«Le Mali, c’est pas la Corse!»

Le Tribunal de Grande Instance de Paris (crédit: DR)

Le Tribunal de Grande Instance de Paris (crédit: DR)

Mercredi 10 décembre, devant la 16ème chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris, a débuté le procès des djihadistes de l’Hay les Roses, un groupe de six hommes soupçonné d’avoir voulu partir combattre aux côtés d’AQMI en Afrique. Le premier jour s’est concentré sur l’audition du principal suspect: Cédric L.

Un marteau-piqueur.  C’est ce qui nous parvient d’une fenêtre ouverte sur le quai des Orfèvres. C’est aussi ce qui gène la compréhension des prévenus. Dans son box, tout sourire, Cédric L attend d’être invité par le président, Denis Couhé, à se confier. Sweat gris, foulard marron autour du cou: Cédric L  n’a rien d’imposant.

Le 2 août 2012, Cédric L est interpellé par les autorités nigériennes alors qu’il tente de se rendre au Mali. «je voulais partir faire de l’humanitaire» marmonne le prévenu, alors qu’il tripote le micro du box. Il explique que l’envie lui serait venue en arrivant à Niamey, la capitale du Niger. Sa famille était-elle au courant de son voyage? «Non» répond Cédric L, «mieux vaut le secret pour sa pratique religieuse».

Interruption de séance. L’un des avocats de la défense demande une demi-heure de pause pour en signe de soutien à la grève des greffes. Au retour, le procès reprend de plus belle. «Que pensez-vous du djihad armé?» lance le président: «ça n’existe pas» répond Cédric L très sérieusement. Et quand on lui rapporte que plusieurs de ses amis affirment qu’il n’avait avant qu’une seule envie, «partir» (au djihad s’entend), Cédric L nie en bloc.

«Je voulais faire du quad au Mali»

Il est comme ça Cédric L, beaucoup d’éléments qui le desservent et toujours une réponse pour les contrer. Le plus gros: en partant au Niger, il s’est fait envoyer une valise de 88 kg. On y a retrouvé: un treillis militaire, des armes blanches (un couteau à cran d’arrêt, des machettes), un masque de vision nocturne, des menottes ou encore des protections dorsales. Les armes blanches ? «J’aime les armes». Un masque de vision nocturne? «Je voulais le vendre à des touristes en safari». Les menottes? «Au Niger, les vigils sont friands de menottes». Les protections dorsales? «je voulais faire du quad au Mali». Dans la même veine, le président lui lance: «à cette époque, le quad au Nord-Mali, ça devait être un peu chaud non? Le Mali c’est pas la Corse!»

«Vous êtes un nabab!»

Dans son box, Cédric L se balance, se dandine, fait glisser ses doigts sur le rebord de la vitre qui le sépare de la salle d’audience. On hésite entre un jeune paumé ou un parfait manipulateur, la dernière supposition semblant plus plausible. Le président  continue son énumération: selon une facture retrouvée chez lui en France, Cédric C. aurait acheté un masque à gaz. «Je l’ai acheté sans réfléchir. C’est un achat compulsif sur internet». Et le président de nous ressortir une nouvelle punchline: «ce que vous faites sans réfléchir nous fait réfléchir, comprenez-le bien!»

Plus étonnant encore, Cédric C. s’est acheté une BMW avant de partir au Niger, alors qu’il n’avait pas le permis: «je l’ai donnée à un ami». Même chose en arrivant au Niger: il s’achète une Toyota. «C’était pour mon guide. Mais je me suis aussi acheté un permis pour 200 euros». Le président lui fait remarquer que ce n’est pas courant de s’acheter une voiture pour les vacances. «On n’a pas la même conception du tourisme, c’est pour ça» affirme Cédric L. Le président préfère en rire : «vous êtes un nabab!»

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