Dieudonné, esclavage, concurrence mémorielle: le point de vue de Louis-Georges Tin, président du CRAN

A l’heure où l’on s’étripe autour de l’«affaire Dieudonné», nous sommes partis à la rencontre de Louis Georges Tin, président du CRAN, célèbre pour avoir initié l’idée de réparations pour les descendants d’esclaves. Entretien.

Dieudonné domine la sphère médiatique depuis plusieurs semaines. Certains français d’origine africaine y voient un fervent défenseur de la mémoire de l’esclavage. Mais n’y a-t-il pas danger à se lancer dans la concurrence mémorielle?

L’expression de concurrence mémorielle date du courant des années 1980. L’antisémitisme, très présent en France dès le dix-neuvième siècle, a résisté à la seconde guerre mondiale: Il a fallu un travail pour que la mémoire de la Shoah soit reconnue. Aujourd’hui, les réparations ont été payées. Ceux qui disent que l’on en fait trop sur la Shoah se trompent.

La mémoire de l’esclavage a été beaucoup plus difficilement prise en compte. Aux États-Unis, on l’abolition de l’esclavage date de 1807. Pour la France, on retient la date de 1848: c’est faux! L’esclavage est aboli mais instaure des travaux forcés en Afrique Subsaharienne, un subterfuge pour maintenir la traite négrière.

Pour vous, Dieudonné, c’est un mauvais ambassadeur?

Oui, c’est un mauvais ambassadeur. Les gens font un mauvais calcul. Dieudonné dit des choses antisémites mais en même temps, il attire sur l’inégalité des traitements. Beaucoup de gens autour de Dieudonné sont antisémites mais à la base, il y a la colère d’une non-prise en compte pour les noirs et les arabes. De ce fait, je milite pour une véritable égalité mémorielle.

Quand François Hollande refuse en mai dernier, à l’occasion de son discours au Jardin du Luxembourg, les réparations que nous lui demandions, il contrevient à une de ses promesses de campagne. Les gens qui suivent Dieudonné se trompent de cible: plutôt que d’alimenter l’idée d’un complot juif, ils devraient demander des comptes au gouvernement.

La posture pro-israélienne d’instances officielles juives comme le CRIF n’a-t-elle pas brouillé les cartes face à Dieudonné?

Avant de vous répondre, un court aparté. Aujourd’hui, je constate qu’il existe 3 formes d’antisémitisme: classique (chez les catholiques traditionalistes), israélo-palestinien (chez les arabes) et un nouvel antisémitisme chez les noirs de France.

Je leur dis, soyez avec nous sur la question des réparations. Pour les noirs, il faut leur dire que les réparations sont un combat face à l’état français, il faut un traitement égalitaire. 

Ne faut-il pas décommunautariser les associations?

Les associations communautaires ont leur intérêt dans la complémentarité avec des associations aux principes universels: nous menons un combat transversal. Quand j’entends que ces associations ne devraient pas exister, cela me désole. Je ne me bat pas pour des minorités mais pour faire entendre notre voix.

Quel regard portez-vous sur l’enseignement de l’histoire de l’esclavage en France?

En France, il y a une sorte de mensonge persistant. Nous avons travaillé avec les éditeurs de manuels sur le sujet: on n’y traite que de l’histoire blanche. On y traite que l’histoire d’une minorité française. Il faut raconter toute l’histoire, celle des colonies. Il suffit de dire cela pour comprendre ce qu’il faut faire.

Ne pensez-vous pas que les universitaires ont une plus grande marge de manœuvre?

Je ne crois pas. Regardez les Subaltern Studies:ces travaux qui cherchent à se décentrer de l’Europe ne sont pas forcément très répandues en France. Mais le plus gros problème, c’est qu’il n’y a quasiment pas de spécialistes de l’histoire coloniale française. Même chose si vous voulez étudier l’histoire de l’Afrique pré-coloniale, vous n’avez quasiment personne qui s’y connaisse.

On s’imagine qu’avant la colonisation, il n’y a rien à dire, que ce n’est pas une histoire sérieuse. Une sorte de préhistoire! Mais l’histoire de l’Afrique est celle d’une transmission orale que les études occidentales ne prennent que peu en compte.

Aujourd’hui, où en est le gouvernement français sur la question de l’esclavage?

On ronronne. Au moins, avec la question des réparations, Nous avons réussi à diviser nos adversaires. La close de transparence avance. On a des discussions avec des entreprises. En refusant les réparations, L’État est complice de ceux qui ont commis l’esclavage.

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Revue de presse #19: Cannabis, vers une normalisation?

MC

  • Liban:  « J’ai attendu ce moment toute ma vie ! « , L’Orient le Jour, 3 janvier

Les adeptes du cannabis aux États-Unis pouvaient enfin ce 1er janvier consommer légalement de la marijuana à des fins récréatives dans un État de l’ouest du pays, le Colorado, à condition d’avoir au moins 21 ans, et jusqu’à 28 grammes de cannabis à chaque visite. Dans l’État de Washington, dans le nord-ouest du pays, les premiers magasins devraient ouvrir d’ici au printemps.

« J’ai attendu ce moment toute ma vie », explique Scott Van Pelt, 43 ans, en faisant la queue au petit matin devant le Kush Club à Denver dans le Colorado, bravant le vent froid. Il est venu par la route, un trajet de 7 heures, depuis le Texas ultraconservateur, pour être parmi les premiers clients légaux de cette boutique de cannabis qui vend l’herbe sous différentes formes, explique-t-il. Sur le comptoir des bocaux de semences et portent des noms évocateurs comme Fraises Kush, Amnésie, Diesel acide, Chèvre dorée ou Crack vert. On y trouve aussi des bonbons enrobés de THC, l’agent chimique actif du cannabis. Le propriétaire de la boutique, Darin Smith, s’attend désormais à accueillir quelque 400 consommateurs par jour, maintenant que la vente est légale, contre une centaine lorsqu’il vendait la drogue uniquement à des fins thérapeutiques.

Le principal groupe de pression pour la légalisation du cannabis, le Marijuana Policy Project (MPP), a salué dans un communiqué « la fin de la prohibition du cannabis », en référence aux 13 années (1920-1933) pendant lesquelles l’alcool était interdit aux États-Unis. Cette loi est une première sur le continent américain, où la politique combinait plutôt interdiction et répression pour les consommateurs, et lutte armée contre les producteurs et les trafiquants. Mais en mai, l’Organisation des États américains (OEA) (pays du continent hors Cuba), a publié un rapport invitant à étudier une éventuelle légalisation du cannabis. Et le 10 décembre, le Sénat uruguayen a approuvé la légalisation de la production et la vente de cannabis avec une mise en œuvre au premier semestre 2014.

  • Chine: « Le maroc s’attaque à la culture du cannabis », Xinhua, 6 août 2010

l’Agence pour la promotion et le développement économique et social des préfectures et provinces du Nord du Royaume (APDN) a-t-elle mis en place un programme alternatif, d’un montant annuel de 40 millions de Dirhams(DH 1dollar= 8.3DH), et qui vise à encourager les exploitants à opter pour des cultures alternatives autres que le cannabis. Par conséquence, les superficies de la culture du cannabis ont connu une réduction considérable ces dernières années, selon les résultats d’une enquête menée par l’APDN. En effet, la production potentielle totale de cannabis brut est estimée à 98.000 tonnes, et sa conversion en résine (haschisch) à environ 2.780 tonnes.

Les plus grandes diminutions ont eu lieu dans la province d’Al Hoceima, suivie de Taounate, et de Larache. La région de Ketama et Chefchaouen représente 20% de la production totale de cannabis, soit 10.000 tonnes par an, pour 27.000 hectares.

Environ 136.000 personnes sont directement concernées par la culture du cannabis.Le revenu brut potentiel pour les exploitants peut être estimé à environ 3 milliards de DH, un chiffre équivalent à 0,7% du PIB, estimé à 424,6 milliards DH. La population bénéficiant de la culture du cannabis est estimé à quelque 96.600 familles dans le Rif, cela représente un revenu brut d’environ 3.600 DH par personne, à comparer à un PIB par tête d’habitant de 14.106 DH pour l’ensemble du pays.

  • Russie: « Le pape François opposé à la légalisation des drogues », Ria Novosti, 25 juillet 2013

Lors de sa troisième journée au Brésil, le pape François s’est prononcé contre la légalisation des drogues, annoncent jeudi les médias brésiliens. »La libéralisation de l’usage de la drogue, telle qu’on la propose actuellement dans diverses parties de l’Amérique latine, ne permettra pas de réduire l’étendue et l’influence de l’addiction aux drogues », a déclaré le pape en inaugurant mercredi une aile réservée aux alcooliques et toxicomanes dans un hôpital de Rio de Janeiro tenu par des moines franciscains.

Récemment, le président uruguayen José Mujica a proposé de légaliser la vente de cannabis, confiant à l’Etat la commercialisation de la marijuana. Cela constituerait selon lui un moyen de lutter contre la délinquance et les trafiquants de drogue.

  • Iran: « La France couvre l’action du roi du Maroc! », Irib, 4 décembre 2013
Alors que l’organisation des Nations unies a classé le Royaume chérifien au premier rang des pays producteurs de cannabis, le gouvernement français tente de le blanchir.Le souverain marocain a vraisemblablement fait actionner ses relais pour soigner son image. Ce qui parait toutefois étrange dans cette affaire c’est le silence observé par le gouvernement et le Parlement algériens devant cette offensive qui a pour objectif de dédouaner le pouvoir marocain qui produit la plus grande quantité de cette substance qui gangrène la planète: le cannabis.
La France qui a pris la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies pour un mois à partir du 1er décembre envisage d’organiser le 18 décembre un débat sur le trafic de drogue. Sa cible l’Afrique de l’Ouest et le Sahel alors qu’elle ne peut ignorer que le Maroc déverse des tonnes de cannabis sur le territoire algérien et sur l’ensemble du globe.«Le trafic de drogue est une cause importante de déstabilisation, notamment en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Pour soutenir les Etats de la région face à ce fléau, j’ai voulu que la France organise le 18 décembre un débat au Conseil de sécurité afin de mobiliser la communauté internationale contre ce phénomène», indique le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, dans un communiqué publié le 2 décembre.
Le chef de la diplomatie française omet sans doute volontairement de nommer le pays responsable de ce contexte. Des voix se sont pourtant élevées pour tirer la sonnette d’alarme pour souligner la connexion de ce type de trafic avec les groupes terroristes ainsi que le danger qu’il représente pour la région du Maghreb et du Sahel. «Le fléau des stupéfiants qui cible les peuples de la région maghrébine et du Sahel africain s’avère plus dangereux que par le passé en raison de la situation de crise et d’instabilité que connaît la région», a fait remarquer le spécialiste des affaires de sécurité, Omar Benjana, qui s’était exprimé dans le cadre d’une conférence qu’il avait animée lors des travaux de l’université d’été (2013) des cadres du Polisario qui s’est tenue à Boumerdès (une quarantaine de km à l’est d’Alger).
  • Belgique:  « Miley Cyrus fume un joint aux MTV awards d’Amsterdam », Le Soir, 12 novembre 2013

La chanteuse pop américaine Miley Cyrus a de nouveau joué la provocation en fumant un joint de cannabis après avoir reçu le prix de la meilleure vidéo lors des MTV European Music Awards remis dimanche à Amsterdam. Récompensée pour le clip « Wrecking Ball », l’ancienne actrice connue pour le rôle titre dans la série de Disney « Hannah Montana », simplement habillée d’un body blanc ultra-moulant, a déclaré: « Je n’ai pas de place dans mon sac pour le trophée mais j’ai trouvé ça… ».L’ex-enfant star, âgée de 20 ans, a alors sorti de son sac Chanel un joint en partie consommé sur la scène du Ziggo Dome d’Amsterdam, qui possèdent de nombreux coffe shops où elle a été photographiée ces jours derniers en compagnie du DJ néerlandais Afrojack. Le plus grand vainqueur de la soirée a malgré tout été l’icône planétaire du hip-hop Eminem qui a remporté deux Awards, mais à qui Miley Cyrus a quelque peu volé la vedette en « twerkant » sur scène avec Little Britney, une naine dans une tenue en latex. Elle avait suscité sa première grande controverse en août aux MTV Video Music Awards à New York. En duo avec le chanteur Robin Thicke, elle avait offert, en bikini couleur chair, une interprétation provocante de « Blurred Lines », frottant ses fesses contre l’entrejambe du chanteur, la langue sortie, et jouant de façon suggestive avec un énorme gant de mousse au doigt pointé.

Un oeil sur #8: Valentin Chatelier, cofondateur de « Regards d’Etudiants »

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  • Comment t’es venue l’idée de « Regards d’Etudiants » ?

Ce projet est né d’un constat que je me suis fait avec mon frère, Quentin Chatelier, avec qui j’ai fondé Regards d’Etudiants. Celui que ces derniers sont dévalorisés, méprisés, exclus des débats de société. Quand je regarde la plupart des émissions TV (que je ne citerai pas), je n’ai pas l’impression de vivre dans le même monde. On n’y parle que de soirées, d’alcool et de drogues. Je n’ai pas l’impression que ce soit l’image que l’on renvoie. Quotidiennement, je rencontre des étudiants passionnés de politique, de culture, d’actu, de musique… Je vois des étudiants capables de débattre, d’argumenter. Il y a une réelle capacité à participer aux débats de société.

L’objectif de ce média est de leur permettre d’apporter une analyse sur les sujets qu’ils souhaitent, de montrer qu’ils en sont capables. Au travers d’articles, de reportages, et pour très bientôt de vidéos et cafés-débats, nous voulons montrer le vrai visage de ces étudiants.

Regards d’Etudiants est un média d’opinion : chacun prend réellement position sur le sujet qu’il traite. Ni de droite, ni de gauche, toutes les opinions sont acceptées (tant qu’elles respectent la loi). Je ne me permettrai jamais de refuser un article sous prétexte que je ne suis pas d’accord avec ce que dit l’auteur. L’idée est d’apporter une réelle diversité.

  • Ta plus grande fierté avec « Regards d’Etudiants » ?

D’un point de vue collectif, ma plus grande fierté avec Regards d’Etudiants est d’être arrivé à construire un média rassemblant des étudiants de tous horizons, toutes catégories sociales et toutes positions politiques. Ceux qui ont écrit viennent de France, des Etats-Unis, de Chine, du Québec, de Tunisie, de Pologne ou de Russie, sont de gauche, de droite, du centre ou apolitiques, sont intéressés par la politique ou la détestent, préfèrent la musique ou le cinéma. Peu importe, nous nous sommes rassemblés pour créer ce média qui a deux mots d’ordre : la diversité et la valorisation de la parole étudiante.

D’un point de vue personnel, ma plus grande fierté est d’avoir interviewé Alfred de Montesquiou, prix Albert-Londres 2012, pour son livre « Oumma, un grand reporter au Moyen Orient ». Souhaitant m’orienter vers ce métier, lire son livre et pouvoir lui poser des questions sur ses reportages et son métier a été un vrai bonheur.

  • Le journalisme, pour toi, c’est une vocation ?

Dès mes 10-11 ans, un projet familial m’a de suite orienté vers le journalisme. On interviewait des personnes ayant vécu à l’étranger ou originaires d’autres pays pour qu’elles nous racontent le fonctionnement de l’école là-bas. Tous les mois, nous sortions un journal papier, vendu dans ma ville, dans le but d’informer et de collecter. Au total, ce sont plus de 50 systèmes éducatifs que nous avons faits découvrir.

Par la suite, mon goût pour l’actualité et mon attrait pour le Moyen Orient ont confirmé ma vocation : celle de devenir reporter dans cette région si complexe, mais passionnante.

  • Aujourd’hui, époque où Twitter remplacerait presque un fil AFP, tu ne penses pas que les journalistes ne servent à rien?

A mes yeux, c’est justement dans cette période, où les réseaux sociaux (Twitter, mais pas que) sont devenus une source d’information importante, que les journalistes sont les plus importants. Comment être sûr que l’information est vraie ? Comment par exemple un « twittos » lambda peut savoir si la photo qu’il partage n’est pas un montage ? Il ne peut pas. Les journalistes ont, entre autres, la mission de vérifier les informations. C’est un métier, il s’apprend, et ce n’est pas Twitter qui pourra supprimer cet outil indispensable à toute démocratie.

Par ailleurs, un journaliste apporte également une analyse. Même si cela se fait beaucoup, il ne doit pas seulement diffuser les dépêches de l’AFP ou autre. Une analyse précise, argumentée, expliquée simplement, voilà ce que j’attende de lui. Et ça, aucun réseau social ne pourra le lui enlever.

  • Tes coups de cœur du moment ?

Mon dernier coup de cœur pour un livre a été pour « Rapporteur de guerre » de Patrick Chauvel. Récit passionnant d’un photo-journaliste qui a eu le courage de partir à 17 ans apprendre son futur métier sur le terrain, en Israël. Courage ou folie, je ne sais pas. Mais en tout cas, plus de 40 ans après, c’est une référence dans ce milieu.

Sinon au niveau cinéma, le dernier film sur Mandela. Un grand film, pour un grand homme. Il a su rester respectueux, tolérant, et tendre les bras à ceux qui lui ont fait vivre un enfer pendant plus de 18 ans. Le réalisateur a très bien su analyser ce point, chapeau.

  • Un totem, objet fétiche?

Entre Twitter, les alertes d’actu, articles de fonds et autres, je ne peux vraiment pas sortir sans mon téléphone. Ce n’est peut-être pas un totem (il ne faut pas abuser), mais c’est devenu un outil indispensable.

  • Le mot de la fin?

Tout d’abord merci à toi de m’avoir interviewé, c’était un plaisir. J’espère que les articles que tu écris pour ce blog continueront à être de cette qualité.

Si j’avais un dernier mot, il serait adressé à tous ceux qui pensent encore que les étudiants sont ceux que l’on voit dans la plupart des émissions TV. Regardez vraiment qui ils sont, allez les rencontrer, discutez avec eux, écoutez-les. Je vous assure, tous les à priori que vous pouvez avoir disparaîtront.

Pour aller plus loin: Regards d’Etudiants

Instantané de coiffeur

Instantané de coiffeur

« Oui allô? Aujourd’hui? Allez, demain c’est noël, je vous fait la coupe gratuite! ». Qu’il soit au dessus de la tête d’un client ou derrière la caisse, Guy Le Thiec est un personnage à lui-seul. Les bars ont leur pilier de comptoir, le salon de coiffure de la rue du Guesclin à Redon, petite bourgade de la périphérie de Rennes, a sa mascotte. Son agitation est simple: le salon de coiffure n’a pas engagé de secrétaire. Alors, dès que le téléphone sonne, c’est lui qui s’y colle.

 L’usine du ciseau

 Venir ici sans rendez-vous signifie dépendre du bon vouloir du maître des lieux. En bon manager, il surveille le travail de ses salariés sur les deux étages que constituent le salon, oscillant entre la décoration figée dans les nineties du rez de chaussée jusqu’au kitsch du deuxième étage et ses consoles de plastique rouge en forme de coquillage. Ajoutez à cela une drôle de répartition du personnel, où toutes les femmes sont concentrés sur le même niveau, et vous obtenez un établissement pour le moins singulier.

 «La température?»

 «deuxième étage pour vous!» m’indique Le Thiec, me faisant signe d’emprunter les escaliers. Arrivé en haut, je suis accueilli par la gente féminine du lieu. Ca discute beaucoup entre coiffeuses, peu avec les clientes. On parle des congés à venir que prendront les unes, de la permanente ratée réalisée par l’autre. «alors, je coupe comment?» demande la coiffeuse, interrompant ses collègues.

 Déjà, l’eau coule. Le temps du shampoing est arrivé. Les mains de la coiffeuse remuent énergiquement l’amas de cheveux, faisant mousser avec abondance la mixture. «La température?»: j’approuve d’un hochement de tête. Devant moi, une grand-mère simule l’ennui, fixant sans discontinu le minuteur placé droit devant elle. Plus loin, une autre feuillette sans envie un magazine people, plus occupée à épier la réussite de la coupe de sa voisine. De retour sur le fauteuil de cuir noir, je n’ai pas le temps de laisser mon esprit divaguer que la coupe est déjà terminée. Arrivée au rez-de chaussée, le maître du lieu m’interpelle: «vous faites plus sérieux comme ça!».

Kronik Kultur #18: The Selfish Giant, Clio Barnard

SG

Dans cette dix-huitième Kronik Kultur, votre chroniqueur vous propose une plongée dans le dernier film de la réalisatrice britannique Clio Barnard, « The Selfish Giant » (« Le Géant Égoïste » en français) . Ici, pas de critique: entrez dans la peau d’Arbor, personnage principal du film. Attention, âmes sensibles, s’abstenir: spoiler!

 Je ne verrais plus jamais un cheval de la même manière, plus jamais: vous allez bientôt comprendre pourquoi. D’abord, commençons par les présentations: je suis Arbor, j’ai 13 ans, un frère toxico’ et j’habite Bradford, une petite ville sans charme du Nord de l’Angleterre.

 Tout a commencé parce que je n’aimais pas l’école. Enfin si, j’avais mon pote Swifty, c’était bien le seul à me comprendre. Pauvre Swifty. Avec lui, plutôt que de rester à ne rien faire en cours, j’avais décidé de partir à la recherche de ferraille dans la ville pour les revendre à la déchetterie et se faire un peu d’argent. Et puis, c’était quand-même marrant, on partait faire ce boulot avec un cheval que nous louait Kitten, le patron de la déchetterie.

 Tout ça, ma mère ne le voyait pas d’un très bon œil. Alors, quand je me suis fait exclure de l’école parce que j’avais aidé Swifty à se défendre alors qu’il se faisait embêter dans la cour, ma mère ne l’a pas supporté. Mais je crois que les parents de Swifty, eux, étaient un peu reconnaissant de ma protection, même s’ils n’aimaient pas l’influence que j’exerçais sur lui.

 Après mon exclusion et celle de de Swifty, j’ai passé le plus clair de mon temps à chercher de la ferraille pour le compte de Kitten. Au début, on avait bien l’air con à se promener avec une poussette pour y mettre nos trouvailles. Mais très vite, j’ai convaincu Kitten de nous louer un cheval pour 20 livres. Avec nos dégaines débrayé et le cheval, on a eu vite fait de se faire traiter de «gitans», mais moi, je m’en foutais.

 Le cheval, encore. Un jour, on avait suivi Kitten dans une course de cheval. Là-bas, il faisait courir un jeune un peu plus âgé que nous. Le jeune a perdu la course mais Swifty, lui, n’avait plus qu’une idée en tête: le remplacer et devenir le nouveau champion de Kitten. Swifty a insisté, insisté, et un beau jour, Kitten a accepté de le laisser monter à cheval: il a été bluffé par son aisance et Swifty est devenu le nouveau jockey de Kitten.

 Une autre fois, alors qu’on repartait chercher de la ferraille à Bradford avec Swifty, j’ai vu un câble à moitié coupé dans un champs: je me suis dit, vu sa longueur, on doit pouvoir se faire un tas de fric avec. Comme je ne savais pas s’il y avait encore du courant dedans, j’ai voulu qu’un poulain qui était à proximité croque le câble mais Swifty m’en a empêché.

Et puis est venue la connerie du siècle. J’avais volé des plaques de cuivre à Kitten pour les revendre à un autre ferrailleur: Kitten a été mis au courant et m’a obligé à les lui rembourser. Il m’a obligé à partir chercher de nouveaux câbles avec Swifty. Arrivés près d’un transformateur, Swifty a commencé à couper les câbles. Mais les câbles étaient sous tension: Swifty est mort, oui mort. Kitten a assumé sa responsabilité devant la police. Maintenant je n’ai plus d’amis, je suis seul. Si tu savais ce que tu me manques Swifty.

Frontière(s)

frontières

Elle est assise dans une ruelle ensoleillée du centre-ville de Bruxelles. En Belgique. Lui, adossé contre la devanture d’une épicerie orientale, la scrute. Il est quinze heure, la chaleur est lourde, il ne la quitte pas du regard. Elle ne se doute de rien, plongée dans la lecture d’un verset du Coran.

Il grille sa troisième clope de la journée, s’ennuie littéralement. Mais elle est là, elle n’a pas bougé. Il imagine un stratagème: il lancera une pierre sur les pigeons posés sur le trottoir pour qu’elle sorte enfin le nez de son livre. Timide, il se dégonfle.

Lorsqu’il rentre, il est tard, trop tard. La vaisselle s’entasse dans l’évier, délivrant une aigre odeur de moisissure. Derrière le frigo, un cafard court à toute allure: paf. La bête est déjà sous sa chaussure. Putain de célibat se dit-il, une vie à ramer seul, c’est loin d’être sexy.

Droit comme un I, il tente de trouver le sommeil dans un lit trop grand pour lui. En haut se dresse le plafond blanc des soirs tristes. A droite, à gauche, au centre, rien n’y fait: l’insomnie guette. La femme du banc ne l’a pas quitté: elle l’obsède. Il s’endort, la rêve dansant derrière des moucharabieh au milieu d’un palais oriental. « Merde, mes rêves sont kitsch » se dit-il en se réveillant. « Moi qui déteste le carton-pâte… »

Lendemain, même heure, même lieu. Elle n’a pas bougé d’un iota. Il se décide enfin à aller la voir: il s’approche, doucement, et s’assied à côté d’elle. Elle lui parle, l’air interrogative: il ne comprend pas. C’est une autre langue, « c’est foutu » se dit-il. Le voyant interloqué, elle sourit. Il lui montre du doigts le bouquin qu’elle tient entre les mains: elle, mime une prière avec ses mains. Il rit.

Le psychanalyste: vous l’avez revu?

-Lui: j’aimerais.

-Le psychanalyste: pourquoi?

-Lui: elle me plait, et me trouble.

-Le psychanalyste: c’est pour ça que vous êtes là?

-Lui: vous pensiez que ce serait pour mon Oedipe?

Cette fois, c’est elle qui est venue. La dernière fois, il lui avait laissé une adresse. Sans un mot, elle entre. Ils font l’amour. Elle sort. Il est de nouveau seul. Il court la rejoindre sur le banc: elle n’est plus là.

-Le psychanalyste: encore vous?

-Lui: elle est partie.

-Le psychanalyste: et?

-Lui: je suis seul.

La psychanalyste: hum.

-Lui: vous êtes apathique…

-Le psychanalyste: oui, c’est mon job.

Le zapping de l’info #2

zapping

À l’ère d’internet, de réseaux sociaux, tels Twitter, qui constituent aujourd’hui des sortes de nouvelles agences de presse, difficile de ne pas se sentir submergé par l’information qui nous arrive. Chaque semaine, le « zapping de l’info » propose de vous remettre les pendules à l’heure. Vous avez perdu le Nord? On est votre boussole!

  • Monde: Alors que le Soudan du Sud subit de fortes tensions depuis l’annonce, lundi 16 décembre, d’une tentative de coup d’état contre le président Salva Kiir, la France tente de convaincre, sans succès, ses partenaires européens, de la nécessité d’un soutien militaire en Centrafrique. Dans le même temps, les élections législatives au Mali voient la victoire du parti du président Ibrahim Boubakar Keïta, « Le Rassemblement pour le Mali », le mardi 16 décembre. Le même jour, en Allemagne, la chancelière Angela Merkel est réélu pour un troisième mandat par le Bundestag, avec 74% des suffrages exprimés. Le lendemain, alors que les parlementaires européens enfilent leurs pantoufles pour aller se coucher, un accord sur  l’union bancaire est trouvé. Vendredi, c’est à la Russie de faire parler d’elle: les JO d’hiver de Sotchi approchant, le président Vladimir Poutine décide d’accorder sa grâce à Mikhaïl Khodorkovski, oligarque et ex-magnat du pétrole.
  • France: Vous redoutez la présence de cheval dans votre lasagne Picard? Frémissez, ça recommence. Lundi, 21 personnes sont interpellées dans le cadre d’une vaste opération: elles auraient utilisé des chevaux achetés à bas-prix dans des centres équestres et auprès de laboratoires pharmaceutiques. Le même jour, un panel de citoyen chargé de se pencher sur l’épineuse question de la fin de vie rend ses conclusions: ils préconisent la légalisation du suicide assisté et la mise en place d’une « exception d’euthanasie » dans le cas où le patient ne peut faire part de sa volonté. Plus surprenant, l’ancien leader CFDT de la contestation des ouvriers de Florange annonce sa candidature en tant que tête de liste PS au élections européennes dans le Grand-Est. Et pour terminer sur une note pessimiste: l’Insee s’attend à une reprise poussive de l’économie en 2014, avec une hausse de seulement 0,2% au cours des deux premiers semestres de 2014.
  • Sport: après tirage au sort lundi 16 décembre, le Paris Saint-Germain affrontera les allemands du Bayern Leverkusen dans le cadre des huitièmes de finale de la Ligue des Champions; Coup du sort pour l’équipe de France de Jeux Olympiques de Sotchi: la skieuse Tessa Worley s’est blessé au genoux droit, l’obligeant à déclarer forfait pour la Russie
  • Culture:  L’acteur irlandais Peter O’Toole meurt samedi 14 décembre à l’âge de 81 ans. Connu pour son interprétation de « Lawrence d’Arabie », il avait obtenu un Oscar d’honneur pour toute sa carrière; alors que la Comédie Française souhaite se défaire de son « Théâtre Ephémère », la Libye décide de le lui racheter; chauvinisme: pas de films français sélectionnés pour l’Oscar du meilleur film étranger.