Chroniques d’Haïti #4

105_0312

Messe créole. Le temps où les prêches des prêtres et pasteurs étaient délivrés en français est depuis longtemps révolu: la langue vernaculaire, le créole, est privilégiée. En l’église de Saint-Roch, sur les hauteurs de Port au Prince, le rite catholique de célébration de la messe est adapté aux traditions haïtiennes. Vous n’y trouverez pas d’orgues mais des accompagnements musicaux inspirés  de la musique « racine », c’est-à-dire de la musique traditionnelle, comme l’on parle de « roots » en anglais. Sur l’autel, trois jeunes filles dansent élégamment pendant les chants. L’homélie du prêtre dure une bonne demie-heure, les remerciements une autre bonne demie-heure. Ce qui fait une messe de trois heures.

Éducation. Après la messe, direction l’école mixte de Saint-Roch, gérée par l’Église catholique, pour une nouvelle réception, bien moins élitiste que la veille. En Haïti, une bonne partie des écoles sont gérées par des congrégations religieuses. Les écoles les mieux cotées sont  d’ailleurs celles des religieux. L’État haïtien gère bien les écoles publiques, mais il faut attendre l’université pour que celles-ci soient réellement côtés, avec la difficulté de concours extrêmement sélectif (une trentaine de places pour trois mille demandes en moyenne pour l’ENS haïtienne).

« Chacha ». C’est au détour d’une course à pied organisée, sous un soleil de plomb, ce dimanche à Port au Prince, que je croise Sacha, surnommé « Chacha » (en photo ci-dessus). Au départ, il s’avance vers moi pour me demander de l’argent. Puis, intrigué par la présence de mon appareil photo, il me montre du doigt une fillette qu’il souhaite que je prenne en photo. Je m’exécute et la lui montre: il sourit. Nous partons: « Chacha » continue à nous suivre. Il veut maintenant parler dans le micro de mon frère, qui réalise ici un reportage audio. Il dit: « Je m’appelle…Chacha! ». Il court vers moi et souhaite maintenant que je le photographie. Après avoir pris la pose, je lui montre la photo: il sourit à nouveau. « Merci, merci! »

Publicités

Chroniques d’Haïti #3

IMGP9331ONG. « Comme on a l’habitude de le dire, Haïti est la terre des organisations non-gouvernementales » me confiait mercredi Joe-Antoine Jean-Baptiste, journaliste. Effectivement, leur présence se remarque à chaque coin de rue. Ainsi, quasi toutes les bâches recouvrant les habitats de fortunes comportent l’inscription « USAID », soit l’United States Agency for International Development. Dans les maisons, il n’est pas rare de croiser des cartons de vivres empilés fournis par l’UNICEF. Pourtant, et c’est ce qui ressort lorsque l’on discute avec des haïtiens, les ONG sont bien moins présentes qu’au lendemain du séisme du 12 janvier 2010: l’état d’urgence dépassé, peu d’ONG se risquent à des projets de développement sur le long terme.

Ségrégation sociale. Aujourd’hui, 15 août, en Haïti, c’est jour férié: de Port au Prince à Petit-Goave, en passant par le Cap Haïtien, les fêtes patronales s’enchaînent. Arrivé hier après-midi à Petit-Goave, j’ai pu constater l’effervescence qui anime les villes haïtiennes en période de fête patronale. Dans chaque rue, des restaurants, des bars ou de simples particuliers installent des baffles qui diffusent sans discontinue du zouk ou du konpa, la danse la plus populaire en Haïti. Des processions en l’honneur de la Vierge et de grandes messes sont aussi organisées.
C’est à cette occasion que je me suis retrouvé dans une réception réservée aux dignitaires catholiques de la ville. Organisée dans l’école catholique de Petit-Goave, la réception laisse un goût amer de colère: à l’entrée, une sorte de vigile filtre les personnes autorisées à rentrer, laissant sur le carreau le « petit peuple ». A l’intérieur, un buffet qui suinte l’abondance nous attend. Preuve de l’énormité de l’évènement, on trouve des grappes de raisin et des pommes alors qu’Haïti n’en produit pas et que l’on en trouve pas dans les étals des commerçants.

Gastronomie. D’Haïti, je n’avais que le goût du riz sauce pois que des haïtiens réfugiés en France m’avaient fait découvrir il y a quelques années. Ici, la banane est reine: sucrée, salée ou frite, elle peut se déguster du petit-déjeuner au dîner. Avec une cuisse de poulet, elle remplace à elle seule une bonne quantité de pommes de terre. Au petit-déjeuner, l’akasan, mélange de bouillie de maïs, de lait concentré et de sucre, est un vrai délice. Et puis, en période de forte chaleur et d’humidité, un grand verre de jus de grenadia, proche de la goyave.

Chroniques d’Haïti #2

IMGP9275Change. Qui n’a pas changé ses euros en France avant d’arriver en Haïti l’aura sans doute constaté: il demeure difficile de faire du change en Haïti. Peu de distributeurs de billets permettent de retirer directement depuis sa carte de crédit en gourde, la monnaie nationale. Surtout, les haïtiens parlent d’un « dollar haïtien » qui légalement n’existe pas mais qui, dans les faits, est utilisé tous les jours.

Champs de Mars. Non, ce n’est pas le nom de l’esplanade située en face de la tour Eiffel: en Haïti, le Champs de Mars est la place principale de la capitale, Port au Prince. Celle-ci concentre le palais national, aujourd’hui rasé (le séisme du 12 janvier 2010 l’ayant laissé en ruines), les principaux ministères ainsi que quelques ambassades. A quelques pas de la statue de Toussaint Louverture, trônant fièrement au centre de la place, une construction à moitié-terminée attire l’oeil: c’est la tour 2004. Construire entre 2003 et 2004 par le président de l’époque, Jean-Bertrand Aristide, elle devait être le nouveau symbole de la capitale. Mais l’ouvrage n’a jamais été terminé: la tour flamboyante imaginée par Aristide a aujourd’hui des allures de château d’eau en ruine.

Artistes de rue. « Mon frère, mon frère! Aides-moi, aides-moi! »: réponse par la négative. C’est un peintre d’art naïf haïtien qui m’alpague sur la place du Champs de Mars où les artistes exposent en nombre leurs toiles:
-Lui: « Tu vois, tu ne veux pas m’aider, alors que pour moi, tu es mon frère ».
-Moi: »Je n’ai rien à te donner, je suis journaliste. Si tu veux, je peux faire un article sur toi, parler de l’art haïtien, c’est aussi ça t’aider. »
-Lui: »Non, tu ne veux pas m’aider. Même ta bouteille vide me suffira. Tu vois, ce matin, je suis parti sans manger de chez moi alors que j’ai une femme et un enfant à nourrir. Et toi, tu ne veux pas m’aider… »

Politique. En soirée, je discute une bonne heure avec Joe-Antoine Jean-Baptiste, journaliste à Télé Horizon 2000 et pigiste pour Le Nouvelliste, plus ancien quotidien haïtien. Après lui avoir fait part de mes idées de reportage dans le pays, il me parle de la présidence de Michel Martelly: « Tu as sans doute vu sur le Champs de Mars, toute la place est en travaux. C’est une volonté du nouveau gouvernement. Il y a quelques semaines, j’ai voulu faire un papier sur ces travaux. Je n’ai rien pu faire: impossible d’accéder au chantier. J’ai dû me contenter de faire le tour de la place pour sonder l’ambiance. C’est comme si le gouvernement clôturait la place pour faire croire à de grands travaux, sans que l’on sache vraiment ce qu’ils y font ».

Chroniques d’Haïti #1

IMGP9246Avion. « C’est à n’y rien comprendre: cela fait plus de vingts ans que je fais l’aller-retour entre la France et Haïti et c’est la première fois que ça m’arrive! »: à moins de vingt kilomètres de Port au Prince, l’avion traverse une forte zone de turbulence, sans que le pilote ne prenne la peine d’en avertir les passagers. Ca crie dans tous les sens, une haïtienne de la diaspora rigole: « putain, c’est Space Moutain ou quoi, on se croirait à Disneyland! ». Un peu plus loin, un homme d’un certain âge est pris d’une crise de panique, avec des cris que l’on pourrait attribuer à un jeune enfant. Après trois tours de la capitale haïtienne, l’avion se pose en douceur sur une des pistes de l’aéroport Toussaint Louverture. Tous les passagers applaudissent longuement le pilote, soulagés d’être arrivés sains et saufs.

Aéroport. « Les touristes devront s’acquitter d’une redevance de 10 US$ pour la durée de leur séjour en Haïti » annonce une pancarte avant les bureaux des douanes. Vous n’avez pas de dollars? Ce n’est pas grave, l’administration haïtienne a la conversion facile: donnez 10 euros. Dans une des files allant vers les douaniers, une femme s’emporte: « Je ne paierai pas la taxe, je suis d’origine haïtienne, moi! ». La redevance est récente: elle a été décidée par l’actuel président-dont le portrait trône fièrement dans les allées de l’aéroport-Michel Martelly. L’espace d’accueil de l’aéroport n’a d’ailleurs plus rien à voir avec celui occupé par une armée de diplomates, de membres de la MINUSTAH en 2010: le nouveau gouvernement en a fait une vitrine d’un état qui veut se montrer moderne.

La rue. C’est la vie, en Haïti. Du monde qui y grouille en permanence. A peine sorti du terminal, c’est ce fourmillement qui vous inonde. Là, des femmes, en rangs serrés, portant leurs vivres sur la tête. Ici, des vendeurs ambulants vendant fruits, produits high-tech ou cartes pour mobiles. Les rues n’ont plus rien à voir avec les gravats qui les jonchaient en 2010, seuls les étages encore détruits d’habitats de fortune témoignent du séisme.

Prisonniers. 3 des 300 évadés de la prison de Port au Prince ont été retrouvés à la frontière entre Haïti et la République Dominicaine: c’est ce qu’annonçait avec humour la radio ce matin. Un sujet de moins à traiter. Et toujours en jeu, les 1 000 000 de gourdes promises par le gouvernement à qui les retrouveraient.

 

La Gacilly: coups de coeur du festival

COuv

Venu il y a un an pour l’édition précédente, le festival de photographie en plein air de la Gacilly, cette année dédié aux États-Unis, m’a une nouvelle fois ébloui, tant par la beauté des œuvres des photographes invités que par l’apaisante ambiance d’une ville dédiée aux Arts. Sélection  de 3 coups de cœur de ce festival que vous pouvez encore découvrir jusqu’au 30 septembre.

  • Edouard Boubat, « d’un rêve à l’autre, photographier la vie »

Edouard Boubat

Pour être franc, avant de venir à la Gacilly cet-après midi, je n’avais jamais entendu parler d’Edouard Boubat, n’étant pas un grand spécialiste (pouvant citer, au mieux, Depardon et Cartier-Bresson). Photographe français du vingtième siècle décédé en 1999, il a pourtant remporté de nombreux prix au cour de sa  (longue) carrière.

Dans l’accrochage sélectionné pour le festival, on est happé par la beauté de son noir et blanc, par cette lumière comme sortie d’un songe. Qu’il soit en Bretagne, dans les allées enneigées du jardin du Luxembourg à Paris ou à l’autre bout du monde, Edouard Boubat parvient à rendre toute scène de la vie quotidienne chimérique. Le cadre participe de cet effet: voile d’un vieux bateau, mer agitée. En sortant de l’exposition, je repense à Izis, photographe français dont j’avais pu voir une rétrospective au musée de la ville de Paris, avec cette même soif d’évasion, de rêve.

  • Nick Brandt, « le crépuscule du monde sauvage »

Brandt

 

Je n’ai jamais été un fan invétéré de photographie animalière, et pourtant. Avec « le crépuscule du monde sauvage », le photographe anglais Nick Brandt nous lance un cris d’alarme. Si le braconnage continue, si l’Homme ne respecte pas la nature, ce sont des espèces entières qui sont voués à disparaître.

Par un accrochage astucieux, l’exposition nous fait cheminer de photographies en gros plans d’un chimpanzé, d’une hyène ou d’un lion, dont l’humanité est stupéfiante et sans doute accentuée par la manière si particulière qu’a Nick Brandt de les photographier, vers des cadavres d’animaux dont ils ne reste qu’une sorte de corps empaillé, un crane ou des défenses pour les éléphants.

Une photographie pourrait à elle seul résumer le message de l’exposition. On y voit des dizaines et des dizaines d’éléphants exécutant une transhumance dans le désert: on se demande ici si Nick Brandt ne part pas dans une métaphore biblique évoquant l’exode. Par leur force, leur beauté et leur actualité, les photographies de Nick Brandt ne peuvent laisser indifférent: ce ne sont plus des animaux, ce sont presque des hommes que l’on a face à  nous.

  • Steve McCurry, « Colors »

TIBET. Tagong. 1999. Woman at horse festival.

Longtemps, son afghane  a égayé le bureau de mon ordinateur. Pour la première fois, j’ai pu découvrir un peu plus de l’oeuvre du mythique photographe américain Steve McCurry, membre de l’agence Magnum et lauréat du prix World Press. Au delà de la célèbre couverture du National Géographic, McCurry nous propose un univers, comme il dit lui-même, pas si loin de Cartier-Bresson.

Oui, McCurry a cette même passion de l’humain que j’avais pu découvrir dans l’exposition consacrée à Cartier-Bresson au centre George Pompidou à Paris. Qu’il soit dans un monastère bouddhiste en Chine ou devant les décombres du World Trade Center le lendemain du 11 septembre, ses photographies dégagent toujours l’envie de laisser parler son regard profondément altruiste.

Pour aller plus loin: le site du festival

Dieudonné, esclavage, concurrence mémorielle: le point de vue de Louis-Georges Tin, président du CRAN

A l’heure où l’on s’étripe autour de l’«affaire Dieudonné», nous sommes partis à la rencontre de Louis Georges Tin, président du CRAN, célèbre pour avoir initié l’idée de réparations pour les descendants d’esclaves. Entretien.

Dieudonné domine la sphère médiatique depuis plusieurs semaines. Certains français d’origine africaine y voient un fervent défenseur de la mémoire de l’esclavage. Mais n’y a-t-il pas danger à se lancer dans la concurrence mémorielle?

L’expression de concurrence mémorielle date du courant des années 1980. L’antisémitisme, très présent en France dès le dix-neuvième siècle, a résisté à la seconde guerre mondiale: Il a fallu un travail pour que la mémoire de la Shoah soit reconnue. Aujourd’hui, les réparations ont été payées. Ceux qui disent que l’on en fait trop sur la Shoah se trompent.

La mémoire de l’esclavage a été beaucoup plus difficilement prise en compte. Aux États-Unis, on l’abolition de l’esclavage date de 1807. Pour la France, on retient la date de 1848: c’est faux! L’esclavage est aboli mais instaure des travaux forcés en Afrique Subsaharienne, un subterfuge pour maintenir la traite négrière.

Pour vous, Dieudonné, c’est un mauvais ambassadeur?

Oui, c’est un mauvais ambassadeur. Les gens font un mauvais calcul. Dieudonné dit des choses antisémites mais en même temps, il attire sur l’inégalité des traitements. Beaucoup de gens autour de Dieudonné sont antisémites mais à la base, il y a la colère d’une non-prise en compte pour les noirs et les arabes. De ce fait, je milite pour une véritable égalité mémorielle.

Quand François Hollande refuse en mai dernier, à l’occasion de son discours au Jardin du Luxembourg, les réparations que nous lui demandions, il contrevient à une de ses promesses de campagne. Les gens qui suivent Dieudonné se trompent de cible: plutôt que d’alimenter l’idée d’un complot juif, ils devraient demander des comptes au gouvernement.

La posture pro-israélienne d’instances officielles juives comme le CRIF n’a-t-elle pas brouillé les cartes face à Dieudonné?

Avant de vous répondre, un court aparté. Aujourd’hui, je constate qu’il existe 3 formes d’antisémitisme: classique (chez les catholiques traditionalistes), israélo-palestinien (chez les arabes) et un nouvel antisémitisme chez les noirs de France.

Je leur dis, soyez avec nous sur la question des réparations. Pour les noirs, il faut leur dire que les réparations sont un combat face à l’état français, il faut un traitement égalitaire. 

Ne faut-il pas décommunautariser les associations?

Les associations communautaires ont leur intérêt dans la complémentarité avec des associations aux principes universels: nous menons un combat transversal. Quand j’entends que ces associations ne devraient pas exister, cela me désole. Je ne me bat pas pour des minorités mais pour faire entendre notre voix.

Quel regard portez-vous sur l’enseignement de l’histoire de l’esclavage en France?

En France, il y a une sorte de mensonge persistant. Nous avons travaillé avec les éditeurs de manuels sur le sujet: on n’y traite que de l’histoire blanche. On y traite que l’histoire d’une minorité française. Il faut raconter toute l’histoire, celle des colonies. Il suffit de dire cela pour comprendre ce qu’il faut faire.

Ne pensez-vous pas que les universitaires ont une plus grande marge de manœuvre?

Je ne crois pas. Regardez les Subaltern Studies:ces travaux qui cherchent à se décentrer de l’Europe ne sont pas forcément très répandues en France. Mais le plus gros problème, c’est qu’il n’y a quasiment pas de spécialistes de l’histoire coloniale française. Même chose si vous voulez étudier l’histoire de l’Afrique pré-coloniale, vous n’avez quasiment personne qui s’y connaisse.

On s’imagine qu’avant la colonisation, il n’y a rien à dire, que ce n’est pas une histoire sérieuse. Une sorte de préhistoire! Mais l’histoire de l’Afrique est celle d’une transmission orale que les études occidentales ne prennent que peu en compte.

Aujourd’hui, où en est le gouvernement français sur la question de l’esclavage?

On ronronne. Au moins, avec la question des réparations, Nous avons réussi à diviser nos adversaires. La close de transparence avance. On a des discussions avec des entreprises. En refusant les réparations, L’État est complice de ceux qui ont commis l’esclavage.

Un oeil sur #8: Valentin Chatelier, cofondateur de « Regards d’Etudiants »

rE

  • Comment t’es venue l’idée de « Regards d’Etudiants » ?

Ce projet est né d’un constat que je me suis fait avec mon frère, Quentin Chatelier, avec qui j’ai fondé Regards d’Etudiants. Celui que ces derniers sont dévalorisés, méprisés, exclus des débats de société. Quand je regarde la plupart des émissions TV (que je ne citerai pas), je n’ai pas l’impression de vivre dans le même monde. On n’y parle que de soirées, d’alcool et de drogues. Je n’ai pas l’impression que ce soit l’image que l’on renvoie. Quotidiennement, je rencontre des étudiants passionnés de politique, de culture, d’actu, de musique… Je vois des étudiants capables de débattre, d’argumenter. Il y a une réelle capacité à participer aux débats de société.

L’objectif de ce média est de leur permettre d’apporter une analyse sur les sujets qu’ils souhaitent, de montrer qu’ils en sont capables. Au travers d’articles, de reportages, et pour très bientôt de vidéos et cafés-débats, nous voulons montrer le vrai visage de ces étudiants.

Regards d’Etudiants est un média d’opinion : chacun prend réellement position sur le sujet qu’il traite. Ni de droite, ni de gauche, toutes les opinions sont acceptées (tant qu’elles respectent la loi). Je ne me permettrai jamais de refuser un article sous prétexte que je ne suis pas d’accord avec ce que dit l’auteur. L’idée est d’apporter une réelle diversité.

  • Ta plus grande fierté avec « Regards d’Etudiants » ?

D’un point de vue collectif, ma plus grande fierté avec Regards d’Etudiants est d’être arrivé à construire un média rassemblant des étudiants de tous horizons, toutes catégories sociales et toutes positions politiques. Ceux qui ont écrit viennent de France, des Etats-Unis, de Chine, du Québec, de Tunisie, de Pologne ou de Russie, sont de gauche, de droite, du centre ou apolitiques, sont intéressés par la politique ou la détestent, préfèrent la musique ou le cinéma. Peu importe, nous nous sommes rassemblés pour créer ce média qui a deux mots d’ordre : la diversité et la valorisation de la parole étudiante.

D’un point de vue personnel, ma plus grande fierté est d’avoir interviewé Alfred de Montesquiou, prix Albert-Londres 2012, pour son livre « Oumma, un grand reporter au Moyen Orient ». Souhaitant m’orienter vers ce métier, lire son livre et pouvoir lui poser des questions sur ses reportages et son métier a été un vrai bonheur.

  • Le journalisme, pour toi, c’est une vocation ?

Dès mes 10-11 ans, un projet familial m’a de suite orienté vers le journalisme. On interviewait des personnes ayant vécu à l’étranger ou originaires d’autres pays pour qu’elles nous racontent le fonctionnement de l’école là-bas. Tous les mois, nous sortions un journal papier, vendu dans ma ville, dans le but d’informer et de collecter. Au total, ce sont plus de 50 systèmes éducatifs que nous avons faits découvrir.

Par la suite, mon goût pour l’actualité et mon attrait pour le Moyen Orient ont confirmé ma vocation : celle de devenir reporter dans cette région si complexe, mais passionnante.

  • Aujourd’hui, époque où Twitter remplacerait presque un fil AFP, tu ne penses pas que les journalistes ne servent à rien?

A mes yeux, c’est justement dans cette période, où les réseaux sociaux (Twitter, mais pas que) sont devenus une source d’information importante, que les journalistes sont les plus importants. Comment être sûr que l’information est vraie ? Comment par exemple un « twittos » lambda peut savoir si la photo qu’il partage n’est pas un montage ? Il ne peut pas. Les journalistes ont, entre autres, la mission de vérifier les informations. C’est un métier, il s’apprend, et ce n’est pas Twitter qui pourra supprimer cet outil indispensable à toute démocratie.

Par ailleurs, un journaliste apporte également une analyse. Même si cela se fait beaucoup, il ne doit pas seulement diffuser les dépêches de l’AFP ou autre. Une analyse précise, argumentée, expliquée simplement, voilà ce que j’attende de lui. Et ça, aucun réseau social ne pourra le lui enlever.

  • Tes coups de cœur du moment ?

Mon dernier coup de cœur pour un livre a été pour « Rapporteur de guerre » de Patrick Chauvel. Récit passionnant d’un photo-journaliste qui a eu le courage de partir à 17 ans apprendre son futur métier sur le terrain, en Israël. Courage ou folie, je ne sais pas. Mais en tout cas, plus de 40 ans après, c’est une référence dans ce milieu.

Sinon au niveau cinéma, le dernier film sur Mandela. Un grand film, pour un grand homme. Il a su rester respectueux, tolérant, et tendre les bras à ceux qui lui ont fait vivre un enfer pendant plus de 18 ans. Le réalisateur a très bien su analyser ce point, chapeau.

  • Un totem, objet fétiche?

Entre Twitter, les alertes d’actu, articles de fonds et autres, je ne peux vraiment pas sortir sans mon téléphone. Ce n’est peut-être pas un totem (il ne faut pas abuser), mais c’est devenu un outil indispensable.

  • Le mot de la fin?

Tout d’abord merci à toi de m’avoir interviewé, c’était un plaisir. J’espère que les articles que tu écris pour ce blog continueront à être de cette qualité.

Si j’avais un dernier mot, il serait adressé à tous ceux qui pensent encore que les étudiants sont ceux que l’on voit dans la plupart des émissions TV. Regardez vraiment qui ils sont, allez les rencontrer, discutez avec eux, écoutez-les. Je vous assure, tous les à priori que vous pouvez avoir disparaîtront.

Pour aller plus loin: Regards d’Etudiants