Chroniques d’Haïti #5

IMGP9573

Oloffson. Pour tout expatrié, humanitaire en quête de soirées mondaine, journaliste de passage, c’est le lieu de villégiature idéal. Situé avenue Christophe à Port au Prince, l’hôtel est un véritable havre de paix dans l’agitation permanente de la capitale haïtienne. Ici, on se bat pour louer la chambre qui, jadis, avait été occupée par l’écrivain britannique Graham Greene, connu pour son roman Les comédiens, inspiré du régime du terrible dictateur François Duvalier. Le propriétaire de l’hôtel, Richard-Auguste Morse, musicien et passionné d’art vaudou, organise chaque jeudi une soirée festive avec son propre groupe de kompa.

Nation. A force de discuter inlassablement avec des écrivains, musiciens, slameurs, critiques littéraires ou journalistes, il ressort une même envie de définir, de penser ce qui fait l’haïtien. Terre de passage, terre d’émigration depuis les beaux débuts de Toussaint Louverture, elle a pourtant dû faire face une forte scission entre blancs, mulâtres et noires. Pour certains, c’est dans l’oubli de la couleur de peau qu’Haïti pourra se relever. Pour d’autres, c’est dans la mise sur pied d’un état, d’un gouvernement lavé de la tare nommée «corruption». Il y a du mouvement, des engueulades et prises de bec, mais on sent la recherche permanente d’idée nouvelles pour remettre sur pied la première république noire de l’histoire.

Panthéon. C’est un bâtiment au kitsch assumé: situé sur la place du Champs de Mars à Port au Prince, le musée du Panthéon nationale est une sorte de condensé de la mémoire officielle du pays. A côté des dépouilles conservées ici de Toussaint Louverture, Pétion et Dessalines, fondateurs du pays, le musée retrace deux siècles de l’histoire d’Haïti, avec un rapide aparté sur la découverte par Colomb et la période esclavagistes. Dans la dernière salle du musée, une frise présente la liste complète des chefs du gouvernement haïtien: on s’imagine alors voir les visages de Nicolas Sarkozy et de François Hollande au Panthéon parisien. Dans une salle à part, une exposition se consacre à l’art contemporain haïtien, concentré d’influences vaudou, de récup’ et d’art occidentalisé: si le ministère de la culture ne daigne pas subventionner la plupart des créations artistiques haïtiennes, il trouve ici une belle vitrine pour contredire cette vérité.

Digicel. Sur les murs des maisons, des universités, sur les blouses de vendeurs ambulants, dans les spots de publicité à la télévision, la Digicel est partout, allant même jusqu’à financer des écoles et proposer sa propre «Star Academy». La Digicel? Principal opérateur de téléphonie mobile du pays, il a révolutionné la consommation téléphonique des haïtiens en diminuant fortement le coût des appels, comme Free a pu le faire récemment en France. Plutôt appréciée des haïtiens, dirigée par un belge, la compagnie est néanmoins critiquée pour avoir financé la rénovation du fameux «Marché de fer» de Port au Prince, principal succès de la calamiteuse commission Clinton (création post-séisme de l’ONU pour coordonner l’organisation de l’aide humanitaire). Alors que la Digicel n’était qu’actionnaire minoritaire du «Marché de fer» à ses débuts, elle en posséderait aujourd’hui plus de la majorité. Confusion public/privé? Haïti n’en est pas à son coup d’essai.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s