Instantané de coiffeur

Instantané de coiffeur

« Oui allô? Aujourd’hui? Allez, demain c’est noël, je vous fait la coupe gratuite! ». Qu’il soit au dessus de la tête d’un client ou derrière la caisse, Guy Le Thiec est un personnage à lui-seul. Les bars ont leur pilier de comptoir, le salon de coiffure de la rue du Guesclin à Redon, petite bourgade de la périphérie de Rennes, a sa mascotte. Son agitation est simple: le salon de coiffure n’a pas engagé de secrétaire. Alors, dès que le téléphone sonne, c’est lui qui s’y colle.

 L’usine du ciseau

 Venir ici sans rendez-vous signifie dépendre du bon vouloir du maître des lieux. En bon manager, il surveille le travail de ses salariés sur les deux étages que constituent le salon, oscillant entre la décoration figée dans les nineties du rez de chaussée jusqu’au kitsch du deuxième étage et ses consoles de plastique rouge en forme de coquillage. Ajoutez à cela une drôle de répartition du personnel, où toutes les femmes sont concentrés sur le même niveau, et vous obtenez un établissement pour le moins singulier.

 «La température?»

 «deuxième étage pour vous!» m’indique Le Thiec, me faisant signe d’emprunter les escaliers. Arrivé en haut, je suis accueilli par la gente féminine du lieu. Ca discute beaucoup entre coiffeuses, peu avec les clientes. On parle des congés à venir que prendront les unes, de la permanente ratée réalisée par l’autre. «alors, je coupe comment?» demande la coiffeuse, interrompant ses collègues.

 Déjà, l’eau coule. Le temps du shampoing est arrivé. Les mains de la coiffeuse remuent énergiquement l’amas de cheveux, faisant mousser avec abondance la mixture. «La température?»: j’approuve d’un hochement de tête. Devant moi, une grand-mère simule l’ennui, fixant sans discontinu le minuteur placé droit devant elle. Plus loin, une autre feuillette sans envie un magazine people, plus occupée à épier la réussite de la coupe de sa voisine. De retour sur le fauteuil de cuir noir, je n’ai pas le temps de laisser mon esprit divaguer que la coupe est déjà terminée. Arrivée au rez-de chaussée, le maître du lieu m’interpelle: «vous faites plus sérieux comme ça!».

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