L’homme au tablier noir

SB

Un vendredi soir au Sarah Bernhardt, place du Châtelet à Paris, le café-institution de l’apéro et de l’entracte du Théâtre de la Ville. La salle est bondée et dehors, il pleut sans discontinue. Sur la verrière, côté tour Saint-Jacques, l’eau ruisselle, donnant à l’endroit une ambiance de refuge.

 «Allez, une entrecôte!»: entre deux tables serrés, le corps du serveur se fraie subtilement un chemin, exécutant une danse à la chorégraphie mûrement travaillée, évitant de peu accidents et colères de clients. Derrière lui, sirotant un vin rouge, un homme tripote frénétiquement ses billets pour une représentation à venir.

 Un serveur replace les chaises, s’empare des verres à pieds, utilise deux doigts pour soulever poivrière et salière, lance un regard furtif à son collègue dans ses yeux qui disent l’ennui. Dans un local donnant sur la rue, version placard à balaie, un autre se retire pour vendre des crêpes aux touristes affamés.

 Une corbeille de pain tombe au sol près d’une table voisine. «Oh, tu sais, au point où j’en suis, je pourrais manger n’importe quoi!» murmure une femme attablée. Du fond de la salle, les bras croisés, l’homme au tablier noir observe la scène, impassible.

 «Vous allez voir, d’ici une heure, la salle sera vide» confiait plus tôt un autre de ces hommes en tablier. Véridique: le tripoteur de billets n’est plus là. Ce soir, au théâtre, on joue Peter Pan. Bien loin de Sarah Bernhardt.

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