gardes pendant de longues semaines sur ta table basse.

  • L’actu de ces dernières semaines qui t’a le plus marqué?

C’est peut-être ça mon paradoxe, c’est quand je regarde l’actualité française, la plupart du temps, j’ai du mal à aller plus loin que le titre. Je mange de ce flux d’information, de nouvelles à longueur de journée. Et c’est vrai que j’aime ça. Mais de plus en plus, j’essaye de me poser 5-10 minutes pour lire un long papier. Celui qui est « unique », qui vient d’un journaliste présent sur le terrain…. Un papier qui ajoute une valeur ajoutée à la brève d’agence. Car en vérité dans 80% des cas quand on lit Le Monde, le Figaro ou même Libé, on lit l’AFP…. C’est dommage. Reste que je ne peux pas avoir une pensée pour les deux journalistes de RFI, un vrai drame.

  • Ton coup de cœur du moment (musique, cinéma…) ?

C’est plus vraiment un coup de cœur, mais je ne me suis toujours pas remis de la fin de Breaking Bad. Je suis un mordu de série. C’est une véritable révolution pour moi. Certaines séries sont des immenses chefs-d’œuvre (The Wire, Oz, The Shield, Carnivàle ,…), trop souvent minorés par rapport aux productions cinématographiques.

  • Tes projets pour les semaines, les mois à venir?

Je suis actuellement en Master 2 de Journalisme au sein de l’IEP d’Aix-en-Provence. Mon avenir immédiat, c’est de chercher un stage pour le mois de février. Pour découvrir une nouvelle rédaction et apprendre encore et toujours. Rencontrer aussi un maximum de journaliste et de découvrir ce métier à travers eux. Ensuite, je crois beaucoup au JI. L’on met tout en œuvre pour que l’aventure continue de grandir et de gagner en légitimité. C’est une idée folle, mais l’ambition est de créer un vrai nouveau média, et que notre rédaction soit viable. J’ai des doutes, mais ce sont de bons doutes. Mais j’ai aussi beaucoup d’espoir.

  • Un objet fétiche?

Je suis un gars assez mono-vestimentaire. C’est-à-dire que toute au plus, je n’ai pas plus de quatre Tee-shirts. Forcément en quelques jours le tour de remplacement est très vite fait. Mais j’aime bien. En ce moment, J’ai un tee-shirt Dewey [de la série américaine Malcom], les gens aiment le commenter. Ça me fait rire.

  • Le mot de la fin?

Je vous invite à acheter, à lire, à partager Le Journal International #JI10, sorti en kiosque le 24 octobre (en plus d’être mono-vestimentaire, je suis aussi mono-sujet !)

 

Le suicide chez les personnes âgées: fin d’un tabou

Vieillesse

Il n’est pas du genre à faire la Une des médias. On le trouve abordé sous l’angle d’une jeunesse dépressive. Le suicide des personnes âgées reste un sujet, on peut le dire, à la fois tabou et méconnu. Le 8 octobre dernier, le Comité National pour la Bientraitance et les Droits des Personnes Agées et des Personnes Handicapées (CNBD) a remis ses propositions à Michèle Delaunay, ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie. Quelles solutions apporter? Enquête.

Fin de journée aux urgences de l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Quelques infirmiers grillent une dernière cigarette avant de reprendre le travail. Des cas de suicide? Ils en voient tout les jours. «Pour les personnes âgées, c’est plus rare (…). Quand elles arrivent aux urgences pour tentative de suicide, on les déshabille et on met leurs vêtements au vestiaire pour qu’elles n’aient aucuns moyens de retenter.» confient Juliette et Marc, deux jeunes soignants. Pour eux, il y a encore du chemin à faire: «Lorsqu’une personne âgée prend trop de médicaments, c’est un appel à l’aide (…). Pourtant,  leur prise en charge par des psychologues est quasi inexistante».

Prévenir, le rôle des soignants

Proposition-phare du rapport rendu par le CNBD à Michèle Delaunay: la formation à la prévention du suicide pour les soignants confrontés au quotidien à l’accompagnement des personnes âgées. «Au Japon, l’expérience avait été menée de convier le public âgé dans les mairies pour lui expliquer les symptômes de la dépression, ce qui a réduit les passages à l’acte (…). En France, la prévention doit passer par une coordination interdisciplinaire» explique Anne-Sophie Rigaud, chef du pôle gériatrie à l’hôpital Broca (Paris) et coordinatrice du rapport. Pour elle, la prise en compte gouvernementale est encourageante: «Nous allons travailler avec le tout récent Observatoire Nationale du Suicide (…). En prévision d’une loi, le Ministère de la Santé va rendre des propositions début 2014».

Des initiatives locales

S’il n’y a pas pour le moment de plan national de prévention du suicide chez les personnes âgées, certaines régions sont précurseurs sur la question. « Dans les Alpes, un hôpital psychiatrique, sous l’impulsion du docteur Jean-Marc Blondel, fait des choses formidables depuis de nombreuses années(…). Sur ces modèles dispersés, le rapport propose une prévention en 3 points:  alerter, analyser, accompagner» explique Rémi Mangin de l’UNA, réseau de soins à domicile. Pour lui, aujourd’hui, le suicide n’est plus tabou: «Nous n’avons pas de mal à l’aborder avec les patients. Derrière le suicide, il y a une maladie: la dépression. D’où la nécessité d’un suivi médical».

Un sentiment de «perte»

Parler du suicide chez un public âgé, c’est aussi saisir les spécificités de ses symptômes. «Souvent les personnes âgées ont perdu trop de monde, ce qui peut s’accompagner d’une perte d’autonomie, souvent mal vécue. Ces pertes sont des facteurs de risque de dépression, voir de suicide» explique Marie-Claude Frénisy, psychologue-clinicienne au CHU de Dijon. La clef du problème? Le dialogue: « J’ai toujours constaté un soulagement de la part des personnes âgées que j’ai reçues lorsque je fais simplement la démarche de leur poser la question». Face à cette délicate problématique de santé publique, le travail de l’Observatoire Nationale du Suicide ne sera pas de trop. Prochaine étape: la remise d’un nouveau rapport du CNDB au Ministère de la Santé en décembre.

Chroniques de Cisjordanie #5

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Checkpoint. En une semaine de pérégrinations  en territoires palestiniens, c’est aujourd’hui la première fois que je me confronte directement aux soldats israéliens. En effet, durant toute la semaine, j’évitais les checkpoints en me faisant conduire dans un véhicule diplomatique du patriarcat de Taybeh. Ainsi, c’est pour me rendre ce matin à Jérusalem que j’ai pu faire ma première expérience d’un contrôle:  le bus s’arrête, les soldats, arrimés à leur fusil, montent, inspectent. Arrivés à mon niveau, ils demandent: « Do you speak arabic? No. Do you speak arabic? No, english.  » Quelques secondes plus tard, je comprend qu’ils s’amusent à me comparer à Farid El Atrache, célèbre joueur de oud égyptien.

Je vous parle de Jérusalem, mais aujourd’hui, ce n’était qu’une escale. On y passe en fait moins d’une heure pour faire du change. Notre destination finale: Bethlehem. Vous savez, la ville qui aurait vu la naissance du Christ, où les flots de pèlerins se déversent comme les américains à Disneyland. Arrivé sur place, on constate tout de même un calme relatif qui contraste avec la « tension sacrée » de Jérusalem. Certes, les boutiques de souvenirs y sont nombreuses, mais la ville a su garder un naturel qui manque à sa consoeur.

Bethlehem  aurait pu n’être qu’une visite architecturale où l’on cherche à sonder l’ambiance en s’imprégnant des conversations que l’on ne comprend pas à la terrasse des cafés, des restaurants, des stations-services, des boutiques de téléphonie, d’un bazar, s’il n’y avait eu cet évènement, pour le moins particulier. Sur la place de la mangeoire (je vous laisse deviner l’origine du nom), des chaises commencent à être disposés en milieu d’après-midi, des badaud commencent à s’attrouper. Je comprend un peu plus tard la signification de l’évènement: on fête le retour de 3 prisonniers palestiniens libérés en début de semaine par Israël.

Que dire d’une courte semaine passée en Cisjordanie? Sans doute, l’émergence d’une certitude: je reviendrai. Je ne peux pas oublier la permanence de ces murs, de ces grillages, de cette colonie qui nargue l’entrée de Ramallah. Je ne parviens pas à comprendre l’absurdité d’une situation où deux populations vivent côte à côte, certains adoptant une complète autarsie (les colons ayant leurs propres routes, supermarchés, écoles, stations-services…). Néanmoins, je ne suis pas pessimistes: le changement arrivera un jour. On ne peut se contenter de telle situation. Mais s’il doit se faire, ce sera de l’intérieur. Il y a encore du chemin.

Chroniques de Cisjordanie #4

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Pour revenir de Jérusalem à Ramallah, aucun problème de contrôle au checkpoint: sortir d’une frontière est bien plus simple que d’y rentrer. Le plus compliqué est de trouver l’emplacement de la gare routière qui, forcément, se trouve à Jérusalem-Est, alors que nous sommes pour le moment en plein coeur historique de la ville. Après une dizaine de minutes de marche, nous tombons sur l’institut culturel français de Jérusalem: sauvés! Nous demandons notre chemin à une des employés. Réponse de l’intéressée: « je ne sais pas du tout, je n’ai pas le droit d’aller à Ramallah ». Évidemment, Israël interdit à ses ressortissants de se rendre en Cisjordanie.

Jeudi. On souhaite se rendre à Bethléem, à environ 10 kilomètres au sud de Jérusalem. Pour y aller, il n’y a pas d’autres moyens que d’emprunter à nouveau un bus depuis Ramallah. Arrivé sur place, après avoir comblé les chauffeurs de notre accent anglo-franchouillard, on se rend rapidement compte qu’il n’y a qu’un bus dans l’après-midi qui dessert Taybeh. Notre temps étant compté, on se rabat sur une nouvelle destination: Jericho.

À quelle heure est le prochain bus pour Jericho? « 20 minutes » affirme le chauffeur. Une demi-heure plus tard, nous attendons toujours. La route pour Jericho est magnifique: des paysages rocailleux et secs de Taybeh, nous passons dans une véritable oasis où poussent palmiers et sycomores, après avoir arpentés quelques kilomètres de reliefs montagneux à toute allure sur une route tortueuse.

« Jericho, city of the moon » annonce un panneau à l’entrée de la ville. Ce qui impressionne dès l’arrivée, c’est la pauvreté du lieu: même si les territoires palestiniens ne sont pas connus pour leur richesse, les paysages de Jericho frappent par leur vétusté. Il n’est pas rare de croiser des maisons à moitié défoncées encore habitées, des serres en lambeaux où plus rien n’est cultivé. Au détour d’une rue, un palais luxuriant impressionne: c’est un musée construit par les russes dans la ville. D’où le nom de la rue qui lui fait face: « Dmitry Medvedev Street ».