Au revoir, Mr.Miyazaki

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L’annonce a sonné comme une déflagration pour bon nombre de ses fans: à l’occasion de la Mostra de Venise, le président des studios Ghibli, Koji Hoshino, a annoncé la retraite future d’Hayaho Miyazaki, maître du dessin-animé japonais, connu en France pour « Princesse Mononoké », « Mon voisin Totoro » ou encore « Le voyage de Chihiro ». Retour sur un personnage atypique, fervent défenseur d’un pacifisme sans frontière.

Regarder un film d’Hayaho Miyazaki, c’est se confronter à une oeuvre d’animation sans commune mesure, tant son cinéma respire d’une atmosphère particulière. Son univers est peuplé de personnages énigmatiques, d’animaux personnifiés, de monstres et de sorcières. Mais, s’intéresser à Miyazaki, c’est aussi s’intéresser à l’histoire du Japon, plusieurs de ses films se déroulant pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Pacifisme au « pays du soleil levant »

Lorsqu’en 1988, il produit « Le tombeau des lucioles » de son comparse Isao Takahata, cofondateur des studios Ghibli, il défend une oeuvre noire, narrant l’histoire de deux enfants errant dans un Japon en proie aux bombardements Alliés durant la Seconde Guerre Mondiale, où la mort n’est que la seule issue possible dans un pays où la guerre apparaît comme une fatalité. Miyazaki déteste la guerre et le fait savoir: ses films représentent une image du militaire associée au mal, ce qui ne lui vaut pas que des soutiens.

Au Japon, une histoire qui ne passe pas

« Dans son allocution du 15 août, jour de la reddition du Japon en 1945, Shinzo Abe, premier-ministre japonais, a renoncé aux excuses formulées par ses prédécesseurs pour les souffrances infligées pendant la guerre aux pays voisins, Chine et Corée notamment » note aujourd’hui le journal Le Monde. C’est dans ce contexte mouvementé qu’Hayaho Miyazaki s’apprête à sortir son nouveau film, « Le vent se lève ». Le pitch: le destin de Jiro Hirokoshi, concepteur d’un avion Mitsubishi énormément utilisé durant la Seconde Guerre Mondiale. Alors que le film fait déjà un carton au Japon, les courants politiques les plus à droite du pays accusent Miyazaki de vouloir dégrader l’image du pays.

Le retrait d’un cinéaste utile

Abordant des thématiques universelles (la jeunesse, l’amour, la guerre,…) par un style à la fois coloré, ludique et profond, Hayaho Miyazaki a permis à un public double, enfant et adulte, de se retrouver au travers de ses films d’animations. Présenter Miyazaki comme un « cinéaste engagé » serait réducteur: utile est plus juste. En effet, le cinéma est souvent moyen imagé  de délivrance d’un message: par son antimilitarisme forcené, l’artiste japonais a su trouver le juste dosage pour toucher son public. Walt Disney a même décidé de distribuer ses films à l’étranger, preuve que son pacifisme n’a vraiment pas de frontières.

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La rentrée, un concept français?

Rentrée

Au passage du mois de juillet au mois d’août, il est d’usage de parler du « chassé-croisé » des « aoûtiens » et des « juilletistes ». Drôle de langage. Quand vient la fin de ce repos estival, sonne alors le temps de la « rentrée ». Mais, dans quoi rentre-t-on? Analyse d’une spécificité franco-française, à ranger aux côtés de la baguette, du béret et du coq.

Plus marronnier, tu meurs. La « rentrée » est en effet à la Une de bon nombre de journaux, émissions ou magazines. L’association la plus courante est liée à notre plus tendre enfance: la « rentrée », ce moment redouté où le cartable va devoir sortir de la poussière d’une chambre bien peu rangée après des jours et jours de vacances, ou d’ennui. Plus tard, la rentrée, c’est aussi le temps de retrouver un patron et des collègues qu’on préfèrerait resté dans le spa de leur hôtel aux Maldives. La rentrée, c’est aussi celle du prof, ayant la spécificité de se faire en avance. Pourquoi rentrer? Pour sortir?

1936, le Front Populaire

Une explication peut-être. La naissance des congés payés avec le mouvement dit du « Front Populaire » au beau milieu des années 1930. Là, on prend une décision qui put à l’époque paraître cocasse: payer des travailleurs sur le temps où ils ne font rien. Aujourd’hui, si les congés payés ne concernent que la catégorie des « salariés », l’idée de « vacances » est, elle, largement répandue.  D’ailleurs, à propos de la définition de ces dernières, le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales du CNRS (il faut toujours un nom pompeux pour être crédible) nous dit ceci: « État de ce qui est vide, inoccupé; État d’un emploi, d’un poste, d’une charge momentanément dépourvu(e) de titulaire ». Quel rapport avec la choucroute me direz-vous? Et bien, sans doute, sans doute que l’on rentre de vacances.

Après l’ennui

La rentrée serait donc ce moment de « re », où l’on reprend le cour de quelque chose qui avait pu être interrompu. L’occupation succède enfin à l’inoccupation. Dans un temps où l’ennui n’est sans doute pas une valeur des plus respectée, la rentrée sonne comme un retour aux choses sérieuses. À la politique? La polémique qui a agité le petit monde gouvernemental cet été en témoigne aisément. La raison: savoir s’il est de bonne augure de prendre congé du temps politique en pleine période de crise. On a pu croire à la loterie: une semaine? deux semaines? Entre la poursuite d’une véritable éthique politique et un simple plan comm’, le choix est difficile à établir.

Mercato

Dans la sphère médiatique, le mot peut paraître incongru. Pourquoi parler de rentrée alors qu’une majorité de radios, télés bénéficient d’une grille d’été spécifique? L’impact est sans doute ailleurs. Le remue-ménage autour de l’arrivée d’Antoine de Caunes au « Grand Journal » de la chaîne en est l’exemple le plus significatif: le monde médiatique vit au rythme du mercato, ce moment où animateurs en vogue et nouveaux venus se négocient tels des joueurs de ligue 1. Pronostics et paris en tout genre rendent ces moments comparables à l’ambiance d’un bar PMU bondé. La « rentrée médiatique » joue donc la rupture dans la continuité (nul slogan à chercher ici).

Retour à la besogne

La rentrée, on a pas envie d’y être, tellement qu’on y est déjà. Proposons quelques choses de novateur: supprimer les vacances, comme ça, point d’impression négative en septembre. Trop radical. Ou, alors, l’exact opposé: prendre un congé sans fin. Trop utopique. Bon, alors merde. Bonne rentrée!

La litanie de l’ingérence humanitaire

MSF

Alors que de nouveaux soupçons d’utilisation de gaz neurotoxiques pèsent sur le régime de Damas, on ne peut s’empêcher d’y penser. L’ingérence humanitaire est de ces moments où un pays bascule dans l’atrocité. Médecins Sans Frontières, la Croix Rouge, Médecins du Monde: enquête sur un concept au coeur de la logique actuelles des Organisations Non-Gouvernementales (ONG).

Bernard Kouchner. Impossible de ne pas le citer lorsque l’on s’intéresse à la question de l’ingérence humanitaire. À la fin des années 1980, « l’homme au sac de riz » publie avec Mario Bettati, éminent professeur de droit à l’université Panthéon-Assas, un ouvrage intitulé « Le devoir d’ingérence ». Là, les deux auteurs définissent l’idée d’une obligation morale faite à un État de fournir son assistance en cas d’urgence humanitaire. Mais, ce ne sont pas les premiers à tenter de conceptualiser l’idée: en 1979, déjà, le philosophe Jean-François Revel créait le terme de droit d’ingérence, se définissant comme « la reconnaissance du droit qu’ont une ou plusieurs nations de violer la souveraineté nationale d’un autre État, dans le cadre d’un mandat accordé par une autorité supranationale ».

De la Croix-Rouge au Biafra

Avant d’être théorisée, l’ingérence s’applique au travers des Organisations Non Gouvernementales. Ici, un court rappel historique s’impose: dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle, horrifié par la violence de la bataille de Solférino, Henri Dunant, un suisse issu de la bourgeoisie protestante, fonde avec d’autres « Le comité international de la Croix-Rouge », première organisation à visée humanitaire de l’histoire, visant à apporter une aide médicale aux soldats en temps de guerre. De là vont découler les principales organisations humanitaires que l’on connait aujourd’hui. À ceci près qu’un autre tournant a lieu à la fin des années 1960: la guerre du Biafra.

Les « French doctor », vous connaissez? C’est au Biafra qu’ils trouvent leur source. Là, tel Henri Dunant, des médecins français se rendent sur place avec la Croix-Rouge, où ils portent assistance à la population locale. Ne se retrouvant pas dans la neutralité de vigueur au sein de l’ONG suisse, Xavier emmanuelli, Marcel Delcourt ou encore Bernard Kouchner décident de la création d’une ONG volontairement engagée, qui ferait pression sur les pays et les médias pour la mise en place d’une aide médicale: « Médecins Sans Frontières » est créé en 1971 par ces « french doctor » en herbe.

Néocolonialisme vs devoir d’ingérence

Depuis ces années 1970, âge de tout les possibles, les « french doctor » ont bien changé: quand l’un, Bernard Kouchner, a connu une carrière politique bien remplie, l’autre, Rony Brauman, président de « Médecins Sans Frontières » dans le courant des années 1980, a commencé à prendre de la distance avec le discours humanitaire de son ONG d’origine. En effet, lorsque Kouchner en vient à affirmer « L’ingérence c’est pas caca, c’est pas des méchants, c’est des gentils qui protègent des enfants » en 2011 sur les antennes de France Culture, Brauman émet des réserves successives quant aux volontés successives d’engagement de la France en Libye puis en Syrie. Pour certains anti-colonialistes, l’ingérence humanitaire peut s’apparenter à une forme dévoyée de néocolonialisme. Pour les plus kouchnériens, ne pas intervenir lorsqu’un massacre est perpétré sur une population pourrait être qualifié de « non-assistance à personne en danger ».

Lenteur diplomatique, dérives humanitaires

Dans l’argumentaire pro ou anti « ingérence », l’Organisation des Nations-Unies (ONU) a une place de choix. En effet, c’est par elle que les états du monde entier décident si oui ou non, ils décident d’envoyer une aide dans tel ou tel territoire sujet à des violences. Tout les ans, les vetos de la Russie, de l’Iran ou de la Chine font la Une des journaux occidentaux, empêchant la mise en place d’une action concrète sur le terrain. Plus tôt, dans le courant des années 1990, l’ONU s’est illustrée par son inaction face au génocide rwandais, l’inefficacité de son action en Somalie lancée à grand renfort de couverture médiatique. Face à cela, on trouve des problématiques propres aux organisations humanitaires, à savoir une tendance à n’intervenir qu’en situation d’urgence, délaissant le travail de long terme, en témoigne la gestion du tremblement de terre haïtien de 2011, où tout reste aujourd’hui à reconstruire alors que des millions de dollars avaient été mis sur la table. Notion complexe, pleine d’ambiguité, l’ingérence humanitaire n’a d’intérêt que dans une concrétisation excluant toute ambition étatique: nous sommes encore loin du compte.

Pour aller plus loin: « Origines et viscissitudes du droit d’ingérence », Le Monde Diplomatique, mai 2011

Pourquoi l’emprisonnement?

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Alors que les ministres du gouvernement Hollande prennent actuellement leurs vacances après moulte débats, une polémique agite la maigre vie politique en période de vacances d’été: un projet de réforme de l’administration pénitentiaire porté par la garde des sceaux Christiane Taubira mais contesté par le ministre de l’intérieur Manuel Valls. La polémique a au moins un mérite: faire naître un débat autour de la question de l’emprisonnement en France. 

Mais au fait, quel est le contenu du projet de loi tant décrié? L’idée-phare, qui en fait jaser plus d’un, est connue sous le nom de « peine de probation ». « Se substituant à la prison, ce dispositif consisterait à imposer aux délinquants un certain nombre d’obligations ainsi qu’un accompagnement social poussé en vue de leur réinsertion » précisait déjà le journal « La Croix « en août 2012. Quand certains y voit une nouvelle preuve du laxisme qui animerait la gauche actuelle, d’autre y perçoivent un moyen efficace de lutter contre la récidive. Avec cette idée de peine de probation se retrouve aussi une des soixante promesses de campagne de François Hollande, à savoir la suppression des peines-plancher, ces peines incompressibles imposées par la loi, mises en place sous le gouvernement Sarkozy.

Comprendre la prison, convoquer Michel Foucault

Impossible de ne pas évoquer le philosophe Michel Foucault lorsqu’un débat autour de la prison refait surface. En effet, avec la publication en 1975 de son ouvrage « surveiller et punir », il marque les annales de la réflexion autour de l’enfermement. Dans son livre, il s’interroge sur l’apparition de la prison dans sa forme moderne, correspondant pour lui à un moment où l’exécution des peines de morts en public tend à disparaître, ce qui correspondrait à une évolution de l’application de l’ordre par la gouvernance politique. Pour Michel Foucault, «Le châtiment est passé d’un art des sensations insupportables à une économie des droits suspendus ». Avec un mouvement des démocraties occidentales vers une abolition généralisée de la peine de mort, remplacée par l’emprisonnement, les pouvoirs en place utiliseraient l’architecture carcérale (isolation extrême, surveillance extériorisée,…) afin de faire naître un sentiment de culpabilité auprès des prisonniers.

Des alternatives à l’enfermement

Alors, est-ce que la prison est la seule solution afin de punir des actes répréhensibles par la loi? Sans-doute pas. Des alternatives existent. En décembre 2005, la France adopte le  « placement sous surveillance électronique mobile », plus connu sous le nom de « bracelet électronique », élargi en 2008 à la « surveillance de sûreté »,  mesure visant à contrôler les prisonniers ayant purgé leur peine et qui présenteraient un risque très élevé de récidive. À côté du bracelet électronique, la peine probatoire trouve toute sa place: elle vise à une réinsertion orientée par l’administration judiciaire où le délinquant se voit astreint à un certain nombre de devoir, mais en dehors, se confortant ainsi à une directive de l’Union-Européenne datant de 2006 incitant les états-membres à adopter une réinsertion « en société ».

Se pencher sur l’éducation

« Ouvrez une école, vous fermerez des prisons » disait Victor Hugo en son temps. On peut reprocher à la citation d’être battue ou rebattue mais elle illustre au moins une chose: réfléchir à une réforme de l’administration pénitentiaire implique de se pencher sur la question de l’éducation des individus de notre société française. En effet, il n’y a que peu d’intérêt à penser aux moyen utilisé, l’enfermement ou la liberté sous conditions, sans réfléchir aux causes. À n’en pas douter, l’éducation entre en compte dans la dérive vers la délinquance: un détenu de plus dans nos prison, c’est un signe de plus d’une défaite du système éducatif. Peut-être qu’il serait judicieux de lancer une concertation entre le ministère de l’éducation nationale et celui de la justice mais c’est au gouvernement d’en décider en dernier ressort. Une société qui va bien, c’est une société où la prison n’est qu’en second plan: la surpopulation carcérale actuelle n’est pas là pour le rappeler.

La représentation des Rroms dans les médias

Camp Primitiv, 2010.

Rroms, Tsiganes, Manouches, Sinti, Gens du Voyages, différentes appellations recouvrant des réalités bien différentes que les médias ont bien souvent tendance à mettre dans le même sac. Alors que les Rroms demeurent toujours à ce jour une minorité discriminée à travers l’Europe, il en va de la responsabilité du monde médiatique de ne pas alimenter clichés et stéréotypes.

Mais au fait, « Rrom », qu’est-ce que cela veut bien dire? Si le terme est souvent utilisé à mauvais escient dans les reportages télévisuels ou les articles de presse écrite, c’est qu’il reste sujet à polémique. Pour l’Union-Européenne,  « le terme «Roms» fait référence à divers groupes d’individus qui se décrivent eux-mêmes comme Roms, Gitans, Gens du voyage, Manouches, Ashkalis, Sintis, etc ». On voit bien que la définition institutionnelle n’est pas d’une énorme précision: en 1971, lors du « congrès mondial tsigane », on décide d’utiliser le terme pour recouper trois grands groupes ethniques que sont les Kalés, les Manouches et les tsiganes.

Rroms migrants, Rroms français

Utilisé par les médias, le terme vise en grande majorité une population particulière: les Rroms migrants, c’est-à-dire des individus présents illégalement sur le sol français. Ainsi, hier, « La Voix du Nord » titrait par exemple « Cambrai: trois Roms interpellés accusés de l’agression de la bijoutière Monique Bouquignaud », pour désigner des personnes venues de Belgique. Cet amalgame conduit à oublier qu’il existe aussi des Rroms de nationalité française, regroupés ou non dans la terminologie administrative de « gens du voyage ».

Rroms nomades?

Cette dernière précision conduit à aborder un autre amalgame, à savoir l’assimilation fréquente des Rroms au nomadisme. En effet, les Rroms ne sont pas aujourd’hui, par essence, une population nomade: que ce soit en France, en Roumanie, en Bulgarie, beaucoup sont sédentarisés. Lorsque des Rroms migrants habitent dans des bidonvilles au sein de caravanes, celles-ci ne sont bien souvent plus en état de fonctionner et ne sont donc qu’un « toit » pour ceux qui y vivent. Le nomadisme que l’on associe volontier aux Rroms n’est qu’une conséquence de l’inconscient se représentant l’image d’Épinal du « bohème » (à rapprocher de l’exposition que le Grand Palais avait consacré à l’automne dernier sur ce sujet).

Le tournant du discours de Grenoble

En dehors des amalgames s’agissant des réalités entourant le mot lui-même, l’été 2010 est charnière dans le rapport qu’entretiennent les médias aux populations Rroms. En plein mois de juillet, à la suite de l’attaque d’une gendarmerie par des  personnes présentées comme issues de la communauté Rrom, le président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, prononce un discours à Grenoble où il établie quasiment un lien entre population Rroms et délinquance, affirmant notamment: « La nationalité doit pouvoir être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police d’un militaire de la gendarmerie ou de toute autre personne dépositaire de l’autorité publique ».

Délinquance, immigrations, Rroms?

Mis sous le feu des projecteurs, de nombreuses rédactions décident alors soudainement de s’intéresser aux Rroms. Malheureusement, la justesse et la mesure ne définissent pas le mieux la manière dont les journalistes s’emparent du sujet. Un cas représente déjà, quelques années plus tôt, l’apothéose du stéréotype et des clichés: « C dans l’air » sur France 5. En décembre 2005, l’émission présentée par Yves Calvi intitule un de ses débats: « Délinquance, la route des Rroms ». À l’issue d’une condamnation en justice de l’émission en 2009, le tribunal déclare: « En affirmant que le taux de criminalité est nettement plus important chez les Roms, qu’il faudrait enlever les enfants à leurs parents, Yves-Marie Laulan (démographe français) instille l’idée que parce qu’une personne appartient à ce groupe ethnique, elle en deviendrait elle-même individuellement inassimilable ».

Pour une pédagogie médiatique

Face au traitement des minorités, qu’elles soit Rroms, arméniennes, kurdes ou juives, il est nécessaire que les journalistes abordent la question de manière informée et nuancée.  Pour l’historien François Robinet, c’est aussi à l’État de prendre le taureau par les cornes: « La tâche qui attend les futurs dirigeants français, de droite ou de gauche, sera donc particulièrement ardue puisqu’ils devront déconstruire la vision caricaturale présentée de cette minorité depuis des années en médiatisant une réelle réflexion sur les Roms ». Quoi qu’il en soit, le travail est devant nous: espérons que la nouvelle génération de journalistes relèvera le défi.

Pour aller plus loin: François Robinet, « Roms=voleurs? », Decryptimages

Le « people », valeur-refuge d’une télévision en panne de concept

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Pour parler cuisine, construire un abris de jardin, partir en mission humanitaire à l’autre bout du monde, ils sont souvent de la partie. Les « people », nom utilisé pour qualifier des individus ayant un semblant de notoriété, sont aujourd’hui un argument de vente largement utilisé par les chaînes de télévision pour promouvoir le lancement de nouveaux programmes. Fléau? Utiles? Enquête.

À y voir de plus près de plus près difficile de se faire un avis tranché sur la question. La présences de « people », de personnalités au sein d’une émission de télévision n’est pas à elle seule un signe d’inintérêt du concept. En revanche, lorsque celui-ci ne se justifie qu’avec la présence de célébrités qui y participent, la réponse est claire.

« Splash, le grand plongeon », où comment toucher le fond

Un cas est particulièrement représentatif du vide sidéral qui anime ce type d’émissions: « Splash, le grand plongeon ». Diffusé par TF1 depuis février 2013, présenté par la journaliste Estelle Denis, le principe est simple: faire participer des célébrités à une compétition dont le but est de réaliser le meilleur plongeon face à un jury de professionnels. Ce que l’on peut voir comme une parfaite déclinaison de « Danse avec les stars », diffusé par la même chaîne, s’attire rapidement les critiques de la presse et des internautes. Les principaux reproches sont les suivants: des célébrités sorties de nulle part (Sheryfa Luna ou Jean-Luc Lahaye pour ne citer qu’eux), un concept repris de la télévision suédoise (« Celebrity Splash »). Si « Libération » n’hésite pas à qualifier l’émission de « bouse subaquatique », Patrick Poivre d’Arvor affirme: « Quand je pense qu’on était il y a encore quelques années avec Ushuaïa, on est maintenant dans Splash !, là, vraiment, on a fait un grand plouf, une grande dégringolade et encore plus si c’était possible ».

Le « people », vecteur d’intérêt

Alors, le « people », cache-misère? Rien n’est moins sûr. Dans certains cas, il peut permettre de mettre en lumière qui ne pourrait l’être sans son aide. En témoigne le concept de l’émission « Rendez-vous en terre inconnue » diffusée sur France 2 et présenté par le journaliste Frederic Lopez: si l’on peut critiquer la bien-pensance de l’ensemble, l’émission a la mérite, au travers d’un voyage proposé à une personnalité, de mettre en lumière un peuple peu habitué aux prime-time d’une chaîne de télévision française. Ainsi, depuis la première saison de l’émission, ont pu être présentés les nénètses de Sibérie, les Raïka du Rajhastan ou encore les Dogons du Mali.

Un compromis possible

La « voie de la rédemption » est sans doute à chercher à proximité de l’émission de Frédéric Lopez: un concept mixant la présente attrayante de personnalités et un vrai sujet de fond. Mais pour cela, il faut une réelle volonté des entreprises de l’audiovisuel et ce n’est pas gagné. En effet, actuellement, les chaînes préfèrent racheter des concepts d’émissions ayant fait leur preuve à l’étranger comme c’est le cas pour le « Splash » de TF1. Dans un contexte où la réticence envers la création est à son comble, c’est sans-doute à la télévision publique de montrer l’exemple, ce qu’a déjà commencé à faire France 4 avec « TV Lab » qui propose à des jeunes de lancer leurs propres pilotes d’émissions. À coup sûr, l’avenir de l’audiovisuel est à chercher là: un mix de pop’ et de culture.

Après l’orage: retour sur le mariage pour tous

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Avant de déchaîner les passions, de fournir des directs quotidiens aux chaînes d’information  en continu, le « mariage pour tous » est avant tout un projet de loi porté par le gouvernement socialiste au pouvoir depuis mai 2012. révolution de l’ordre de l’abolition de la peine de mort en 1981 pour certains, dislocation du cadre familial pour d’autres. Retour sur une loi qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

Dans le jargon constitutionnel, le « mariage pour tous » prend le nom de « loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe ». Parler, par raccourci, de « mariage homosexuel » est donc incorrect: en effet, il n’y a pas création d’un mariage spécifique à destination des homosexuels mais élargissement du cadre d’une loi préexistante. Les rédacteurs de la loi présentée cette année au Parlement se sont donc astreint à une simple ouverture où le couple se mariant peut  à la fois être un homme et une femme, un homme et un autre homme, une femme avec une autre femme.

Le mariage, du religieux au laïc

Avant d’être une véritable institution laïque, le mariage est d’abord une tradition héritée du christianisme. En effet, il faut attendre la fin du XVIIIème siècle et l’édit de Versailles pour qu’un mariage civil apparaisse en France. Jusque là, le clergé était chargé des registres d’état-civil: en clair, il n’existait pas de contrat civil unissant deux personnes.

Pour l’Église Catholique, le mariage est un de ses sept sacrements. Selon les textes, il peut être défini de la sorte: « L’alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie, ordonnée par son caractère naturel au bien des conjoints ainsi qu’à la génération et à l’éducation des enfants, a été élevée entre baptisés par le Christ Seigneur à la dignité de sacrement». Dès le XVIème siècle, époque de la Réforme, l’Église, au travers du concile de Trente, définit le mariage indépendamment de la procréation, où les époux donnent leur consentement mutuel lors d’une cérémonie religieuse devant le prêtre.

Vers un mariage d’amour

Héritier du catholicisme, le mariage civil en est donc influencé: cérémonie de mariage en mairie ritualisée, codes vestimentaires similaires. L’ouverture du mariage aux couples de même sexe introduit un bouleversement de poids, à savoir une nette opposition du mariage civil vis-à-vis du mariage religieux. Alors que, de par leur similarité, un grand nombre de mariés évoluaient dans la même journée d’une salle de réception d’une mairie vers l’autel d’une Église, le mariage sous sa nouvelle forme va désormais diversifier les approches de sa fonction, mais surtout, de son symbole.

Aujourd’hui, se marier n’a sans doute plus la même signification qu’hier. Sortant du rôle de reconnaissance sociale auquel il a longtemps été assigné, le mariage, avec l’évolution auquel il est aujourd’hui confronté, se dirige vers un acte réfléchi de reconnaissance de l’amour que peuvent éprouver deux êtres l’un envers l’autre. On pourra toujours lui reprocher de n’être qu’un moyen d’unifier un patrimoine foncier, de permettre des facilités fiscales, mais il demeure, avec la distinction nette du mariage religieux, la preuve de la volonté d’un couple de construire quelque chose ensemble.

Le divorce, une place en évolution

Alors, quand vient le temps de la séparation, du divorce, le mariage civil tel qu’il est aujourd’hui appliqué, prend une toute autre dimension: ce qui est acté n’est plus seulement la rupture d’un contrat dans un tribunal, mais aussi la fin d’une vie de couple. Rappelons ici que, dans les débuts du mariage civil, le divorce n’avait d’existence légal que dans le cadre d’une « faute », c’est-à-dire l’adultère, un sévice ou encore une injure: on ne pouvait concevoir la rupture de l’union autrement. Il faut attendre 1975 et Valérie Giscard d’Estaing pour que le divorce ne soit plus limité à la faute et prenne en compte le consentement mutuel.

Nouveau cadre de la famille

Se marier aujourd’hui à la mairie n’a définitivement plus le même sens. L’élargissement du mariage aux couples homosexuels laisse apparaître au grand jour l’existence de familles homoparentales que le mariage civil vient officialiser. Il y a donc par là prise en compte institutionnelle d’une évolution sociétale française. En cela le le projet de « mariage pour tous » est méritant: il dévoile au grand jour une vérité qui dérange. De Badinter à Taubira, les hommes-politiques peuvent, parfois, insuffler des changements de mentalités nécessaires.