Dieudonné, esclavage, concurrence mémorielle: le point de vue de Louis-Georges Tin, président du CRAN

A l’heure où l’on s’étripe autour de l’«affaire Dieudonné», nous sommes partis à la rencontre de Louis Georges Tin, président du CRAN, célèbre pour avoir initié l’idée de réparations pour les descendants d’esclaves. Entretien.

Dieudonné domine la sphère médiatique depuis plusieurs semaines. Certains français d’origine africaine y voient un fervent défenseur de la mémoire de l’esclavage. Mais n’y a-t-il pas danger à se lancer dans la concurrence mémorielle?

L’expression de concurrence mémorielle date du courant des années 1980. L’antisémitisme, très présent en France dès le dix-neuvième siècle, a résisté à la seconde guerre mondiale: Il a fallu un travail pour que la mémoire de la Shoah soit reconnue. Aujourd’hui, les réparations ont été payées. Ceux qui disent que l’on en fait trop sur la Shoah se trompent.

La mémoire de l’esclavage a été beaucoup plus difficilement prise en compte. Aux États-Unis, on l’abolition de l’esclavage date de 1807. Pour la France, on retient la date de 1848: c’est faux! L’esclavage est aboli mais instaure des travaux forcés en Afrique Subsaharienne, un subterfuge pour maintenir la traite négrière.

Pour vous, Dieudonné, c’est un mauvais ambassadeur?

Oui, c’est un mauvais ambassadeur. Les gens font un mauvais calcul. Dieudonné dit des choses antisémites mais en même temps, il attire sur l’inégalité des traitements. Beaucoup de gens autour de Dieudonné sont antisémites mais à la base, il y a la colère d’une non-prise en compte pour les noirs et les arabes. De ce fait, je milite pour une véritable égalité mémorielle.

Quand François Hollande refuse en mai dernier, à l’occasion de son discours au Jardin du Luxembourg, les réparations que nous lui demandions, il contrevient à une de ses promesses de campagne. Les gens qui suivent Dieudonné se trompent de cible: plutôt que d’alimenter l’idée d’un complot juif, ils devraient demander des comptes au gouvernement.

La posture pro-israélienne d’instances officielles juives comme le CRIF n’a-t-elle pas brouillé les cartes face à Dieudonné?

Avant de vous répondre, un court aparté. Aujourd’hui, je constate qu’il existe 3 formes d’antisémitisme: classique (chez les catholiques traditionalistes), israélo-palestinien (chez les arabes) et un nouvel antisémitisme chez les noirs de France.

Je leur dis, soyez avec nous sur la question des réparations. Pour les noirs, il faut leur dire que les réparations sont un combat face à l’état français, il faut un traitement égalitaire. 

Ne faut-il pas décommunautariser les associations?

Les associations communautaires ont leur intérêt dans la complémentarité avec des associations aux principes universels: nous menons un combat transversal. Quand j’entends que ces associations ne devraient pas exister, cela me désole. Je ne me bat pas pour des minorités mais pour faire entendre notre voix.

Quel regard portez-vous sur l’enseignement de l’histoire de l’esclavage en France?

En France, il y a une sorte de mensonge persistant. Nous avons travaillé avec les éditeurs de manuels sur le sujet: on n’y traite que de l’histoire blanche. On y traite que l’histoire d’une minorité française. Il faut raconter toute l’histoire, celle des colonies. Il suffit de dire cela pour comprendre ce qu’il faut faire.

Ne pensez-vous pas que les universitaires ont une plus grande marge de manœuvre?

Je ne crois pas. Regardez les Subaltern Studies:ces travaux qui cherchent à se décentrer de l’Europe ne sont pas forcément très répandues en France. Mais le plus gros problème, c’est qu’il n’y a quasiment pas de spécialistes de l’histoire coloniale française. Même chose si vous voulez étudier l’histoire de l’Afrique pré-coloniale, vous n’avez quasiment personne qui s’y connaisse.

On s’imagine qu’avant la colonisation, il n’y a rien à dire, que ce n’est pas une histoire sérieuse. Une sorte de préhistoire! Mais l’histoire de l’Afrique est celle d’une transmission orale que les études occidentales ne prennent que peu en compte.

Aujourd’hui, où en est le gouvernement français sur la question de l’esclavage?

On ronronne. Au moins, avec la question des réparations, Nous avons réussi à diviser nos adversaires. La close de transparence avance. On a des discussions avec des entreprises. En refusant les réparations, L’État est complice de ceux qui ont commis l’esclavage.

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Revue de presse #19: Cannabis, vers une normalisation?

MC

  • Liban:  « J’ai attendu ce moment toute ma vie ! « , L’Orient le Jour, 3 janvier

Les adeptes du cannabis aux États-Unis pouvaient enfin ce 1er janvier consommer légalement de la marijuana à des fins récréatives dans un État de l’ouest du pays, le Colorado, à condition d’avoir au moins 21 ans, et jusqu’à 28 grammes de cannabis à chaque visite. Dans l’État de Washington, dans le nord-ouest du pays, les premiers magasins devraient ouvrir d’ici au printemps.

« J’ai attendu ce moment toute ma vie », explique Scott Van Pelt, 43 ans, en faisant la queue au petit matin devant le Kush Club à Denver dans le Colorado, bravant le vent froid. Il est venu par la route, un trajet de 7 heures, depuis le Texas ultraconservateur, pour être parmi les premiers clients légaux de cette boutique de cannabis qui vend l’herbe sous différentes formes, explique-t-il. Sur le comptoir des bocaux de semences et portent des noms évocateurs comme Fraises Kush, Amnésie, Diesel acide, Chèvre dorée ou Crack vert. On y trouve aussi des bonbons enrobés de THC, l’agent chimique actif du cannabis. Le propriétaire de la boutique, Darin Smith, s’attend désormais à accueillir quelque 400 consommateurs par jour, maintenant que la vente est légale, contre une centaine lorsqu’il vendait la drogue uniquement à des fins thérapeutiques.

Le principal groupe de pression pour la légalisation du cannabis, le Marijuana Policy Project (MPP), a salué dans un communiqué « la fin de la prohibition du cannabis », en référence aux 13 années (1920-1933) pendant lesquelles l’alcool était interdit aux États-Unis. Cette loi est une première sur le continent américain, où la politique combinait plutôt interdiction et répression pour les consommateurs, et lutte armée contre les producteurs et les trafiquants. Mais en mai, l’Organisation des États américains (OEA) (pays du continent hors Cuba), a publié un rapport invitant à étudier une éventuelle légalisation du cannabis. Et le 10 décembre, le Sénat uruguayen a approuvé la légalisation de la production et la vente de cannabis avec une mise en œuvre au premier semestre 2014.

  • Chine: « Le maroc s’attaque à la culture du cannabis », Xinhua, 6 août 2010

l’Agence pour la promotion et le développement économique et social des préfectures et provinces du Nord du Royaume (APDN) a-t-elle mis en place un programme alternatif, d’un montant annuel de 40 millions de Dirhams(DH 1dollar= 8.3DH), et qui vise à encourager les exploitants à opter pour des cultures alternatives autres que le cannabis. Par conséquence, les superficies de la culture du cannabis ont connu une réduction considérable ces dernières années, selon les résultats d’une enquête menée par l’APDN. En effet, la production potentielle totale de cannabis brut est estimée à 98.000 tonnes, et sa conversion en résine (haschisch) à environ 2.780 tonnes.

Les plus grandes diminutions ont eu lieu dans la province d’Al Hoceima, suivie de Taounate, et de Larache. La région de Ketama et Chefchaouen représente 20% de la production totale de cannabis, soit 10.000 tonnes par an, pour 27.000 hectares.

Environ 136.000 personnes sont directement concernées par la culture du cannabis.Le revenu brut potentiel pour les exploitants peut être estimé à environ 3 milliards de DH, un chiffre équivalent à 0,7% du PIB, estimé à 424,6 milliards DH. La population bénéficiant de la culture du cannabis est estimé à quelque 96.600 familles dans le Rif, cela représente un revenu brut d’environ 3.600 DH par personne, à comparer à un PIB par tête d’habitant de 14.106 DH pour l’ensemble du pays.

  • Russie: « Le pape François opposé à la légalisation des drogues », Ria Novosti, 25 juillet 2013

Lors de sa troisième journée au Brésil, le pape François s’est prononcé contre la légalisation des drogues, annoncent jeudi les médias brésiliens. »La libéralisation de l’usage de la drogue, telle qu’on la propose actuellement dans diverses parties de l’Amérique latine, ne permettra pas de réduire l’étendue et l’influence de l’addiction aux drogues », a déclaré le pape en inaugurant mercredi une aile réservée aux alcooliques et toxicomanes dans un hôpital de Rio de Janeiro tenu par des moines franciscains.

Récemment, le président uruguayen José Mujica a proposé de légaliser la vente de cannabis, confiant à l’Etat la commercialisation de la marijuana. Cela constituerait selon lui un moyen de lutter contre la délinquance et les trafiquants de drogue.

  • Iran: « La France couvre l’action du roi du Maroc! », Irib, 4 décembre 2013
Alors que l’organisation des Nations unies a classé le Royaume chérifien au premier rang des pays producteurs de cannabis, le gouvernement français tente de le blanchir.Le souverain marocain a vraisemblablement fait actionner ses relais pour soigner son image. Ce qui parait toutefois étrange dans cette affaire c’est le silence observé par le gouvernement et le Parlement algériens devant cette offensive qui a pour objectif de dédouaner le pouvoir marocain qui produit la plus grande quantité de cette substance qui gangrène la planète: le cannabis.
La France qui a pris la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies pour un mois à partir du 1er décembre envisage d’organiser le 18 décembre un débat sur le trafic de drogue. Sa cible l’Afrique de l’Ouest et le Sahel alors qu’elle ne peut ignorer que le Maroc déverse des tonnes de cannabis sur le territoire algérien et sur l’ensemble du globe.«Le trafic de drogue est une cause importante de déstabilisation, notamment en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Pour soutenir les Etats de la région face à ce fléau, j’ai voulu que la France organise le 18 décembre un débat au Conseil de sécurité afin de mobiliser la communauté internationale contre ce phénomène», indique le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, dans un communiqué publié le 2 décembre.
Le chef de la diplomatie française omet sans doute volontairement de nommer le pays responsable de ce contexte. Des voix se sont pourtant élevées pour tirer la sonnette d’alarme pour souligner la connexion de ce type de trafic avec les groupes terroristes ainsi que le danger qu’il représente pour la région du Maghreb et du Sahel. «Le fléau des stupéfiants qui cible les peuples de la région maghrébine et du Sahel africain s’avère plus dangereux que par le passé en raison de la situation de crise et d’instabilité que connaît la région», a fait remarquer le spécialiste des affaires de sécurité, Omar Benjana, qui s’était exprimé dans le cadre d’une conférence qu’il avait animée lors des travaux de l’université d’été (2013) des cadres du Polisario qui s’est tenue à Boumerdès (une quarantaine de km à l’est d’Alger).
  • Belgique:  « Miley Cyrus fume un joint aux MTV awards d’Amsterdam », Le Soir, 12 novembre 2013

La chanteuse pop américaine Miley Cyrus a de nouveau joué la provocation en fumant un joint de cannabis après avoir reçu le prix de la meilleure vidéo lors des MTV European Music Awards remis dimanche à Amsterdam. Récompensée pour le clip « Wrecking Ball », l’ancienne actrice connue pour le rôle titre dans la série de Disney « Hannah Montana », simplement habillée d’un body blanc ultra-moulant, a déclaré: « Je n’ai pas de place dans mon sac pour le trophée mais j’ai trouvé ça… ».L’ex-enfant star, âgée de 20 ans, a alors sorti de son sac Chanel un joint en partie consommé sur la scène du Ziggo Dome d’Amsterdam, qui possèdent de nombreux coffe shops où elle a été photographiée ces jours derniers en compagnie du DJ néerlandais Afrojack. Le plus grand vainqueur de la soirée a malgré tout été l’icône planétaire du hip-hop Eminem qui a remporté deux Awards, mais à qui Miley Cyrus a quelque peu volé la vedette en « twerkant » sur scène avec Little Britney, une naine dans une tenue en latex. Elle avait suscité sa première grande controverse en août aux MTV Video Music Awards à New York. En duo avec le chanteur Robin Thicke, elle avait offert, en bikini couleur chair, une interprétation provocante de « Blurred Lines », frottant ses fesses contre l’entrejambe du chanteur, la langue sortie, et jouant de façon suggestive avec un énorme gant de mousse au doigt pointé.

Un oeil sur #8: Valentin Chatelier, cofondateur de « Regards d’Etudiants »

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  • Comment t’es venue l’idée de « Regards d’Etudiants » ?

Ce projet est né d’un constat que je me suis fait avec mon frère, Quentin Chatelier, avec qui j’ai fondé Regards d’Etudiants. Celui que ces derniers sont dévalorisés, méprisés, exclus des débats de société. Quand je regarde la plupart des émissions TV (que je ne citerai pas), je n’ai pas l’impression de vivre dans le même monde. On n’y parle que de soirées, d’alcool et de drogues. Je n’ai pas l’impression que ce soit l’image que l’on renvoie. Quotidiennement, je rencontre des étudiants passionnés de politique, de culture, d’actu, de musique… Je vois des étudiants capables de débattre, d’argumenter. Il y a une réelle capacité à participer aux débats de société.

L’objectif de ce média est de leur permettre d’apporter une analyse sur les sujets qu’ils souhaitent, de montrer qu’ils en sont capables. Au travers d’articles, de reportages, et pour très bientôt de vidéos et cafés-débats, nous voulons montrer le vrai visage de ces étudiants.

Regards d’Etudiants est un média d’opinion : chacun prend réellement position sur le sujet qu’il traite. Ni de droite, ni de gauche, toutes les opinions sont acceptées (tant qu’elles respectent la loi). Je ne me permettrai jamais de refuser un article sous prétexte que je ne suis pas d’accord avec ce que dit l’auteur. L’idée est d’apporter une réelle diversité.

  • Ta plus grande fierté avec « Regards d’Etudiants » ?

D’un point de vue collectif, ma plus grande fierté avec Regards d’Etudiants est d’être arrivé à construire un média rassemblant des étudiants de tous horizons, toutes catégories sociales et toutes positions politiques. Ceux qui ont écrit viennent de France, des Etats-Unis, de Chine, du Québec, de Tunisie, de Pologne ou de Russie, sont de gauche, de droite, du centre ou apolitiques, sont intéressés par la politique ou la détestent, préfèrent la musique ou le cinéma. Peu importe, nous nous sommes rassemblés pour créer ce média qui a deux mots d’ordre : la diversité et la valorisation de la parole étudiante.

D’un point de vue personnel, ma plus grande fierté est d’avoir interviewé Alfred de Montesquiou, prix Albert-Londres 2012, pour son livre « Oumma, un grand reporter au Moyen Orient ». Souhaitant m’orienter vers ce métier, lire son livre et pouvoir lui poser des questions sur ses reportages et son métier a été un vrai bonheur.

  • Le journalisme, pour toi, c’est une vocation ?

Dès mes 10-11 ans, un projet familial m’a de suite orienté vers le journalisme. On interviewait des personnes ayant vécu à l’étranger ou originaires d’autres pays pour qu’elles nous racontent le fonctionnement de l’école là-bas. Tous les mois, nous sortions un journal papier, vendu dans ma ville, dans le but d’informer et de collecter. Au total, ce sont plus de 50 systèmes éducatifs que nous avons faits découvrir.

Par la suite, mon goût pour l’actualité et mon attrait pour le Moyen Orient ont confirmé ma vocation : celle de devenir reporter dans cette région si complexe, mais passionnante.

  • Aujourd’hui, époque où Twitter remplacerait presque un fil AFP, tu ne penses pas que les journalistes ne servent à rien?

A mes yeux, c’est justement dans cette période, où les réseaux sociaux (Twitter, mais pas que) sont devenus une source d’information importante, que les journalistes sont les plus importants. Comment être sûr que l’information est vraie ? Comment par exemple un « twittos » lambda peut savoir si la photo qu’il partage n’est pas un montage ? Il ne peut pas. Les journalistes ont, entre autres, la mission de vérifier les informations. C’est un métier, il s’apprend, et ce n’est pas Twitter qui pourra supprimer cet outil indispensable à toute démocratie.

Par ailleurs, un journaliste apporte également une analyse. Même si cela se fait beaucoup, il ne doit pas seulement diffuser les dépêches de l’AFP ou autre. Une analyse précise, argumentée, expliquée simplement, voilà ce que j’attende de lui. Et ça, aucun réseau social ne pourra le lui enlever.

  • Tes coups de cœur du moment ?

Mon dernier coup de cœur pour un livre a été pour « Rapporteur de guerre » de Patrick Chauvel. Récit passionnant d’un photo-journaliste qui a eu le courage de partir à 17 ans apprendre son futur métier sur le terrain, en Israël. Courage ou folie, je ne sais pas. Mais en tout cas, plus de 40 ans après, c’est une référence dans ce milieu.

Sinon au niveau cinéma, le dernier film sur Mandela. Un grand film, pour un grand homme. Il a su rester respectueux, tolérant, et tendre les bras à ceux qui lui ont fait vivre un enfer pendant plus de 18 ans. Le réalisateur a très bien su analyser ce point, chapeau.

  • Un totem, objet fétiche?

Entre Twitter, les alertes d’actu, articles de fonds et autres, je ne peux vraiment pas sortir sans mon téléphone. Ce n’est peut-être pas un totem (il ne faut pas abuser), mais c’est devenu un outil indispensable.

  • Le mot de la fin?

Tout d’abord merci à toi de m’avoir interviewé, c’était un plaisir. J’espère que les articles que tu écris pour ce blog continueront à être de cette qualité.

Si j’avais un dernier mot, il serait adressé à tous ceux qui pensent encore que les étudiants sont ceux que l’on voit dans la plupart des émissions TV. Regardez vraiment qui ils sont, allez les rencontrer, discutez avec eux, écoutez-les. Je vous assure, tous les à priori que vous pouvez avoir disparaîtront.

Pour aller plus loin: Regards d’Etudiants