Noël en zonzon

Prison de Vézin (crédits: DR)

Prison de Vézin (crédits: DR)

Noël, c’est tout les ans. La dinde, les marrons, on connaît. Mais le passer, en famille, derrière les barreaux, pour animer une messe en musique, c’est pas tous les jours. Récit.

Vézin, ça ressemble à toutes ces zones commerciales en périphéries des villes où tout est semblable, insipide. Vézin, c’est dans la banlieue de Rennes, un lieu gris, calme, en dehors de tout. Vézin, c’est aussi sa prison, ou « centre pénitentiaire de Rennes-Vézin » comme inscrit sur son fronton.

A l’entrée, contrôle du maton. Peu aimable et gueule de prison. Chacun présente son badge pour les aumôniers,  pièce d’identité pour les autres. « Vous n’avez pas les autorisations pour les instruments de musique, vous ne pouvez pas rentrer ». Là je pense à ces polars où la kalach’ est cachée dans l’étui de violon. Une responsable de la prison arrive derrière nous et arrange les choses.

Pour arriver à la salle de culte, partagée entre chrétiens,  musulmans, bouddhistes et  témoins de Jéhovah, il faut se coltiner cinq sas, après un passage sous portique à l’entrée. La prison est récente, inaugurée en 2010: du coup, on trouve des tentatives de casser l’image zonzon. Une fresque à la gloire de Gandhi, Aung san suu kyi et Nelson Mandela, Un drapeau breton peint sur un mur, des barreaux alignés en forme de bambou. L’idée est là, mais l’enfermement ne vous quitte pas.

La messe débute. Les prisonniers arrivent pour garnir l’assistance. L’un d’eux vient me serrer la main. Sur la sienne, je remarque 3 points, en forme de triangle. On m’explique que cela signifie littéralement: « nique la police » (ou « mort aux vaches » pour les anciens). Dans l’assistance, ça parle français, espagnol, anglais portugais. Au dessus des têtes, une vitre teintée: c’est un poste de contrôle pour éviter toutes mutineries.

A la fin de la messe, des prisonniers se plaignent de devoir partager la salle de culte avec les musulmans, dont les tapis reste enroulés au fond de la pièce. Le prêtre et les aumôniers distribuent des paquets de chocolats et des cartes de voeux écrites par des enfants pour les détenus. Sur l’une d’elle, un enfant a écrit: « Tu as fait du mal, mais Dieu te pardonne ». Le prêtre soupire: « j’aurai dû contrôler ce qu’écrivent les enfants. Ca fait mauvais genre ».

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